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Samedi, dix-huit heures, dans une cuisine de Rezé. Thomas écarte les poils du cou de Bruno, son vieux labrador, et presse la pipette jusqu'à la dernière goutte. Une odeur légère, un peu chimique, flotte au-dessus de l'évier. Sur la chaise d'à côté, Pistache, la chatte tigrée, observe la scène en clignant des yeux, puis saute rejoindre le chien.
Une maison près de Nantes où le chien et la chatte dorment ensemble
Thomas a quarante-quatre ans et travaille comme technicien dans une entreprise de chauffage du sud de Nantes. Il vit avec sa compagne Claire dans une petite maison de Rezé, avec un jardin étroit qui donne sur une haie de lauriers. Bruno, le labrador, est arrivé il y a neuf ans, encore chiot, ramené d'une portée chez un collègue. Pistache est venue plus tard, trouvée sous une voiture un soir de novembre, maigre et trempée par la pluie.
Entre les deux animaux, il a fallu quelques semaines de méfiance, des feulements et des oreilles couchées. Puis la chatte a compris que ce gros chien placide ne lui voulait aucun mal. Depuis, elle dort contre lui, presque chaque nuit, roulée en boule dans le creux de son ventre. Les voisins s'amusent de les voir sur le canapé, la tête de Pistache posée sur le cou du labrador comme sur un oreiller.
Dans cette maison, les soins se font simplement, sans grande organisation. Claire s'occupe des vaccins et des rendez-vous chez le vétérinaire, Thomas gère les courses et les petits traitements. On connaît tous ça, ces gestes répétés depuis des années qu'on fait sans y penser. Les vermifuges, les croquettes, les colliers, tout passe par le même chariot du samedi matin, entre les packs d'eau et la lessive. Personne ne s'est jamais vraiment posé de questions.
Le samedi des courses et une pipette prise au rayon animaux
Ce samedi-là, Thomas remarque que Bruno se gratte plus que d'habitude, surtout derrière les oreilles et au bas du dos. Le printemps est doux, le jardin humide, les puces reviennent chaque année à la même période. Au supermarché de la zone commerciale, il passe au rayon animaux et attrape une boîte de pipettes pour grands chiens. Le carton est vert, une silhouette de labrador y figure, et le prix lui semble raisonnable pour trois mois de protection.
Il hésite un instant devant une autre marque, plus chère, présentée dans une boîte blanche avec un chat et un chien côte à côte. Mais Pistache a déjà eu son traitement le mois dernier, chez le vétérinaire, et il ne voit pas l'intérêt de payer davantage. Pour lui, une pipette reste une pipette. Le produit est vendu librement, à côté des gamelles et des jouets, ce qui le rassure plutôt sur son innocuité.
Soyons honnêtes, Thomas ne lit pas la notice. Il retient seulement le poids indiqué sur la boîte, vingt-cinq à quarante kilos, qui correspond à Bruno. En rentrant, il range les courses, prépare un café et applique le produit dans la cuisine. Il se dit qu'il a bien fait, que le chien va enfin dormir tranquille. Je voulais juste qu'il arrête de se gratter, racontera-t-il plus tard, rien de plus compliqué que ça.
« Je voulais juste qu'il arrête de se gratter, je n'ai même pas regardé ce qu'il y avait écrit derrière la boîte. »
Ce petit frisson dans la soirée que Thomas met sur le froid
Après l'application, Bruno s'ébroue, va boire, puis s'installe sur son coussin près du radiateur du salon. Pistache ne tarde pas à le rejoindre, comme d'habitude, et se colle contre son cou encore légèrement humide. Thomas regarde un match à la télévision, Claire lit un roman à côté de lui. La soirée ressemble à toutes les autres, avec le bruit du lave-vaisselle et le ronronnement de la chatte en fond sonore.
Vers vingt-deux heures, Claire remarque que Pistache se lèche longuement le flanc et les pattes avant. Puis elle voit de petits tremblements parcourir son dos, comme des frissons qui ne s'arrêtent pas. Thomas pense d'abord au courant d'air de la porte-fenêtre, mal fermée depuis l'automne. Il se lève, pousse la poignée, ajoute une couverture sur le canapé. La chatte semble se calmer quelques minutes, les yeux mi-clos, et le couple retourne à l'écran.
Mais les frissons reprennent, plus nets, et la queue de Pistache s'agite par saccades. Elle se lève, fait deux pas maladroits, puis se recouche plus loin, loin du chien. Claire lui caresse la tête et sent ses muscles se contracter sous ses doigts. Elle a peut-être mangé quelque chose dehors, une souris ou une plante, suggère Thomas. L'idée paraît logique, la chatte sort souvent dans le jardin des voisins, et personne ne fait le lien avec la pipette.
Une nuit d'appels, de recherches et de tremblements qui empirent
Vers minuit, les tremblements deviennent de véritables secousses. Pistache bave un peu, ses pupilles sont très dilatées, elle ne répond plus vraiment à son nom. Claire attrape son téléphone et cherche sur internet chat qui tremble soudainement. Les résultats mélangent tout, hypothermie, stress, épilepsie, intoxication par des plantes. Thomas fait le tour du jardin avec une lampe frontale, persuadé de trouver un produit renversé, un sac d'engrais, un appât à limaces chez les voisins.
Il ne trouve rien. Le cabinet habituel est fermé, le répondeur renvoie vers un service de garde vétérinaire à Nantes. Claire compose le numéro, explique la situation d'une voix serrée. Au bout du fil, l'assistante pose des questions précises sur l'alimentation, les sorties, les produits ménagers récents. Puis elle demande si un animal de la maison a reçu un antiparasitaire dans la journée. Il y a un silence, et Claire se tourne lentement vers Thomas.
Il a déjà compris, même sans tout savoir. Il retrouve la boîte verte dans la poubelle de la cuisine, la défroisse sur le plan de travail. L'assistante lui demande de lire la composition à voix haute. Sa voix bute sur le mot imprimé en petits caractères, perméthrine. On vous attend tout de suite, dit-elle simplement, et lavez-lui les mains de votre chatte avant de partir. Thomas enveloppe Pistache dans une serviette et démarre la voiture en pleine nuit.
« Elle s'est léchée longtemps, puis ses pattes ont commencé à trembler, et là j'ai pensé au courant d'air. »
Aux urgences, le mot perméthrine change complètement le diagnostic
À la clinique de garde, une vétérinaire d'une trentaine d'années les reçoit presque aussitôt. Elle examine Pistache, observe les tremblements, sent le pelage du cou et des flancs. Elle explique que la perméthrine est un insecticide très utilisé dans les pipettes pour chiens, efficace contre les puces et les tiques. Le chien la supporte bien. Le chat, lui, manque d'une capacité de son foie pour éliminer ce type de molécule, et l'intoxication peut devenir grave.
Thomas pensait qu'il fallait que la chatte avale le produit pour être en danger. La vétérinaire le détrompe avec douceur. Le simple contact suffit souvent, en dormant contre le chien encore humide, puis en se léchant pour faire sa toilette. Elle a vu des cas où un chat avait seulement frotté sa tête contre le cou d'un chien traité. Elle note aussi que ces produits portent un avertissement, souvent discret, à l'arrière de la boîte.
Pistache est lavée avec un savon doux pour retirer ce qui reste sur son pelage, puis placée sous perfusion avec des médicaments contre les convulsions. La vétérinaire refuse de promettre quoi que ce soit avant le lendemain. Thomas et Claire rentrent vers quatre heures, sans la chatte, avec la boîte verte posée sur le siège passager. J'avais tout acheté au même endroit, dit Thomas dans la voiture, je croyais que si c'était en rayon, c'était sans risque.
Ce que la famille regarde désormais avant chaque traitement
Pistache est restée trois jours hospitalisée. Les tremblements ont diminué dès le deuxième matin, et elle a recommencé à manger une pâtée le troisième soir. La facture a dépassé quatre cents euros, entre la garde de nuit, la perfusion et la surveillance. Thomas la garde sur le frigo, à côté d'une photo des deux animaux. La chatte va bien aujourd'hui, mais la vétérinaire leur a expliqué qu'elle avait eu de la chance d'être amenée rapidement.
Dans la maison, les règles ont changé. Thomas lit maintenant chaque composition, même pour un produit qu'il connaît, et cherche les mentions perméthrine ou toxique pour les chats. Quand Bruno est traité, il dort une nuit entière dans la buanderie, tant que le pelage n'est pas parfaitement sec. Claire a demandé au vétérinaire de leur conseiller un produit adapté à une maison où chien et chat vivent collés l'un à l'autre.
Thomas en parle désormais autour de lui, au travail comme chez les voisins. Plusieurs collègues lui ont avoué avoir fait exactement le même geste, sans savoir. Je ne leur fais pas la leçon, je leur montre juste la boîte, dit-il en haussant les épaules. Le soir, Pistache s'est remise à dormir contre Bruno, la tête posée sur son cou. Thomas les regarde un moment avant d'éteindre la lumière, puis vérifie, par réflexe, qu'aucune boîte verte ne traîne dans le placard.
« Quand j'ai lu le mot perméthrine au téléphone, il y a eu un silence, et j'ai compris avant qu'elle parle. »
- Lire la composition de toute pipette pour chien et repérer la mention perméthrine ou perméthrine toxique pour les chats.
- Ne jamais appliquer sur un chat un produit destiné aux chiens, même à petite dose.
- Séparer chien et chat après le traitement, jusqu'au séchage complet du pelage, souvent au moins une nuit.
- Demander au vétérinaire un antiparasitaire adapté aux foyers où chiens et chats vivent ensemble.
- En cas de tremblements, bave ou pupilles dilatées chez le chat, appeler un vétérinaire de garde sans attendre.
- Garder la boîte du produit pour pouvoir lire la composition aux urgences.
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