Il découvre une énorme boule grise en haut de son chêne près de Pau : le désinsectiseur lui conseille de ne surtout rien faire

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Le râteau grattait la pelouse encore humide, un samedi de novembre, vers dix heures. Dans le jardin de Jurançon, près de Pau, Bernard empilait les feuilles de chêne contre la haie quand il a levé la tête pour souffler. Là-haut, entre deux branches nues, pendait une forme grise, ronde, grosse comme un ballon de plage. Il a posé le râteau sans rien dire.

Trente ans sous le même chêne, sans jamais lever la tête

Bernard a 67 ans et il connaît ce chêne mieux que certains membres de sa famille. Il l'a vu grandir depuis qu'il a acheté la maison, en 1994, avec Josette, quand il travaillait encore à la coopérative laitière. L'arbre domine la terrasse, il fait de l'ombre l'été et donne du travail l'automne. Chaque année, c'est le même rituel : trois samedis de ramassage, des sacs entassés dans la remorque, un passage à la déchetterie de Lescar.

Josette dit souvent que ce chêne est le vrai propriétaire des lieux. On déjeune dessous de mai à septembre, les petits-enfants y ont accroché une balançoire, le chat y grimpe quand le chien du voisin s'énerve. Personne ne regarde vraiment le haut de l'arbre, puisque le feuillage y est épais et que tout semble tranquille. L'été dernier, d'ailleurs, il ne s'est rien passé de particulier, sinon une chaleur lourde et quelques guêpes autour des melons.

C'est cette tranquillité qui rend la découverte si étrange. Bernard reste un long moment immobile, les mains sur les hanches, à fixer la boule grise. Elle est suspendue à une quinzaine de mètres, accrochée à une fourche, avec une surface qui ressemble à du papier mâché froissé. Il appelle Josette, qui sort en pantoufles avec sa tasse de café. Elle plisse les yeux, recule d'un pas et murmure qu'ils ont mangé dessous tout l'été, sans rien voir.

La décision de faire venir un professionnel avant l'hiver

Bernard ne met pas longtemps à comprendre de quoi il s'agit. Dans le Béarn, on en parle depuis des années, au marché comme au café : le frelon asiatique, ses nids géants, les ruchers décimés. Son beau-frère, apiculteur amateur du côté d'Oloron, a perdu deux ruches l'an dernier. Bernard se souvient de son récit, des frelons en vol stationnaire devant les planches d'envol, guettant les abeilles une à une. Pour lui, il n'y a donc pas de doute possible.

Le soir même, il cherche un désinsectiseur sur internet et compare les devis affichés. Les tarifs varient entre cent cinquante et trois cents euros, selon la hauteur du nid et le matériel nécessaire. À quinze mètres, il faudra sans doute une perche télescopique, voire une nacelle. Bernard grimace un peu, mais il se dit que c'est le prix de la sécurité. Les petits-enfants viennent pour Noël, et il ne veut pas qu'un essaim s'abatte sur eux.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce réflexe : un danger repéré, on veut le voir disparaître tout de suite. Josette approuve, elle préfère payer plutôt que de dormir mal. Bernard laisse un message à une entreprise de Billère, qui le rappelle le lundi matin. Le technicien s'appelle Karim, il a la voix posée et pose beaucoup de questions. Il demande la hauteur, l'orientation, la taille approximative, et surtout depuis quand les feuilles sont tombées.

« Je me suis senti idiot, debout dans le froid à trois heures du matin, à surveiller une boule de papier. »

Un nid silencieux qui ne ressemble pas à une menace

En attendant le rendez-vous, Bernard observe le nid chaque matin avec les jumelles de sa sœur, qu'il est allé chercher à Gan. Il s'attend à voir un ballet d'insectes, des allers-retours incessants, une sorte de bourdonnement visible. Or il ne voit presque rien. Parfois un frelon isolé sort d'un petit trou sur le côté, tourne lentement, puis revient. Le reste du temps, la boule semble inerte, comme un vieux lampion oublié après une fête.

Il en parle à Josette, qui hausse les épaules. Peut-être qu'ils dorment à cause du froid, propose-t-elle, ou qu'ils sortent seulement l'après-midi. Bernard veut bien la croire, mais quelque chose le gêne. Le mardi, il gèle légèrement au petit matin, et il ne voit plus aucun mouvement de toute la journée. Il se dit que ce calme est peut-être trompeur, qu'un nid dérangé peut se réveiller d'un coup, et il interdit au chat de sortir.

Le voisin, Patrick, passe la tête au-dessus de la haie et donne son avis sans qu'on le lui demande. Lui, il a fait détruire un nid en octobre, il y a deux ans, pour deux cents euros. Il raconte la perche, la poudre, l'insecticide qui a coulé sur sa voiture. Faut pas traîner avec ces bestioles, Bernard, sinon au printemps t'en as dix fois plus, dit-il en tapotant la haie. Bernard hoche la tête, un peu rassuré d'avoir déjà appelé.

Des appels, des avis contraires et une nuit agitée

Le mercredi, Bernard décide d'en savoir plus et téléphone à son beau-frère apiculteur. Celui-ci l'écoute, puis lui pose une question inattendue : est-ce que le nid bourdonne encore. Bernard répond que non, presque plus. Le beau-frère reste prudent, il dit que chez lui, les attaques sur les ruches ont cessé depuis la fin octobre. Il ajoute qu'il a entendu dire que les nids d'hiver n'avaient plus grand intérêt, mais il n'est pas certain.

Bernard appelle ensuite la mairie de Jurançon, où une secrétaire lui explique que la commune ne prend pas en charge la destruction sur les terrains privés. Elle lui conseille de voir avec un professionnel et lui donne le numéro d'un groupement de défense sanitaire apicole. Il compose le numéro, tombe sur un répondeur, laisse un message confus. La journée passe, personne ne rappelle. Le soir, devant le journal télévisé, il n'arrive pas à se concentrer.

La nuit, le vent se lève et fait grincer les branches du chêne. Bernard se réveille vers trois heures, persuadé d'avoir entendu un choc sur la terrasse. Il descend en robe de chambre, allume la lampe extérieure et éclaire l'arbre. Le nid est toujours là, balancé doucement par les rafales. Je me suis senti idiot, avouera-t-il plus tard, debout dans le froid à surveiller une boule de papier. Il remonte se coucher sans retrouver le sommeil.

« À votre place, je ne ferais rien, ce nid a déjà fait son travail et il ne servira plus jamais. »

Ce que le technicien explique, les jumelles à la main

Karim arrive le jeudi matin, dans une camionnette blanche chargée de perches. Il ne déballe rien. Il demande les jumelles, regarde le nid plusieurs minutes, puis se tourne vers Bernard avec un léger sourire. À votre place, je ne ferais rien, dit-il. Bernard croit avoir mal entendu. Il insiste, parle des petits-enfants, du beau-frère apiculteur, des ruches perdues. Karim l'écoute jusqu'au bout, puis lui propose de s'asseoir sur la terrasse pour lui expliquer.

Selon Karim, à cette période, le nid a déjà fait son travail. Les futures reines, nées à la fin de l'été, l'ont quitté pour aller hiverner ailleurs, isolées dans un trou de mur, une souche ou un tas de bois. Les ouvrières qui restent vont mourir avec les premiers vrais froids. Et le nid ne sera jamais réutilisé, ajoute-t-il : l'an prochain, chaque reine construira le sien, ailleurs. Détruire celui-ci en novembre reviendrait à payer pour une coquille vide.

Bernard reste silencieux un moment, puis demande pourquoi Karim refuse un chantier payé. Le technicien rit doucement. Il explique qu'il préfère garder la confiance de ses clients et qu'il voit trop de gens dépenser deux cents euros pour rien en fin d'automne. Ce qui compte vraiment, selon lui, se passe au printemps, quand les reines fondatrices sortent seules et commencent leur petit nid primaire. C'est là qu'on peut agir, dit-il, une reine attrapée en avril, c'est un nid de moins en septembre.

Deux cents euros économisés et un piège pour le printemps

Karim repart sans facture, en laissant une carte et quelques conseils notés au dos. Bernard a gardé la carte sur le frigo, coincée sous un aimant en forme de vache. Il a surtout changé de calendrier. Au lieu de s'inquiéter en novembre, il prévoit désormais d'installer des pièges sélectifs près du chêne à partir de février ou mars, au moment où les reines sortent d'hibernation. Il compte arrêter dès la fin mai, pour ne pas capturer d'autres insectes inutilement.

Son beau-frère, à qui il a tout raconté, s'est montré enthousiaste. Il fabrique déjà ses pièges avec des bouteilles et un mélange de bière brune, de vin blanc et de sirop de cassis, avec des trous assez petits pour laisser fuir les insectes utiles. Pour Bernard, ce qui m'a convaincu, c'est de comprendre le cycle, explique-t-il. Avant, je voyais juste une bête à éliminer, maintenant je sais quand elle est vraiment vulnérable. Josette, elle, s'amuse de voir son mari devenu expert.

Le nid est toujours là-haut, gris et immobile, et Bernard a fini par s'y habituer. Il raconte l'histoire à Patrick, qui n'y croit qu'à moitié, puis finit par demander la recette du piège. Les deux cents euros prévus serviront à changer le grillage du poulailler. Les tempêtes d'hiver décrocheront peut-être la boule de papier, ou bien elle se délitera lentement sous la pluie. D'ici là, elle ne fait de mal à personne, et la balançoire attend les petits-enfants.

« Une reine attrapée en avril, c'est un nid de moins en septembre, c'est là qu'on gagne vraiment. »

  • En novembre, observer le nid aux jumelles : peu ou pas d'activité signale un nid en fin de vie.
  • Ne pas payer une destruction tardive d'un nid haut et inactif sans l'avis d'un professionnel honnête.
  • Un nid de frelons asiatiques n'est jamais réoccupé l'année suivante.
  • Installer des pièges sélectifs de février à fin mai pour capturer les reines fondatrices.
  • Choisir des pièges à petites ouvertures pour épargner abeilles et autres insectes utiles.
  • Signaler un nid actif en été à la mairie ou au groupement sanitaire apicole local.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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