Il choisit son lave-linge près d’Orléans pour une note de 9 sur 10 : en magasin, le même modèle affiche un autre logo et une autre note

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Samedi, dix heures et quart, zone commerciale de Saran. Sous les néons du rayon gros électroménager, les hublots alignés renvoient la lumière comme des yeux ronds. Thierry passe la main sur un capot blanc, sa fille Camille derrière lui, téléphone à la main. Il cherche l'étiquette qu'il connaît par cœur. Il trouve un logo qu'il n'a jamais vu, et une note qui ne colle pas.

Un pavillon de Saran et une machine choisie avec soin

Thierry a cinquante-huit ans et travaille depuis plus de vingt ans dans un atelier de maintenance près d'Orléans. Il répare des moteurs, des pompes, des courroies, et il déteste jeter. Dans son pavillon de Saran, la cave ressemble à un petit magasin de pièces détachées, rangées dans des boîtes à chaussures étiquetées au feutre. Sa femme, Nadine, plaisante souvent sur ce musée du boulon. Lui répond que chaque vis gardée est une course évitée, et qu'un objet qui dure est une petite victoire contre le gaspillage.

En 2022, leur vieux lave-linge a rendu l'âme après quatorze ans de bons et loyaux services. Thierry avait démonté le tambour lui-même, constaté les roulements fichus, puis renoncé devant le prix des pièces. Il s'était promis de mieux choisir la suivante. Pendant deux semaines, il avait comparé les fiches, les garanties, les avis en ligne. Nadine le voyait le soir, lunettes sur le nez, carnet ouvert sur la table de la cuisine, à noter des chiffres dans des colonnes tracées à la règle.

Le choix s'était finalement fait sur un détail affiché en magasin : un petit logo vert avec une clé plate, et une note de 9 sur 10. C'était l'indice de réparabilité, obligatoire sur certains appareils depuis 2021. Pour Thierry, c'était exactement ce qu'il cherchait, la promesse qu'il pourrait ouvrir la machine, trouver les pièces et les remplacer sans y laisser un salaire. Il avait payé un peu plus cher que prévu, sans regret. Depuis, la machine tourne trois fois par semaine, sans un bruit suspect.

Quand la fille veut suivre la méthode du père

Trois ans plus tard, c'est Camille qui a besoin d'un lave-linge. Elle a vingt-neuf ans, elle vient d'emménager dans un appartement à Fleury-les-Aubrais avec son compagnon, et elle en a assez des allers-retours à la laverie du quartier. Elle a appelé son père un mardi soir, entre deux cartons. Elle voulait son avis, et surtout sa méthode. Elle se souvenait de ses colonnes, de ses heures passées à comparer, et de la fierté qu'il avait mise dans cette fameuse note de neuf.

Thierry a été ravi qu'on lui demande conseil, soyons honnêtes. Il lui a expliqué sa règle simple : regarder d'abord le logo avec la clé, viser une note élevée, puis seulement ensuite comparer la consommation et le prix. Il lui a même proposé de venir avec elle le samedi suivant, dans le même magasin de Saran où il avait acheté la sienne. Camille a accepté, un peu amusée. Elle savait que son père ne lâcherait pas le vendeur avant d'avoir tout vérifié.

La décision paraissait raisonnable, et elle l'était. Choisir un appareil réparable, c'est miser sur la durée, éviter de remplacer une machine entière pour une carte électronique ou une pompe de vidange. Thierry avait même repéré en ligne que la marque de sa propre machine proposait toujours une gamme proche, avec un modèle successeur presque identique. Il comptait conseiller celui-là, en toute confiance. Avant de partir, il avait photographié l'ancienne étiquette conservée dans le classeur des garanties, au cas où il faudrait comparer.

« Ça ne peut pas avoir perdu trois points en trois ans, c'est la même machine à quelques boutons près. »

Un logo inconnu sur le hublot du modèle successeur

Au magasin, Thierry file droit vers les machines à hublot, Camille sur les talons. Il reconnaît tout de suite le modèle successeur, même façade, même bouton rond, à peine un écran plus large. Il se penche vers l'étiquette collée sur le capot. Le logo n'est plus le même. La petite clé a disparu, remplacée par un autre pictogramme et un intitulé qu'il lit à voix haute, lentement : indice de durabilité. Et à côté, une note de 6,9 sur 10, loin du neuf espéré.

Sur le coup, il n'y prête pas beaucoup d'attention. Il se dit que l'étiquette est peut-être mal posée, ou qu'il s'agit d'une version moins bien équipée de la gamme. Il passe à la machine suivante, puis à une troisième. Partout, le même nouveau logo, et des notes qui ne ressemblent pas à celles dont il se souvenait. Camille, elle, prend des photos sans trop comprendre pourquoi son père fronce les sourcils devant des autocollants. Pour elle, une note reste une note.

C'est la photo de l'ancienne étiquette, sur son téléphone, qui fait basculer la matinée. Thierry la place à côté du nouveau logo, les deux images côte à côte. Même fabricant, modèle presque identique, et pourtant trois points d'écart. Il dit simplement, ça ne peut pas avoir perdu autant en trois ans, c'est la même machine à quelques boutons près. Camille hausse les épaules, propose de prendre un autre modèle mieux noté. Mais son père ne bouge plus. Il veut comprendre avant d'acheter quoi que ce soit.

Des réponses floues entre le vendeur et les forums

Le premier vendeur qu'ils croisent est jeune, pressé, et sincèrement embêté. Il explique que les étiquettes ont changé en début d'année, que c'est une nouvelle obligation, mais il ne sait pas dire ce qui a changé dans le calcul. Il propose d'aller chercher son responsable. Pendant ce temps, Thierry tourne autour des machines comme autour d'une panne qu'on n'arrive pas à localiser. On connaît tous ça, ce moment où l'on soupçonne qu'on nous cache quelque chose, sans savoir quoi.

Camille cherche sur son téléphone, assise sur le rebord d'un congélateur coffre. Les premiers résultats sont des forums où chacun a sa théorie. Pour certains, les fabricants ont dégradé leurs produits. Pour d'autres, la note serait devenue plus sévère pour pousser à acheter du haut de gamme. Un internaute affirme même que l'ancienne note était fausse. Thierry lit par-dessus son épaule et commence à douter de son achat de 2022. Il murmure qu'il s'est peut-être fait avoir, avec son neuf sur dix.

Le soir, de retour à Saran, il appelle le service client du fabricant. Vingt minutes d'attente, une musique en boucle, puis une conseillère aimable mais prudente, qui confirme qu'un nouvel indice s'applique désormais aux lave-linge. Elle ne veut pas commenter la différence de note sans le numéro exact du modèle. Thierry raccroche, frustré. Nadine le trouve à la table de la cuisine, le carnet de 2022 ouvert, les deux étiquettes imprimées devant lui. Il dit, je veux savoir si ma machine vaut encore quelque chose, ou si j'ai payé pour un autocollant.

« Je veux savoir si ma machine vaut encore quelque chose, ou si j'ai payé pour un autocollant. »

Ce que mesure vraiment la nouvelle note

La réponse, Thierry finit par la trouver sur les pages officielles du ministère chargé de l'écologie, en lisant tout, comme il lit une notice technique. Depuis le 8 janvier 2025, pour les lave-linge à hublot et les téléviseurs, l'indice de durabilité a remplacé l'indice de réparabilité. Ce n'est pas une version plus sévère de l'ancienne note, c'est un autre calcul. La réparabilité y est toujours, avec la disponibilité des pièces, leur prix, la documentation, la facilité de démontage. Mais elle n'est plus seule.

Le nouvel indice ajoute la fiabilité de l'appareil, c'est-à-dire sa capacité à ne pas tomber en panne. Il prend en compte des éléments comme la robustesse des composants, les essais d'endurance, l'entretien prévu, les mises à jour pour les appareils connectés. Une machine très facile à réparer mais moins solide peut donc perdre des points. À l'inverse, une machine robuste, moins démontable, peut en gagner. Le classement change parce que la question posée a changé. Ce n'est plus seulement pourra-t-on la réparer, mais aussi aura-t-on besoin de la réparer.

Thierry relit deux fois, puis il rit tout seul dans la cuisine. Ni son fabricant ni le magasin ne l'avaient trompé. Sa machine de 2022 avait bien obtenu neuf sur dix au regard des critères de l'époque, et ce neuf reste vrai. Simplement, les deux notes ne se comparent pas, pas plus qu'on ne compare une note de mathématiques et une moyenne générale. Il appelle Camille aussitôt. Il lui dit, on s'est trompés de combat, le modèle n'a pas baissé, c'est la règle du jeu qui s'est élargie.

Le samedi suivant, une autre façon de lire l'étiquette

Le samedi d'après, ils retournent à Saran avec une nouvelle méthode. Thierry ne regarde plus seulement le chiffre, il demande au vendeur, cette fois le responsable, le détail de la note, que le fabricant doit pouvoir fournir. Il compare entre eux uniquement des appareils affichant le même indice de durabilité. Camille finit par choisir un modèle noté un peu plus haut que le successeur de la machine paternelle, pour une trentaine d'euros de plus. Elle dit en riant qu'elle a hérité de la maniaquerie familiale.

Pour Thierry, la leçon dépasse la machine à laver. Il s'aperçoit que sa confiance reposait sur un chiffre dont il connaissait le nom, pas le contenu. Il garde sa machine de 2022 sans le moindre regret, elle tourne toujours, et il sait où trouver les pièces. Mais il ne compare plus jamais deux étiquettes sans lire le titre au-dessus du chiffre. Dans son carnet, il a ajouté une colonne, fiabilité, à côté de celle qu'il appelait autrefois simplement réparation. Nadine dit que le carnet est devenu un livre.

Pour les autres appareils, l'ancien indice de réparabilité continue de s'afficher, sur les smartphones, les ordinateurs portables ou les tondeuses par exemple. Il faut donc s'habituer à voir cohabiter deux logos dans un même magasin, sans les mélanger. Ce que Thierry retient, il le répète désormais à ses collègues de l'atelier, à la pause café, entre deux moteurs démontés. Une note de neuf sur l'ancienne étiquette et une note de sept sur la nouvelle ne racontent pas la même histoire. Avant d'en tirer une conclusion, il faut d'abord vérifier laquelle on lit.

« On s'est trompés de combat, le modèle n'a pas baissé, c'est la règle du jeu qui s'est élargie. »

  • Vérifier l'intitulé du logo : indice de durabilité ou indice de réparabilité, les deux notes ne se comparent pas.
  • Pour les lave-linge à hublot et les téléviseurs, c'est l'indice de durabilité qui s'affiche depuis le 8 janvier 2025.
  • Demander au vendeur le détail de la note, qui distingue réparabilité et fiabilité.
  • Comparer uniquement des appareils affichant le même type d'indice.
  • Conserver l'étiquette et la facture de son appareil actuel avec les papiers de garantie.
  • Ne pas déduire qu'un ancien appareil bien noté est devenu mauvais : sa note restait valable selon les critères de l'époque.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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