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Il est dix heures du matin, un mardi de novembre, et la cuisine de Monique baigne dans une lumière de cave. Dehors, au-dessus des vergers de Montauban, le ciel est d'un bleu sec, sans un nuage. À l'intérieur, la lampe du plafond grésille doucement. Monique pose sa tasse de café, tire sur son gilet et vérifie que les volets du salon sont bien fermés.
Une maison de briques roses et des habitudes bien installées
Monique a soixante-sept ans et habite depuis presque trente ans une maison de briques roses, à la sortie de Montauban. Elle y a élevé deux fils, planté un figuier contre le mur du garage et vu passer trois chaudières successives. Ancienne secrétaire dans une coopérative fruitière, elle connaît chaque recoin de la bâtisse, chaque porte qui grince, chaque fenêtre qui siffle par vent d'autan. Depuis le départ de son mari Gérard, il y a quatre ans, elle vit seule avec un vieux chat tigré prénommé Sultan.
La maison n'a rien d'une passoire, du moins c'est ce qu'elle a toujours pensé. Les combles ont été isolés en 2015, grâce à une aide de la région, et les fenêtres du salon ont reçu du double vitrage peu après. Le grand séjour, avec sa baie vitrée, donne plein sud sur le jardin et les pruniers. L'hiver, le chauffage au gaz tourne de novembre à mars, réglé sur dix-neuf degrés, et la facture arrive chaque mois avec une régularité rassurante, à quelques euros près.
Monique tient ses comptes dans un cahier à spirale, rangé dans le tiroir du buffet. Elle y note l'électricité, le gaz, l'eau, les courses de la semaine, avec une écriture serrée et appliquée. Les dépenses de chauffage sont soulignées au feutre rouge, parce que c'est le poste qui l'inquiète le plus depuis la hausse des prix. Sa retraite ne bouge pas beaucoup, et chaque hiver, elle se promet de faire un peu mieux que l'année précédente. Cette année, elle a décidé de prendre les choses en main.
Le conseil d'une voisine, appliqué avec beaucoup de sérieux
L'idée lui vient un samedi d'octobre, au marché de la place Nationale, en discutant avec Josiane devant l'étal du fromager. Sa voisine, ancienne institutrice, lui explique qu'elle ferme désormais tous ses volets dès le matin pour garder la chaleur à l'intérieur. Ça fait comme une couverture sur la maison, lui dit-elle en riant, j'ai même lu ça dans un magazine. Monique trouve l'argument logique. Un volet fermé, c'est une couche de plus entre le froid et le salon, et cela ne coûte rien.
Dès le premier novembre, elle applique la règle avec la rigueur qu'elle met en toutes choses. Le matin, elle ne touche plus aux volets roulants de la baie vitrée, ni aux persiennes en bois de la cuisine. Elle allume les lampes en se levant, lit son journal sous la lampe halogène et déjeune devant la télévision dans une pénombre permanente. Sultan, qui passait autrefois ses après-midi étendu devant la vitre, erre un peu perdu, puis finit par s'installer sur le radiateur de la chambre.
Soyons honnêtes, Monique n'aime pas beaucoup vivre dans le noir, mais elle se raisonne. Elle se dit que c'est un petit sacrifice, qu'il suffit de tenir jusqu'au printemps et que ses enfants seront fiers d'elle. Quand son fils Laurent l'appelle depuis Toulouse et s'étonne qu'elle allume la lumière à midi, elle répond fièrement : je fais des économies, tu verras sur la facture. Elle baisse même le thermostat à dix-huit degrés, convaincue que les volets compenseront largement ce petit degré perdu.
« J'ai tout fermé, j'ai baissé le chauffage, et je paie plus cher qu'avant, je n'y comprends plus rien. »
Un radiateur qui ne s'arrête plus de chauffer
Le premier détail qui cloche, elle le remarque vers la mi-novembre, sans vraiment s'y arrêter. La chaudière, installée dans le cellier, se déclenche plus souvent qu'avant, avec ce petit claquement sourd qu'elle connaît par cœur. Avant, en journée, elle l'entendait rarement, surtout quand il faisait beau. Désormais, le ronronnement revient toutes les demi-heures, même en plein après-midi. Monique met cela sur le compte du froid. Les nuits sont plus fraîches cette année, se dit-elle, et il gèle parfois sur les pruniers au petit matin.
Il y a aussi cette sensation qu'elle n'arrive pas à nommer. Le salon, qui était autrefois la pièce la plus agréable de la maison, lui semble humide et un peu triste. Elle garde son gilet en laine toute la journée, puis rajoute un plaid sur ses genoux en fin d'après-midi. Le carrelage est froid sous ses chaussons. Elle se dit que c'est l'âge, qu'elle est plus frileuse qu'avant, et qu'on connaît tous ça, ces hivers où l'on n'arrive jamais vraiment à se réchauffer.
Josiane, de son côté, ne se plaint de rien. Mais sa maison à elle donne sur la rue, au nord, avec un grand cèdre qui lui cache le ciel toute l'année. Monique n'y pense pas une seconde. Elle continue, persuadée d'être sur la bonne voie, et attend la facture de régularisation comme on attend un bulletin scolaire. Dans son cahier, elle a déjà préparé une colonne pour noter l'économie réalisée. Elle espère une vingtaine d'euros, peut-être un peu plus si l'hiver reste doux.
La facture arrive, et rien ne s'explique
La facture de novembre arrive début décembre, dans une enveloppe qu'elle ouvre à la table de la cuisine. Elle relit le montant deux fois, puis va chercher son cahier à spirale pour comparer. Quarante euros de plus que l'année précédente, pour un mois pourtant moins froid selon la météo du journal. Sa consommation de gaz, exprimée en kilowattheures, a nettement augmenté. Monique reste un long moment assise, le papier à la main, pendant que Sultan miaule devant sa gamelle vide.
Sa première pensée va à la chaudière. Elle appelle le chauffagiste qui assure l'entretien annuel, un certain Didier, installé à Montech. Il passe deux jours plus tard, démonte le capot, vérifie la pression, contrôle le brûleur et les réglages. Tout est normal, madame, votre chaudière tourne comme une horloge, lui dit-il en refermant sa caisse à outils. Il repart en lui conseillant de vérifier les joints des fenêtres. Monique passe l'après-midi à chercher des courants d'air, une bougie à la main, sans rien trouver.
Elle soupçonne ensuite le fournisseur. Elle appelle le service client, attend vingt minutes en musique, puis explique son cas à une conseillère patiente. Le relevé est correct, le compteur a bien été lu, aucun tarif n'a changé depuis l'automne. Monique raccroche découragée. Le soir, au téléphone avec Laurent, elle avoue qu'elle ne comprend plus rien. J'ai tout fermé, j'ai baissé le chauffage, et je paie plus cher qu'avant, lui dit-elle, la voix un peu cassée. Son fils promet de venir le week-end suivant.
« Ta baie vitrée, c'est un radiateur gratuit, maman, et tu l'as éteint tout le mois de novembre. »
Un dimanche ensoleillé et un thermomètre posé sur le buffet
Laurent arrive le dimanche matin, avec sa fille Inès, douze ans, et un petit thermomètre numérique acheté en grande surface. Il est ingénieur dans le bâtiment et pose tout de suite une question simple : pourquoi les volets sont-ils fermés alors qu'il fait grand soleil. Monique lui explique la méthode de Josiane. Laurent sourit, sans moquerie, puis remonte entièrement le volet roulant de la baie vitrée. La lumière inonde le salon d'un coup, et Sultan se précipite sur le carrelage chauffé.
Il pose le thermomètre sur le buffet et ils déjeunent ensemble, volets ouverts. À onze heures, le salon affiche dix-huit degrés. À quatorze heures, sans que la chaudière ait redémarré une seule fois, il monte à vingt et un degrés. Le soleil bas de novembre entre loin dans la pièce, frappe le sol, les murs, le canapé. Tu vois, maman, ta baie vitrée, c'est un radiateur gratuit, lui dit Laurent, et tu l'as éteint tout le mois. Monique pose la main sur le carrelage, qui est tiède.
Laurent lui explique alors ce que Monique n'avait jamais vraiment mesuré. Les fenêtres orientées au sud reçoivent en hiver un soleil bas, qui pénètre profondément dans la maison et réchauffe les surfaces. Ces apports solaires sont gratuits et ils peuvent couvrir une part réelle du chauffage les jours de beau temps. En fermant tout le jour, elle privait sa maison de cette chaleur. Les volets, eux, sont vraiment utiles la nuit, quand il n'y a plus rien à capter et que la vitre laisse fuir la chaleur.
Ouvrir au soleil, fermer à la nuit, et recompter
Depuis ce dimanche, Monique a inversé sa routine. Le matin, dès que le soleil passe au-dessus des pruniers, elle remonte la baie vitrée et ouvre les persiennes de la cuisine. En fin d'après-midi, vers dix-sept heures, quand la lumière décline sur les coteaux, elle referme tout, côté sud comme côté nord. Elle a aussi tiré les rideaux épais de la chambre la nuit. Les pièces au nord, qui ne voient jamais le soleil, restent fermées davantage, mais pas la grande baie. Sultan a retrouvé sa place.
La facture de décembre, plus froid pourtant, est revenue au niveau de l'année précédente, avec même quelques euros de moins. Monique a tout noté dans son cahier, au feutre vert cette fois. Elle l'a montré à Josiane, qui a rougi un peu, puis a reconnu que sa propre maison, exposée au nord, ne jouait pas dans la même catégorie. Chacun sa maison, chacun ses fenêtres, résume Monique en haussant les épaules. Elle a perdu quarante euros, mais elle a appris à regarder sa maison autrement.
Ce qu'elle retient, c'est qu'une bonne idée dépend toujours de l'orientation, de l'heure et du ciel. Elle a désormais un petit rituel, un coup d'œil par la fenêtre au réveil pour savoir quelle journée s'annonce. Par temps gris et venteux, elle garde un peu plus fermé. Quand le ciel est clair, elle ouvre en grand. Elle a aussi demandé à Laurent de lui laisser le thermomètre, posé sur le buffet, qu'elle consulte comme un baromètre. Et quand ses voisines parlent chauffage, elle commence toujours par demander où donnent leurs fenêtres.
« Je croyais faire une couverture sur la maison, en fait je lui enlevais son soleil. »
- Repérer l'orientation de chaque fenêtre : celles au sud, puis à l'est et à l'ouest, captent le plus de soleil en hiver.
- Ouvrir volets et rideaux des fenêtres ensoleillées dès que le soleil les atteint, même par temps froid.
- Fermer tous les volets dès la tombée de la nuit, vers 17 heures en novembre, pour limiter les pertes de chaleur.
- Dégager le sol et les murs devant les baies pour que le soleil réchauffe les surfaces.
- Garder plus fermées les fenêtres au nord, qui ne reçoivent pas d'apports solaires.
- Poser un thermomètre dans la pièce et comparer une journée volets ouverts et une journée volets fermés.
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