Elle écrase au mouchoir les coccinelles entassées dans l’angle de sa fenêtre : trois jours plus tard, le rebord blanc est couvert de taches jaunes

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Il était un peu plus de quatre heures, ce mardi de fin octobre, et le soleil tapait encore sur la façade de la maison de Romagnat. Dans la chambre d'amis, Nadine a entendu un petit cliquetis contre la vitre, comme des grains de riz jetés doucement. En tirant le rideau, elle a vu l'angle de la fenêtre grouiller de points orange.

Une maison au pied du plateau, et des automnes sans histoire

Nadine a soixante-trois ans et elle habite depuis près de vingt ans une maison des années soixante-dix, sur les hauteurs de Romagnat, au sud de Clermont-Ferrand. Ancienne secrétaire médicale, elle s'occupe surtout de son potager et de ses deux petits-enfants le mercredi. Son mari, Gérard, bricole dans le garage et répare les vélos du voisinage. La maison regarde le plateau de Gergovie, avec un grand mur crépi orienté plein sud qui chauffe toute l'après-midi.

Chaque automne se ressemble chez eux. On rentre les géraniums, on ramasse les noix tombées, on rallume le poêle les premiers soirs frais. La chambre d'amis, au premier étage, reste fermée la plupart du temps, volets entrouverts pour garder un peu de lumière. Nadine y range ses bocaux de confiture et le linge de saison. C'est une pièce tranquille, presque oubliée, où l'on monte deux fois par semaine pour aérer et prendre un pot de mûres.

Des coccinelles, elle en voit depuis toujours, et elle les aime bien. Dans le potager, elles mangent les pucerons des fèves et des rosiers, et les enfants les font grimper sur leurs doigts en comptant les points. Pour Nadine, une coccinelle, c'est un insecte porte-bonheur, l'ami du jardinier, rien de plus. Alors ce mardi, devant la vitre, elle a d'abord souri. Puis elle a compté, et elle s'est arrêtée vers quarante, parce qu'elles bougeaient trop.

Un mouchoir en papier, la solution la plus rapide

Les coccinelles s'étaient tassées dans l'angle supérieur, entre le cadre en bois et le joint de la vitre. Certaines marchaient sur le rebord, d'autres restaient immobiles, collées les unes aux autres comme une grappe. Nadine s'est dit qu'elles étaient entrées par le volet et qu'elles cherchaient la chaleur. Elle n'avait pas envie de les voir se promener sur ses bocaux ni dans le linge propre empilé sur le lit.

Elle a pris la boîte de mouchoirs posée sur la commode et elle a commencé, une par une. Un mouchoir, une pression, on jette dans la corbeille. C'était rapide et elle n'avait pas le courage de les attraper vivantes pour les porter dehors une à une. Elle raconte qu'elle s'est sentie un peu coupable, mais pas longtemps. Il y en avait trop, et l'heure du goûter des petits approchait.

Elle en a dit deux mots à Gérard le soir, en passant. Il a haussé les épaules en remuant la soupe. On en a toujours eu quelques-unes l'hiver, elles ne font de mal à personne, a-t-il répondu. Nadine a acquiescé. Le lendemain, elle est remontée, et il y en avait de nouveau une vingtaine au même endroit. Elle a recommencé avec le mouchoir, sans réfléchir davantage, en se promettant de vérifier le volet.

« Je les écrasais au mouchoir sans y penser, je croyais faire simple, et en fait je fabriquais moi-même les taches. »

Des taches jaunes qui ne partent pas

Le vendredi, en ouvrant la fenêtre pour aérer, Nadine a remarqué des marques sur le rebord laqué blanc. De petites auréoles jaune orangé, alignées là où elle avait écrasé les insectes. Elle a d'abord cru à de la poussière mouillée, ou à du pollen collé par la condensation. Elle a passé une éponge humide, et les traces se sont étalées en une coulure plus pâle, sans disparaître pour autant.

Il y avait aussi cette odeur. Pas forte, mais aigre, un peu terreuse, qui restait dans la pièce même fenêtre ouverte. Elle a reniflé ses mains, la corbeille, le rideau, sans trouver l'origine. Soyons honnêtes, elle a d'abord soupçonné un bocal de confiture mal fermé qui aurait tourné. Elle les a tous vérifiés un par un, couvercles serrés, étiquettes datées. Rien ne coulait, rien n'avait moisi.

Le voilage, lui aussi, portait deux ou trois points jaunâtres à hauteur de la fenêtre. Nadine l'a décroché pour le mettre en machine à quarante degrés. À la sortie, les taches avaient pâli mais restaient visibles sur le tissu blanc. Elle a commencé à s'agacer, puis à s'inquiéter. Quelque chose dans cette pièce abîmait ses affaires, et elle n'arrivait pas à mettre un nom dessus, alors que les coccinelles revenaient chaque jour.

Un voisin, un forum, et toujours plus d'insectes

Le week-end, les coccinelles étaient plus nombreuses encore, cette fois sur deux fenêtres de l'étage. Gérard est monté vérifier les volets et la toiture, persuadé de trouver une tuile déplacée. Il n'a rien vu d'anormal, juste des insectes agglutinés sous l'avancée du toit et dans les fentes du crépi. Il a proposé un insecticide en bombe qui traînait au garage depuis des années. Nadine a refusé, à cause du potager et des petits-enfants.

Elle a frappé chez Jacques, le voisin d'en face, apiculteur amateur, qui connaît bien les bêtes du coin. Lui aussi en avait, par centaines, contre le mur sud de sa grange. Il a regardé les insectes de près et il a fait la grimace. Ce ne sont pas les nôtres, celles-là, elles ont trop de points et pas la bonne couleur, a-t-il dit en en retournant une du bout de l'ongle.

Le soir, Nadine a cherché sur un forum de jardiniers. Les messages se contredisaient, certains parlaient d'invasion, d'autres de bonne nouvelle pour les pucerons. Quelqu'un conseillait le vinaigre blanc, un autre l'eau de Javel pour les taches. Elle a essayé le vinaigre sur le rebord, avec un résultat moyen. Pendant ce temps, les coccinelles continuaient d'arriver par grappes vers seize heures, quand le soleil frappait le mur et que l'air fraîchissait.

« On en a toujours eu quelques-unes l'hiver, elles ne font de mal à personne, laisse-les tranquilles. »

Des coccinelles venues d'Asie, qui cherchent un abri

C'est la fille de Nadine, Claire, technicienne dans un parc naturel régional, qui a mis un nom sur la chose au téléphone. Elle a demandé une photo, puis a ri doucement. Maman, ce sont des coccinelles asiatiques, elles viennent passer l'hiver chez toi, a-t-elle expliqué. Ces insectes, introduits en Europe pour lutter contre les pucerons, se sont installés dans la nature et se sont largement répandus en France.

À l'automne, quand les températures baissent, elles se regroupent en masse pour hiverner. Elles cherchent des surfaces claires et ensoleillées, souvent un mur exposé au sud, puis se glissent dans les interstices : joints de fenêtre, coffres de volets, fissures, combles. La maison de Nadine, avec son grand mur blanc chauffé tout l'après-midi, faisait un abri idéal. Les coccinelles ne venaient pas du jardin, elles venaient se mettre au chaud pour plusieurs mois.

Et les taches, alors. Claire lui a expliqué que ces coccinelles, quand on les menace ou qu'on les écrase, libèrent un liquide jaune, une sorte de défense chimique. Il sent mauvais et il tache les surfaces claires, les tissus, parfois les peintures. Nadine a repensé à chaque mouchoir, à chaque pression sur le rebord. Elle avait elle-même fabriqué les auréoles et l'odeur aigre qu'elle cherchait partout depuis une semaine.

Un aspirateur, un vieux bas et des joints neufs

Claire lui a donné la méthode qu'elle conseille autour d'elle. Nadine a sorti l'aspirateur, enfilé un vieux bas nylon dans le tube et l'a maintenu avec un élastique, de façon à former une petite poche. Elle a aspiré les grappes doucement, sans écraser personne. Le bas se remplissait de petits points orange qui remuaient. Ensuite, elle a retiré la poche, l'a fermée d'un nœud et l'a portée au fond du jardin.

Elle les a relâchées près du tas de bois et de la haie, loin de la maison, où elles pouvaient trouver un autre abri. Il y avait quelque chose de presque comique à vider ce bas dans l'herbe, a-t-elle dit à Gérard. On connaît tous ça, ces gestes rapides qu'on regrette ensuite. Pour les taches, il a fallu frotter au savon noir, et le voilage garde encore deux marques pâles.

Au printemps, Gérard a refait les joints des fenêtres du premier étage et posé une moustiquaire sur l'aération du grenier. Il a bouché à l'enduit les fissures du crépi côté sud. Cette année, ils comptent vérifier tout cela dès septembre, avant les premiers froids. Nadine garde un bas dans le tiroir de la commode, au cas où. Elle se dit que les coccinelles reviendront peut-être, mais qu'elle ne sortira plus le mouchoir.

« Ce ne sont pas les nôtres, celles-là, elles ont trop de points et pas la bonne couleur. »

  • Ne pas écraser les coccinelles : elles libèrent un liquide jaune malodorant qui tache.
  • Les aspirer avec un bas nylon glissé dans le tube et tenu par un élastique.
  • Relâcher le contenu du bas dehors, loin de la maison, près d'une haie ou d'un tas de bois.
  • Calfeutrer joints de fenêtres, coffres de volets et fissures avant l'automne.
  • Surveiller surtout les murs clairs exposés au sud, où elles se regroupent.
  • Nettoyer les traces rapidement au savon doux, sans frotter avec un produit agressif.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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