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Il est six heures dix, la cuisine est encore noire et le carrelage glace les pieds nus. Dehors, derrière la haie de thuyas, le groupe extérieur de la pompe à chaleur ronfle comme un camion au ralenti. Philippe, 58 ans, pose la main sur le radiateur tiède, regarde le thermostat qui indique 16,4 degrés, et soupire en lançant la cafetière. Le contraste avec la chaleur qu'il espérait trouver au réveil est saisissant.
Une maison de village près de Colmar, et des habitudes bien rodées
Philippe et Sylvie habitent depuis vingt-deux ans une maison à colombages dans un village du vignoble, à quelques kilomètres de Colmar. Lui est technicien de maintenance dans une usine de la plaine, elle travaille au secrétariat d'un collège. Leurs deux enfants sont partis faire leurs études à Strasbourg, et la maison paraît soudain trop grande pour deux personnes qui se lèvent tôt.
Il y a trois ans, ils ont remplacé la vieille chaudière au fioul par une pompe à chaleur air-eau. Le chantier avait duré une semaine, avec les aides de l'époque et un crédit raisonnable sur cinq ans. Les radiateurs en fonte d'origine ont été gardés, parce que Sylvie y tient et que l'installateur avait jugé cela acceptable.
Les deux premiers hivers se sont passés sans histoire. La maison restait à vingt degrés, la facture d'électricité avait augmenté mais celle du fioul avait disparu. Philippe tenait un petit carnet où il notait chaque mois les relevés du compteur, par habitude de métier. Soyons honnêtes, il était assez fier de ces colonnes de chiffres bien alignées.
Cet automne, Philippe décide de serrer la vis la nuit
En octobre, la lettre du fournisseur annonce une nouvelle hausse du prix du kilowattheure. Philippe la lit deux fois à la table de la cuisine, puis sort son carnet. Il fait ses calculs au crayon et arrive à une conclusion qui lui semble évidente : chauffer une maison où tout le monde dort, c'est jeter de l'argent par la fenêtre.
Il programme donc le thermostat pour descendre à seize degrés de vingt-deux heures à six heures du matin. Le reste de la journée, la consigne reste à vingt degrés. Sur le papier, huit heures par jour avec quatre degrés de moins, cela devait représenter une belle économie. Un collègue de l'usine lui avait d'ailleurs dit qu'il faisait pareil avec son vieux chauffage au gaz.
Sylvie était plutôt d'accord, à condition d'avoir une couette épaisse. Avec une couverture, on dort très bien à seize degrés, et puis franchement ça fait du bien au portefeuille, disait-elle à sa sœur au téléphone. Les premières semaines, l'automne était doux, la pompe démarrait le matin sans bruit particulier, et personne n'a rien remarqué d'anormal.
« Je me disais que si ça coûtait cher, il fallait chauffer encore moins, c'était logique dans ma tête. »
Le ronflement de six heures, que personne ne prend au sérieux
Avec les premières gelées de décembre, quelque chose change. Chaque matin, dès que le programme repasse à vingt degrés, le groupe extérieur se met à souffler à plein régime. Le ventilateur tourne sans s'arrêter pendant deux ou trois heures, et le bruit traverse le double vitrage de la chambre. Les radiateurs restent pourtant longtemps tièdes au toucher.
Philippe se dit que c'est normal, qu'il fait froid dehors et que la machine travaille. Il remarque aussi que la maison n'atteint vingt degrés que vers neuf heures, quand ils sont déjà partis. Les radiateurs en fonte, eux, mettent du temps à se réchauffer, et la cuisine reste fraîche pendant le petit-déjeuner. Le soir, Sylvie trouve la salle de bains fraîche. Mais les journées sont chargées, et on connaît tous ça, on remet ce genre de détail à plus tard.
Le voisin, Gérard, retraité qui promène son chien à l'aube, finit par lui en parler par-dessus la clôture. Ta machine, elle tourne comme une turbine tous les matins, tu sais. Philippe hausse les épaules en riant. Il répond qu'en plein hiver alsacien, il vaut mieux qu'elle tourne que l'inverse, et il monte dans sa voiture.
La facture de janvier, et les coups de téléphone qui ne donnent rien
Le relevé de janvier tombe comme une douche froide. En reportant les chiffres dans son carnet, Philippe constate une consommation bien plus forte que l'an passé à la même période, alors que l'hiver n'a pas été plus rude. Il refait le calcul trois fois, persuadé d'avoir mal lu le compteur dans le garage. Le chiffre ne colle à rien de ce qu'il avait prévu en octobre. Sur le papier, il aurait dû économiser ; dans les faits, il dépensait davantage.
Il appelle d'abord le fournisseur d'électricité, qui lui confirme les index et lui conseille de vérifier ses appareils. Il soupçonne ensuite le congélateur de la cave, puis le ballon d'eau chaude. Il débranche, il mesure, il compare pendant tout un week-end. Rien ne justifie un tel écart, et Sylvie commence à s'agacer de le voir passer ses soirées au sous-sol.
Il finit par joindre l'entreprise qui a posé la pompe à chaleur. Une secrétaire note sa demande et promet un passage dans dix jours. En attendant, Philippe baisse encore la consigne de nuit, à quinze degrés, pour compenser. Je me disais que si ça coûtait cher, il fallait chauffer encore moins, racontera-t-il plus tard, un peu gêné. Sans le savoir, il aggravait exactement le problème qu'il cherchait à résoudre.
« Ta machine, elle tourne comme une turbine tous les matins, tu sais, on l'entend jusque chez nous. »
Le technicien ouvre le menu caché de l'appareil
Le technicien s'appelle Karim, il a une trentaine d'années et une tablette accrochée à la ceinture. Il écoute Philippe, regarde le carnet, puis va directement au module intérieur dans la buanderie. Il fait défiler les menus jusqu'à un historique que Philippe n'avait jamais vu, et pointe une ligne du doigt : les heures de fonctionnement de la résistance d'appoint.
L'explication tient en quelques phrases. Une pompe à chaleur aime travailler doucement et longtemps, avec de petits écarts de température. Quand on lui demande de remonter quatre ou cinq degrés d'un coup au petit matin, par grand froid, elle n'y arrive pas assez vite toute seule. Elle déclenche alors sa résistance électrique, qui chauffe comme un vieux grille-pain et consomme énormément. C'est précisément ce que le compteur avait enregistré en janvier, sans que Philippe puisse le deviner depuis le garage.
Philippe reste un moment silencieux devant l'écran. Votre baisse de nuit, vous l'économisez la nuit et vous la payez trois fois le matin, lui dit Karim sans détour. Avec des radiateurs en fonte qui demandent une eau chaude, l'effet est encore pire. Ce n'était ni une panne ni un compteur défectueux, seulement un réglage pensé pour une chaudière. Le problème venait donc de l'écart de température demandé chaque matin, et non de l'appareil lui-même.
Deux degrés d'écart, et un carnet qui retrouve ses bonnes colonnes
Karim reprogramme le thermostat devant lui : dix-neuf degrés et demi en journée, dix-huit la nuit, avec une remontée qui commence plus tôt et plus progressivement. Il limite aussi l'usage de l'appoint dans les réglages, en accord avec Philippe. Dans son cas, deux degrés environ d'abaissement nocturne suffisent, et la machine reste dans sa zone de confort. La nuit, la maison ne refroidit plus autant, et la pompe n'a plus à rattraper un retard important au réveil.
Le changement s'entend dès la semaine suivante. Le groupe extérieur tourne plus longtemps la nuit, mais tout doucement, presque sans bruit. Le ronflement de six heures a disparu, et Gérard n'a plus de raison d'en parler pendant sa promenade avec son chien. Le matin, la cuisine est tiède quand la cafetière se met en route. Sur le relevé de février, Philippe observe une baisse nette de sa consommation, même si la note de janvier, elle, reste à payer en plusieurs fois.
Sylvie a gardé la couette épaisse, par principe. Philippe, lui, a ajouté une page à son carnet, intitulée réglages, qu'il montre volontiers à Gérard par-dessus la clôture. Les colonnes de chiffres bien alignées sont revenues, et avec elles une certaine fierté. Il conseille à ceux qui ont la même installation de regarder quelques points simples chez eux avant de toucher au thermostat, et surtout avant de croire qu'économiser veut dire couper fort.
« Votre baisse de nuit, vous l'économisez la nuit et vous la payez trois fois le matin. »
- Limiter l'abaissement nocturne à environ deux degrés avec une pompe à chaleur.
- Consulter dans le menu de l'appareil les heures de fonctionnement de la résistance d'appoint.
- Faire démarrer la remontée en température plus tôt et progressivement le matin.
- Écouter le groupe extérieur : un souffle à plein régime chaque matin mérite une vérification.
- Relever le compteur chaque mois pour repérer un écart rapidement.
- Demander à l'installateur d'adapter les réglages aux radiateurs existants.
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