Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Derrière un tee-shirt vendu en boutique, il y a souvent un ouvrier qui ne gagne pas de quoi vivre. La septième édition du Fashion Checker, publiée le 23 septembre, montre que presque toutes les grandes marques de mode restent en retard sur ce sujet.
L’essentiel en 3 points
- Sur 110 marques évaluées par la Clean Clothes Campaign, 96,4 % ne peuvent pas garantir un salaire décent à leurs travailleurs.
- Au Bangladesh, les ouvriers gagnent 73 % de moins qu'un salaire décent, et l'écart dépasse 60 % en Serbie, en Turquie et au Pakistan.
- La directive européenne sur le devoir de vigilance concernera 30 de ces marques à partir de 2029, ce qui va rendre le sujet obligatoire.
Un constat sévère pour toute l'industrie de la mode
Le Fashion Checker est un outil de suivi créé par la Clean Clothes Campaign, un réseau qui défend les travailleurs du textile. Sa septième édition a été rendue publique le 23 septembre.
L'outil a passé au crible 110 marques de vêtements. Le résultat est sans appel : 96,4 % d'entre elles ne peuvent pas assurer à leurs salariés le versement d'un salaire décent.
Un salaire décent, dans ce rapport, désigne un revenu qui couvre les besoins de base d'un travailleur et de sa famille. Il doit aussi laisser une petite part d'argent disponible après les dépenses essentielles.
Ce n'est donc pas un luxe, mais le minimum pour vivre sans s'endetter. Or, dans la plupart des pays où sont fabriqués nos vêtements, ce seuil reste très loin d'être atteint.
Un ouvrier pakistanais du textile touche à peine plus d'un quart de ce qu'il lui faudrait pour vivre dignement.
Des écarts de salaire énormes dans les pays producteurs
Pour mesurer ce fossé, le réseau a interrogé des ouvriers du secteur dans plusieurs pays, entre 2023 et 2025. Les chiffres obtenus donnent une idée concrète de la situation.
Au Bangladesh, les ouvriers gagnent 73 % de moins qu'un salaire décent. Au Pakistan, l'écart atteint 74 %. En Turquie, il est de 66 %, et en Serbie de 63 %.
Autrement dit, un ouvrier pakistanais touche à peine plus d'un quart de ce qu'il lui faudrait pour vivre correctement. Et la Serbie montre que le problème existe aussi aux portes de l'Union européenne.
- 110 marques de mode évaluées dans la septième édition du Fashion Checker.
- 96,4 % d'entre elles ne garantissent pas un salaire décent à leurs ouvriers.
- Seulement 4 % montrent des progrès concrets depuis 2019.
- Devold of Norway est la seule marque à obtenir la note B.
- 30 marques seront concernées par la directive européenne de vigilance en 2029.
- Seules 13 % des entreprises permettent aujourd'hui aux salariés de lancer des alertes.
| Pays de production | Écart avec un salaire décent |
|---|---|
| Pakistan | 74 % de moins |
| Bangladesh | 73 % de moins |
| Turquie | 66 % de moins |
| Serbie | 63 % de moins |
Des promesses rarement suivies d'effets
Selon les auteurs du rapport, 32 % des marques étudiées ont pris un engagement public sur le salaire décent. Sur le papier, c'est donc près d'une marque sur trois.
Mais dans les faits, seules 4 % montrent des progrès réels depuis 2019. Et à peine 3 % disposent d'un plan d'action public avec des échéances précises.
Conséquence directe : presque toutes les entreprises reçoivent la note E. Cette note signifie qu'elles échouent à prouver et à garantir des salaires décents à leurs ouvriers.
À lire aussi : À 57 ans, veuve depuis six mois près de Brest, elle demande la pension de son mari : la caisse refuse, la complémentaire verse chaque mois.
Les grands noms parmi les plus mauvais élèves
Les géants de la mode ne font pas mieux que les autres, bien au contraire. H&M, Uniqlo, Adidas, Levi's et Benetton obtiennent tous le score minimal.
Inditex, la maison mère de Zara, figure aussi parmi les mauvais élèves. Plusieurs enseignes françaises sont dans le même cas, comme Decathlon, Kiabi ou Monoprix.
Le prix élevé d'un vêtement ne garantit donc pas de meilleures conditions pour ceux qui le fabriquent. Le rapport le montre clairement avec le secteur du luxe.
Le luxe aussi en bas du classement
LVMH, Hermès et Chanel n'affichent à ce jour aucun engagement sur le salaire décent. Ces groupes n'ont pas non plus de politique structurée sur le sujet.
Ils obtiennent aussi le score minimal en matière de transparence de leurs chaînes d'approvisionnement. Il est donc difficile de savoir dans quelles conditions leurs produits sont fabriqués.
À l'inverse, quatre entreprises seulement dépassent la note E. Le norvégien Devold of Norway décroche un B, avec au moins un mécanisme de salaire décent dans la moitié des usines de ses fournisseurs.
Puma, Zeeman et Schijvens obtiennent la note D. Elles ont mis en place des procédures et des références salariales précises dans au moins quelques usines.
Le prix d'un vêtement de luxe ne dit rien des conditions de travail de ceux qui le cousent.
Une obligation légale qui se rapproche en Europe
Aileen Robinson, coordinatrice du rapport, estime que les marques ne tiennent pas leurs promesses de conditions de travail décentes pour les employés et leurs familles. Elle les appelle à agir dès maintenant pour soutenir les hausses de salaires dans les pays producteurs.
Le sujet n'est plus seulement moral. Il devient une question de respect des règles, car les normes internationales se renforcent peu à peu.
En Europe, la directive sur le devoir de vigilance, appelée CSDDD, oblige les grandes entreprises à contribuer à un niveau de vie adéquat dans leurs chaînes d'activité. Le salaire décent en fait partie.
Selon la Clean Clothes Campaign, 30 des 110 marques étudiées seront concernées lors de l'entrée en vigueur du texte en 2029. Elles devront aussi permettre aux salariés de signaler des abus, alors que seules 13 % disposent aujourd'hui de telles procédures. Les grèves massives de 2023 au Bangladesh ont déjà montré que la colère des ouvriers peut bloquer toute la chaîne de la mode.
Questions fréquentes
C'est quoi un salaire décent dans la mode ?
C'est un salaire qui couvre les besoins de base d'un travailleur et de sa famille. Il doit aussi laisser une petite part de revenu disponible une fois les dépenses essentielles payées.
Qu'est-ce que le Fashion Checker ?
C'est un outil de suivi créé par la Clean Clothes Campaign, un réseau qui défend les ouvriers du textile. Sa septième édition, publiée le 23 septembre, a évalué 110 marques.
Zara paie-t-elle un salaire décent à ses ouvriers ?
D'après le rapport, Inditex, la maison mère de Zara, fait partie des mauvais élèves. Elle ne parvient pas à prouver que ses ouvriers touchent un salaire décent.
Quelle marque de vêtements est la mieux notée sur les salaires ?
Le norvégien Devold of Norway obtient la meilleure note, un B. Puma, Zeeman et Schijvens suivent avec la note D, toutes les autres marques restant à E.
Combien gagne un ouvrier du textile au Bangladesh ?
Le rapport ne donne pas de montant précis. Il indique en revanche que les ouvriers bangladais gagnent 73 % de moins qu'un salaire décent.
Que change la directive européenne sur le devoir de vigilance ?
Elle oblige les grandes entreprises opérant en Europe à contribuer à un niveau de vie adéquat dans leurs chaînes d'activité. Selon la Clean Clothes Campaign, 30 des marques étudiées seront concernées à son entrée en vigueur en 2029.
Suivi de l'histoire
- 22 Oct 2026Ils accrochent un grelot au collier de leur chat près d’Annecy : chaque lundi matin, un rouge-gorge les attend encore sur le paillasson
- 22 Oct 2026Elle laisse ses tulipes en terre depuis cinq printemps près de Lyon : cette année, seules de larges feuilles sortent, sans une seule fleur
- 22 Oct 2026Il remplit son panier de pommes « zéro résidu » près d’Avignon : sa fille lit le cahier des charges et découvre les traitements autorisés
- 22 Oct 2026Elle rapporte son aspirateur réparé sous garantie près de Rennes : cinq mois plus tard, le vendeur lui répond que tout est terminé
- 22 Oct 2026Elle achète un pull et des chaussettes en bambou près de Valence : en rentrant, l’étiquette cousue à l’intérieur indique un autre mot
- 22 Oct 2026Au Bangladesh, les ouvriers du textile gagnent 73 % de moins qu’un salaire décent : ce que révèle le Fashion Checker sur 110 marques, vous lisez







