À 64 ans, Françoise se réveille chaque nuit à 4 heures pile : trois mois plus tard, elle découvre ce que cachait ce réveil

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Le réveil affiche 4 h 07 en chiffres rouges, comme presque toutes les nuits. Dans la chambre de la rue Ballainvilliers, à Clermont-Ferrand, le radiateur claque doucement en refroidissant. Françoise, 64 ans, garde les yeux ouverts sur le plafond, les mains croisées sur la couette. À côté, Gérard respire lentement. Elle compte les minutes, et chaque minute pèse un peu plus.

Une retraite tranquille au pied du puy de Dôme

Françoise a été secrétaire médicale pendant trente-huit ans dans un cabinet du quartier de Jaude. Elle a pris sa retraite au printemps dernier, avec un pot de départ, des fleurs et une carte signée par tous les patients fidèles. Pendant des décennies, elle s'est levée à 6 h 15, a pris le bus de 7 heures et a dormi d'un sommeil lourd. Elle aimait dire qu'elle tombait comme une pierre dès que sa tête touchait l'oreiller.

Avec Gérard, ancien technicien chez Michelin, elle vit dans un appartement clair au troisième étage, avec un balcon tourné vers les volcans. Leurs journées ont trouvé un nouveau rythme sans trop de mal. Le marché Saint-Joseph le samedi, la marche autour du lac d'Aydat le mercredi, les petits-enfants le dimanche. Ils avaient tout imaginé de cette nouvelle vie, les voyages, le jardinage, les longues matinées. Ils n'avaient simplement jamais pensé aux nuits.

Les premières semaines, Françoise savourait l'idée de ne plus mettre de réveil. Elle se couchait vers 22 h 30, lisait quelques pages d'un polar et s'endormait sans effort. Elle se sentait légère, presque en vacances permanentes. Gérard la taquinait sur sa mine reposée, elle riait en disant qu'elle rattrapait trente-huit ans de retard. Personne, dans le couple, n'aurait parié que le sommeil deviendrait bientôt le sujet principal de leurs conversations du petit-déjeuner.

Le vieux réveil rouge qu'elle refuse de ranger

Sur la table de nuit trône un radio-réveil à gros chiffres rouges, acheté au début des années 2000. Gérard avait proposé de le remplacer par son téléphone, mais Françoise y tenait. Ce réveil l'avait accompagnée pendant toute sa carrière, fidèle et ponctuel. Même sans alarme programmée, elle aimait le voir briller dans le noir. Il lui donnait l'heure d'un seul coup d'œil, sans avoir à chercher ses lunettes ni à allumer la lampe.

Elle avait aussi pris une autre habitude, qu'elle jugeait raisonnable. Puisqu'elle n'avait plus d'horaires, elle se couchait un peu plus tôt, parfois dès 21 h 45, après le journal télévisé. Elle se disait qu'à son âge, il fallait du repos, beaucoup de repos. Sa mère répétait autrefois que les heures avant minuit comptaient double. Françoise n'y croyait qu'à moitié, mais l'idée la rassurait et lui donnait l'impression de bien prendre soin d'elle.

Pour être sûre de bien dormir, elle restait au lit jusqu'à ce que le sommeil revienne, quoi qu'il arrive. Se lever la nuit lui paraissait une défaite, presque un aveu de faiblesse. Elle avait vu son père errer dans la maison à trois heures du matin, les dernières années, et ce souvenir la gênait. Elle s'était promis de ne jamais devenir cette personne qui traîne en robe de chambre dans une cuisine éteinte.

« Je regardais les chiffres rouges changer, et chaque minute me paraissait une petite défaite de plus. »

Une nuit d'octobre, les chiffres affichent 4 h 03

La première fois, c'était un mardi d'octobre, une nuit de pluie sur les toits d'ardoise. Françoise s'est réveillée sans raison, les yeux grands ouverts, parfaitement lucide. Le réveil indiquait 4 h 03. Elle a pensé à la pluie, à un bruit dans l'immeuble, peut-être au café de l'après-midi. Elle s'est retournée, a fermé les yeux et s'est rendormie vers cinq heures. Le lendemain, elle n'y pensait déjà plus du tout.

Mais la nuit suivante, à 4 h 10, rebelote. Puis à 3 h 55 le vendredi, et encore à 4 h 05 le dimanche. Le scénario se répétait avec une régularité de métronome. Elle ouvrait les yeux, cherchait les chiffres rouges, et une petite voix intérieure commençait aussitôt son commentaire. Encore réveillée, encore cette heure-là, encore une nuit fichue. Elle ne le disait pas à Gérard, qui dormait à poings fermés.

On connaît tous ça, ce moment où l'on se dit que ce n'est qu'une mauvaise passe. Françoise mettait tout sur le compte de la météo, puis de la retraite, puis de l'automne. Elle se trouvait des explications chaque matin, devant son bol de thé. Pourtant, une phrase commençait à tourner dans sa tête, de plus en plus insistante. Je deviens insomniaque, se disait-elle, comme mon père à la fin de sa vie.

Tisanes, mélatonine et nuits passées à compter les minutes

En novembre, l'inquiétude a pris toute la place. Françoise a acheté de la tisane de tilleul, puis de la verveine, puis un mélange aux plantes conseillé par une amie de la chorale. Elle a supprimé le café après midi, puis après dix heures. Elle a tenté les exercices de respiration trouvés dans un magazine. Rien n'y faisait : vers quatre heures, ses yeux s'ouvraient, et le réveil rouge l'attendait dans le noir.

Le pire, c'était l'attente. Allongée, elle regardait les chiffres changer, 4 h 12, 4 h 26, 4 h 41. Chaque minute ajoutait une couche d'angoisse. Elle calculait combien d'heures il lui restait, combien elle en avait perdu, combien elle serait fatiguée le lendemain. À force de s'agiter, elle a fini par réveiller Gérard. Tu dors pas encore, a-t-il murmuré, et elle a fondu en larmes, épuisée, sans trop savoir pourquoi.

Sa fille Claire, infirmière à l'hôpital Estaing, lui a conseillé d'en parler à son médecin traitant. Françoise a hésité deux semaines, de peur qu'on lui prescrive des somnifères. Elle avait vu trop de patients en dépendre, au cabinet, pour accepter ça facilement. En attendant le rendez-vous, elle a même essayé de se coucher encore plus tôt, à 21 heures. Résultat : elle se réveillait désormais à 3 h 30, encore plus découragée qu'avant.

« Je me disais que je devenais insomniaque, comme mon père, et ça me faisait peur. »

Dans le cabinet du docteur, le mot insomnie ne vient pas

Le docteur Morel l'a écoutée sans l'interrompre, en prenant quelques notes. Puis il a posé des questions simples. À quelle heure se couchait-elle, combien de temps restait-elle éveillée, comment se sentait-elle l'après-midi. Françoise a reconnu qu'elle n'était pas vraiment fatiguée dans la journée, seulement inquiète. Elle dormait au total près de sept heures, en deux morceaux. Le médecin a souri doucement et lui a expliqué ce qu'il voyait chez beaucoup de ses patients.

Selon lui, avec l'âge, le sommeil change de forme. La part de sommeil profond, celui qui rend la nuit si lourde quand on est jeune, diminue progressivement. Les cycles s'enchaînent plus légèrement, et entre deux cycles, on se réveille plus facilement. Chez elle, a-t-il dit, ce réveil vers quatre heures ressemblait à une transition normale entre deux cycles. Ce qui l'empêchait de se rendormir, c'était surtout le réveil rouge et le calcul qui suivait.

Françoise est restée silencieuse un long moment, son sac sur les genoux. Vous n'êtes pas malade, madame, vous avez simplement soixante-quatre ans et une horloge sous le nez, a résumé le docteur Morel. Il lui a conseillé de cacher le réveil, de ne plus se coucher si tôt, et de se lever si elle restait éveillée une vingtaine de minutes. En sortant, sous le ciel gris de décembre, elle se sentait étrangement soulagée, presque bête.

Le réveil tourné contre le mur, et des nuits apaisées

Le soir même, Françoise a retourné le radio-réveil contre le mur. Gérard a ri, mais il l'a aidée à ranger son propre téléphone dans le tiroir. Elle est revenue à un coucher vers 22 h 45, après une vraie soirée. La première nuit, elle s'est réveillée, comme prévu, mais sans savoir l'heure. Elle a respiré, s'est retournée, et s'est rendormie avant même d'avoir eu le temps de s'inquiéter vraiment.

Certaines nuits, le sommeil tarde. Alors elle applique la règle du docteur, à sa manière. Quand elle sent qu'elle tourne depuis un bon moment, elle se lève, enfile son gilet et s'installe dans le salon, lumière douce, avec un livre de recettes ou un recueil de poèmes. Je me lève, je lis trois pages, et le sommeil revient me chercher tout seul, dit-elle aujourd'hui. Elle ne compte plus, elle attend simplement que les paupières s'alourdissent.

Soyons honnêtes, tout n'est pas réglé du jour au lendemain. Mais trois mois plus tard, Françoise ne parle plus d'insomnie. Le réveil a coûté une nuit de fierté, les tisanes une trentaine d'euros, l'angoisse beaucoup plus. Elle conseille désormais à ses amies de la chorale de regarder leurs propres habitudes. Si une gêne persiste en journée, elle les envoie voir leur médecin. Pour le reste, elle répète que se réveiller la nuit n'est pas forcément mal dormir.

« Il m'a dit que je n'étais pas malade, juste que j'avais soixante-quatre ans et une horloge sous le nez. »

  • Tourner le réveil contre le mur et ranger le téléphone hors de vue pendant la nuit.
  • Ne pas avancer l'heure du coucher par principe, mais se coucher quand la fatigue arrive.
  • Se lever après une vingtaine de minutes d'éveil et lire au calme sous une lumière douce.
  • Éviter de calculer les heures de sommeil restantes, ce qui entretient l'inquiétude.
  • Consulter son médecin si la fatigue en journée devient gênante ou persiste.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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