Elle accroche une clochette au collier de son chat près de Quimper : six mois plus tard, il rapporte toujours autant de rouges-gorges sur le paillasson

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Il était six heures et quart, le jour pointait à peine sur les haies d'Ergué-Gabéric. Maïwenn a entendu la chatière claquer, puis ce petit bruit mat sur le carrelage de l'entrée. Elle savait déjà. Sur le paillasson, entre les bottes en caoutchouc, gisait un rouge-gorge, la poitrine orange encore tiède. Au collier de Pirate, la clochette neuve pendait, parfaitement silencieuse.

Une maison au bout du chemin, des mangeoires et un chat tigré

Maïwenn a cinquante-huit ans et elle vit depuis vingt ans dans une longère au bout d'un chemin creux, à quelques kilomètres de Quimper. Elle est aide-soignante de nuit à l'hôpital, alors ses matinées commencent tard et ses soirées très tôt. Le jardin, c'est son refuge. Elle y a planté des noisetiers, laissé pousser du lierre sur le muret, installé trois mangeoires et une baignoire en zinc où les oiseaux viennent se laver.

Les rouges-gorges sont ses préférés. Il y en a toujours un qui la suit quand elle bêche, à deux mètres, guettant les vers qu'elle remonte. Elle leur parle, un peu comme on parle à un voisin. Son mari, Yann, se moque gentiment d'elle, mais c'est lui qui remplit les mangeoires de graines de tournesol tous les dimanches matin, avant le café. Le jardin vit au rythme des mésanges, des pinsons et des merles.

Et puis il y a Pirate, un chat tigré de quatre ans, récupéré dans une portée chez une collègue. Il est câlin, gourmand, et dort en boule sur le fauteuil du salon une bonne partie de la journée. Pendant ses deux premières années, il a semblé se contenter des souris du hangar. Maïwenn le trouvait plutôt paresseux, et soyons honnêtes, elle en était un peu fière. Un chat de maison, pensait-elle, pas un prédateur.

Le premier oiseau sur le paillasson et une solution toute simple

Tout a changé au printemps dernier. Un matin d'avril, Yann a trouvé une mésange bleue morte devant la porte du cellier. Une semaine plus tard, c'était un jeune merle, puis un rouge-gorge, le premier. Maïwenn l'a enterré au pied du noisetier, avec une boule dans la gorge. Pirate, lui, se frottait contre ses jambes en ronronnant, visiblement très content de son cadeau. Elle ne savait pas si elle devait le gronder ou le plaindre.

Elle en a parlé à la pause, à l'hôpital, entre deux tournées. Une collègue lui a dit ce que tout le monde dit dans ces cas-là : mets-lui une clochette. Les oiseaux l'entendront arriver et s'envoleront avant qu'il approche. L'idée lui a paru évidente, presque trop simple. Le samedi suivant, elle est passée à la jardinerie de la route de Brest et a acheté un collier rouge à boucle de sécurité, avec un grelot doré.

Pirate a protesté pendant deux jours. Il se grattait le cou, secouait la tête, faisait tinter la clochette à chaque pas dans le couloir. Yann disait qu'on l'entendait venir depuis la cuisine, et que plus aucun oiseau du canton ne se ferait surprendre. Maïwenn, elle, se sentait soulagée. Elle avait fait quelque chose. Elle ne l'enfermait pas, il gardait sa liberté, et les rouges-gorges retrouvaient leur chance. Tout semblait réglé.

« Je l'entendais sonner dans le couloir, alors forcément je me disais que les oiseaux l'entendaient aussi. »

Un été calme, puis des plumes au pied de la haie

Les premières semaines lui ont donné raison. Pirate rentrait bredouille, la clochette tintait dans les allées, et les mésanges continuaient leur ballet autour des mangeoires. Maïwenn guettait le paillasson chaque matin en rentrant du travail, et il restait vide. En juin, elle a même raconté à sa sœur, au téléphone, que le problème était résolu. Elle se souvient d'avoir dit : c'était bête comme chou, j'aurais dû y penser avant.

Puis, vers la fin juillet, elle a remarqué un petit tas de plumes grises au pied de la haie de troènes. Elle a pensé à un épervier, il en passe parfois au-dessus des champs. Quelques jours plus tard, un pinson a été retrouvé sous la table de jardin. Là encore, elle a trouvé une explication : un chat du voisinage, peut-être le gros roux de la ferme d'à côté, qui traînait parfois dans le coin.

Ce qui la gênait, sans qu'elle se l'avoue, c'était le comportement de Pirate. Il revenait de ses tournées matinales le pelage humide de rosée, l'air satisfait, et réclamait moins ses croquettes. On connaît tous ça, ce petit détail qu'on range dans un coin de sa tête parce qu'il dérange. Elle se disait que la clochette était là, bien visible, et qu'un chat qui sonne à chaque pas ne peut tout simplement pas surprendre un oiseau.

Le collier changé, la vétérinaire appelée, et toujours des rouges-gorges

En septembre, les cadeaux sont revenus sur le paillasson, presque à la même cadence qu'avant. Un rouge-gorge, puis un autre, une mésange charbonnière, un troglodyte minuscule. Maïwenn a d'abord cru que la clochette était cassée. Elle l'a secouée entre ses doigts : elle sonnait parfaitement. Elle en a acheté une deuxième, plus grosse, et l'a ajoutée sur le collier. Pirate a de nouveau secoué la tête pendant une journée, puis s'y est habitué.

Octobre n'a rien changé. Fin novembre, six mois après l'achat du premier grelot, elle a fait le compte sur le calendrier de la cuisine, où elle notait chaque oiseau d'une petite croix au crayon. Il y en avait presque autant qu'au printemps. Elle a appelé la clinique vétérinaire de Quimper, un peu gênée de déranger pour ça. La vétérinaire l'a écoutée sans rire, et lui a posé une question qu'elle n'attendait pas.

Elle voulait savoir à quelle heure Pirate sortait. Maïwenn a réfléchi : la chatière restait ouverte en permanence, et lui partait surtout tôt le matin et à la tombée de la nuit, quand elle-même dormait ou partait au travail. Yann, de son côté, avait essayé de le surveiller depuis la fenêtre de la chambre. Il n'avait rien vu, juste une ombre qui glissait le long du muret, et pas le moindre tintement dans le silence.

« Il avançait la tête complètement immobile, et la clochette ne faisait plus le moindre bruit, c'était fascinant et horrible à la fois. »

Le chat qui avait appris à chasser sans faire de bruit

Un dimanche de décembre, Yann s'est levé avant l'aube, une tasse à la main, et s'est posté derrière la baie vitrée. Il a vu Pirate sortir, traverser la pelouse au trot, la clochette tintant légèrement. Puis le chat s'est figé près des troènes. Il a avancé d'une manière que Yann ne lui connaissait pas, le cou tendu, la tête immobile, chaque patte posée lentement. Plus un son. Le rouge-gorge n'a rien entendu venir.

La vétérinaire l'avait évoqué au téléphone. Beaucoup de chats, avec le temps, apprennent à se déplacer sans faire sonner leur grelot : ils gardent la tête parfaitement stable, et c'est justement pendant l'approche finale, le moment qui compte, que le collier ne bouge plus. Le chat ne devient pas moins chasseur, il devient plus discret. Pour certains oiseaux, le petit bruit arrive de toute façon trop tard, au moment du bond.

Maïwenn a mis un moment à digérer ça. Elle avait cru acheter une protection, elle avait en réalité offert à son chat un entraînement. Pirate a appris à chasser en silence, dit-elle aujourd'hui, et moi je dormais tranquille. La vétérinaire lui a aussi expliqué que l'aube et le crépuscule sont les heures où les oiseaux se nourrissent au sol, souvent encore engourdis, et où les chats chassent le plus. Exactement les heures de Pirate.

Une collerette multicolore et une chatière fermée aux heures sensibles

Sur les conseils de la clinique, Maïwenn a commandé une collerette en tissu, une sorte de large col froncé aux couleurs vives, rose, jaune et orange. Les oiseaux voient très bien les couleurs, bien mieux que nous, et repèrent ce col éclatant de loin, même quand le chat avance sans bruit. Pirate, avec ça autour du cou, ressemble à un clown de cirque, et Yann a pris une bonne dizaine de photos pour la famille. Le chat, lui, s'en moque.

Surtout, ils ont changé leurs habitudes. La chatière est désormais bloquée la nuit, et Pirate ne sort plus qu'une heure après le lever du soleil. Le soir, il rentre avant la tombée du jour, attiré par sa gamelle servie à heure fixe. Les premières semaines, il a miaulé devant la porte. Puis il s'est fait une raison. Il dort davantage sur le fauteuil et réclame un peu plus de jeux avec la canne à plumes.

Depuis janvier, le calendrier de la cuisine ne compte que deux croix, deux souris. Aucun oiseau. Maïwenn ne crie pas victoire, elle sait que le printemps et les oisillons seront le vrai test. Mais le rouge-gorge qui la suit au potager est revenu, toujours à deux mètres. Elle garde la clochette dans un tiroir, comme un souvenir. Je croyais bien faire, dit-elle en haussant les épaules, et c'était juste la mauvaise solution.

« J'avais cru acheter une protection, en fait je lui avais offert six mois d'entraînement. »

  • Une clochette seule ne suffit pas toujours : beaucoup de chats apprennent à chasser sans la faire tinter.
  • Une collerette en tissu aux couleurs vives permet aux oiseaux de repérer le chat de loin.
  • Garder le chat à l'intérieur à l'aube et au crépuscule, quand les oiseaux se nourrissent au sol.
  • Servir le repas du soir à heure fixe pour inciter le chat à rentrer avant la nuit.
  • Jouer avec lui chaque jour, canne à plumes ou balle, pour occuper son instinct de chasse.
  • Placer mangeoires et bains d'oiseaux en hauteur, loin des haies où un chat peut se cacher.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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