Elle accueillait des coccinelles au potager depuis trois printemps : fin octobre, des dizaines tapissent sa fenêtre et ce ne sont pas les siennes

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Il était un peu plus de quinze heures, ce dernier jeudi d'octobre, et le soleil tapait encore sur la façade. Hélène, 58 ans, rinçait une casserole quand elle a entendu un petit cliquetis contre la vitre de la cuisine. Elle a levé les yeux. Sur le cadre blanc de la fenêtre, des dizaines de points orangés remuaient lentement, serrés les uns contre les autres.

Une maison au pied des volcans et un potager plein de promesses

Hélène habite depuis onze ans une maison en pierre de Volvic, à la sortie d'un village au nord de Clermont-Ferrand. Elle a été comptable pendant trente ans, et depuis sa retraite anticipée, le jardin occupe ses journées. Elle y cultive des tomates, des fèves, quelques rangs de salades et un rosier ancien hérité de la précédente propriétaire. Son mari, Bernard, s'occupe surtout du bois pour l'hiver et de la vieille Peugeot qui ne démarre plus toujours au premier coup.

Depuis trois printemps, Hélène a décidé de jardiner sans produits chimiques, par conviction mais aussi par lassitude des bidons qui s'empilaient au garage. Elle a lu des livres, regardé des vidéos, discuté avec les voisins du marché. Elle a appris à aimer les insectes plutôt qu'à les chasser. Les pucerons qui envahissaient ses fèves chaque mai ne la faisaient plus paniquer. Elle savait qu'une armée discrète finirait par venir les manger, et cette armée, dans son esprit, portait des petits points noirs.

Les coccinelles, c'était un peu sa fierté. Elle en comptait parfois avec ses petits-enfants, le dimanche, accroupis entre les rangs. Elle leur expliquait qu'une seule pouvait avaler des dizaines de pucerons par jour. Les enfants posaient les insectes sur leurs doigts et attendaient qu'ils s'envolent en soufflant doucement dessus. Pour Hélène, ces moments résumaient pourquoi elle avait changé sa façon de jardiner. Le jardin redevenait un endroit vivant, où chaque bête avait sa place, et elle n'imaginait pas que ce tableau puisse un jour se retourner.

Elle installe un hôtel à insectes pour garder ses alliées

Au printemps précédent, Hélène avait franchi une étape. Elle avait construit, avec Bernard, un petit hôtel à insectes en planches de récupération, rempli de tiges de bambou, de pommes de pin et de briques percées. Ils l'avaient fixé contre le mur sud de la maison, juste à côté de la fenêtre de la cuisine, là où le soleil chauffe le plus longtemps. L'idée était simple : offrir un refuge aux auxiliaires du jardin pour qu'ils restent dans le coin, même l'hiver venu.

Elle avait aussi laissé un coin de friche au fond du terrain, avec des orties et des herbes hautes. Les voisins trouvaient que ça faisait négligé, mais elle tenait bon. Elle avait lu que les coccinelles hivernent sous les feuilles mortes, dans les écorces, les fissures des murs. Plus elle leur donnerait d'abris, se disait-elle, plus elles seraient nombreuses au printemps suivant. C'était une logique de bon sens, et soyons honnêtes, beaucoup de jardiniers amateurs auraient fait exactement la même chose à sa place.

Tout l'été, le résultat avait semblé lui donner raison. Les pucerons avaient reculé plus vite que d'habitude, et les rosiers n'avaient jamais été aussi beaux. Hélène avait même pris des photos pour les envoyer à sa sœur, qui vit à Lyon et se moque gentiment de ses lubies écologiques. Elle notait dans un carnet les dates, les espèces aperçues, les floraisons. Ça marche, avait-elle écrit fin août, soulignant les mots deux fois. Elle ne se doutait pas que l'automne allait lui apporter une tout autre visite.

« J'ai cru que mon hôtel à insectes marchait trop bien, en fait j'avais ouvert la porte à d'autres invitées. »

Ce jeudi d'octobre, la fenêtre se met à grouiller

La première réaction d'Hélène, devant la fenêtre couverte, a été de sourire. Elle a appelé Bernard, qui fendait du bois au fond de la cour, pour qu'il vienne voir. Il a regardé, a haussé les épaules, et a dit que ça faisait beaucoup, quand même. Elle, elle y voyait la preuve que son hôtel à insectes fonctionnait. Les coccinelles venaient s'abriter avant le froid, exactement comme elle l'avait espéré. Elle a même pensé à prévenir sa sœur, avec une photo à l'appui.

Pourtant, en s'approchant, quelque chose l'a gênée sans qu'elle sache dire quoi. Les coccinelles n'étaient pas toutes du même rouge vif qu'elle connaissait. Certaines tiraient sur l'orange, d'autres sur le jaune pâle, quelques-unes étaient presque noires avec deux taches rouges. Le nombre de points variait d'un insecte à l'autre. Elle s'est dit que la nature était variée, que les couleurs changeaient peut-être avec l'âge. Elle a refermé la fenêtre et elle est retournée à sa vaisselle sans y penser davantage.

Le lendemain, elles étaient deux fois plus nombreuses. Le surlendemain, Hélène en a trouvé une dizaine dans la cuisine, sur le rebord intérieur, et trois sur la table du salon. Bernard en a retrouvé une dans sa tasse de café, ce qui l'a moins amusé. J'ai cru qu'on avait gagné à la loterie des jardiniers, et en fait on était envahis, a-t-il résumé un soir, mi-figue mi-raisin. Hélène, elle, ne riait plus vraiment. Le détail des couleurs lui revenait comme un caillou dans la chaussure.

Une odeur âcre et des taches jaunes sur les rideaux

Le troisième soir, Hélène a voulu faire un peu de ménage. Elle a pris un mouchoir et a écrasé quelques coccinelles qui s'étaient glissées derrière le rideau. Aussitôt, une odeur amère, presque métallique, a envahi la pièce. Sur le tissu beige, de petites taches jaunes sont apparues, impossibles à faire partir même avec du savon de Marseille. Elle a frotté longtemps, les doigts collants, avant de renoncer. On connaît tous ça, ce moment où une solution rapide empire tout ce qu'elle devait régler.

Elle a commencé à chercher. Elle a d'abord appelé sa voisine, Monique, qui élève des poules et connaît bien la campagne. Monique lui a dit qu'elle en avait aussi, mais moins, et qu'elle passait l'aspirateur sans se poser de questions. Puis Hélène a essayé la mairie, où personne n'a su lui répondre. Elle a tenté de joindre une jardinerie de Riom, mais le vendeur lui a conseillé un insecticide, exactement ce qu'elle refusait d'utiliser depuis trois ans. Elle a raccroché, contrariée.

Le soir, elle a vidé son aspirateur dans la poubelle et s'est rendu compte que l'odeur restait accrochée au sac. Bernard a ouvert les fenêtres, ce qui a fait entrer de nouvelles coccinelles. Hélène s'est assise sur le canapé avec son carnet de jardin ouvert sur les genoux. Elle a relu ses notes de l'été, ses dessins maladroits, ses dates. Je me suis demandé si c'était moi qui les avais attirées avec mon hôtel, a-t-elle confié plus tard. Elle avait l'impression d'avoir déclenché quelque chose sans le comprendre.

« Je les ai écrasées sur le rideau, et l'odeur est restée deux jours dans la cuisine, c'était pire qu'avant. »

Sa petite-fille reconnaît une espèce venue de l'autre bout du monde

La réponse est venue le dimanche, avec Clara, sa petite-fille de quinze ans, en seconde à Clermont. Clara a pris une photo de près avec son téléphone, l'a envoyée à son professeur de sciences et a fouillé une application d'identification. En quelques minutes, le verdict est tombé. Ce n'étaient pas des coccinelles à sept points, l'espèce locale qu'Hélène croyait accueillir. C'étaient des coccinelles asiatiques, Harmonia axyridis, reconnaissables à leurs couleurs variables et souvent à une petite marque en forme de M sur le thorax.

Clara a lu à voix haute ce qu'elle trouvait. Cette coccinelle, originaire d'Asie, a été introduite en Europe pour lutter contre les pucerons, avant de s'installer durablement dans la nature. Plus grosse, plus vorace, elle fait concurrence aux espèces locales. Et surtout, à l'automne, elle cherche un abri chaud et sec pour hiverner, de préférence sur les façades ensoleillées, les encadrements de fenêtres, les combles. Le mur sud d'Hélène, avec son hôtel à insectes juste à côté, était un emplacement idéal.

Il y avait autre chose, qui expliquait le nombre. Les premières arrivées libèrent des phéromones qui attirent leurs congénères vers le même refuge, parfois année après année. Leur liquide jaune, celui qui avait taché le rideau, est un moyen de défense, amer et malodorant. Mamie, ce n'est pas toi qui les as appelées, ce sont elles qui s'appellent entre elles, a dit Clara en souriant. Hélène a ri pour la première fois depuis plusieurs jours. Ce n'était ni son jardin ni sa faute, mais une habitude bien rodée de l'insecte.

Un bas nylon, un aspirateur et des joints avant l'automne

Ce dimanche-là, Clara a aussi trouvé la méthode pour s'en débarrasser sans les tuer ni tacher la maison. Hélène a sorti un vieux bas nylon du tiroir, l'a glissé dans le tube de l'aspirateur et l'a maintenu avec un élastique. Les coccinelles aspirées restaient prisonnières du bas, sans passer dans le sac. Ensuite, il suffisait de retirer le bas, de le nouer et d'aller les relâcher dehors, loin de la maison, au pied de la haie. Bernard a trouvé l'astuce presque élégante.

Le nettoyage a pris une heure, puis encore une le lendemain. Ensuite, Bernard a fait le tour de la façade avec une lampe. Il a trouvé des fissures sous l'appui de fenêtre, un joint décollé autour du coffre de volet, une grille d'aération sans moustiquaire. Il a noté tout ça pour l'été suivant. Hélène a décidé de déplacer l'hôtel à insectes au fond du jardin, loin des ouvertures. Elle garde son coin de friche, car elle n'a pas changé d'avis sur l'essentiel.

Le coût est resté modeste : un tube de mastic, un rouleau de joint mousse, une moustiquaire, une trentaine d'euros au total. Le rideau, lui, n'a jamais retrouvé sa couleur. Hélène a ajouté une page à son carnet, titrée simplement octobre. Elle y a recopié ce qu'elle a appris, pour ne pas refaire la même erreur. Je les aime toujours, mes coccinelles, mais maintenant je sais lesquelles je regarde, dit-elle. L'an prochain, les joints seront faits avant la fin septembre.

« Le vendeur m'a proposé un insecticide, alors que j'ai arrêté tout ça depuis trois ans, j'ai raccroché. »

  • Repérer la coccinelle asiatique : couleurs variables, nombre de points inégal, souvent un M noir sur le thorax.
  • Ne pas les écraser : leur liquide jaune tache durablement et dégage une odeur amère.
  • Glisser un bas nylon dans le tube de l'aspirateur, tenu par un élastique, pour les capturer.
  • Relâcher les coccinelles dehors, loin de la maison, au pied d'une haie ou d'un tas de bois.
  • Calfeutrer fissures, joints de fenêtres et coffres de volets avant octobre.
  • Éloigner les hôtels à insectes des façades ensoleillées et des ouvertures.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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