Il dort huit heures par nuit depuis le changement d’heure à Metz : à 15 heures, sa tête tombe encore sur le clavier du bureau

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Il est 6 h 40, rue Mazelle à Metz, et le radiateur claque doucement dans la chambre encore noire. Thomas, 41 ans, tape sur son téléphone pour faire taire l'alarme, puis reste assis au bord du lit, les pieds sur le parquet froid. Il a dormi huit heures. Il se sent pourtant comme après une nuit blanche, la nuque lourde et les paupières collées.

Un comptable réglé comme une horloge dans son appartement messin

Thomas travaille depuis douze ans dans un cabinet comptable près de la gare de Metz, à vingt minutes à pied de chez lui. Il connaît par cœur le trajet, la boulangerie de la rue aux Arènes, le feu qui reste toujours trop longtemps au rouge. Sa vie tient dans une routine qu'il aime bien, et qu'il défend avec une certaine fierté devant ses collègues. Il se couche vers 23 heures, se lève à 6 h 40, boit un café serré debout dans la cuisine, puis enfile son manteau.

Avec Claire, sa compagne, infirmière de jour à l'hôpital de Mercy, ils ont trouvé un équilibre qui tient depuis des années. Elle part avant lui, il ferme la porte en partant et dépose le courrier dans la boîte de la gardienne. Le week-end, ils dorment un peu plus, sans excès, parce que Thomas déteste se sentir vaseux le dimanche. Il a même lu quelque part qu'il valait mieux garder des horaires réguliers, et il s'y tient presque religieusement depuis la naissance de leur fille, aujourd'hui partie étudier à Nancy.

Les changements d'heure, il ne les a jamais vraiment remarqués. Deux fois par an, il change l'heure du four et de la voiture, il râle un peu sur cette vieille habitude, et la vie reprend. Fin octobre, il a même plutôt apprécié l'idée de cette heure gagnée, comme un petit cadeau du calendrier. Le samedi soir, Claire lui a dit en riant qu'ils allaient enfin dormir un peu. Thomas a répondu qu'il n'en avait pas besoin, que son corps était une montre suisse, et il le pensait vraiment.

Le dimanche 25 octobre, il décide de ne rien changer

Le dimanche 25 octobre, à 3 heures du matin, les horloges ont reculé d'une heure, et la France est passée à l'heure d'hiver. Thomas, lui, s'est réveillé comme d'habitude vers 7 heures, ou plutôt vers ce que son téléphone appelait désormais 6 heures. Il est resté au lit, a regardé le plafond, puis il s'est levé pour lire le journal dans la cuisine. Il s'est dit que ce n'était qu'une heure, qu'il suffisait de faire comme si de rien n'était pour que tout rentre dans l'ordre.

Sa décision lui paraissait raisonnable, presque sage. Plutôt que de s'adapter progressivement, il a gardé exactement ses horaires sur la nouvelle heure affichée, coucher à 23 heures, réveil à 6 h 40. Le dimanche soir, il a pourtant traîné devant une série, parce qu'il n'avait pas sommeil du tout à l'heure habituelle. Il s'est couché près de minuit, en se disant qu'il rattraperait dans la semaine. Claire, plus fatiguée par ses gardes, s'était endormie depuis longtemps, la lampe de chevet encore allumée de son côté.

Le lundi matin, il a ouvert les yeux dans une chambre encore éclairée par le lampadaire de la rue. Il a pris son café dans la cuisine sans allumer le plafonnier, pour ne pas s'agresser les yeux, comme il le fait toujours. Puis il a pris le bus, pour une fois, parce qu'il pleuvait sur la place de la République. Il est arrivé au cabinet avant le lever du jour, a allumé son écran et sa petite lampe de bureau. Il ne le savait pas encore, mais il venait de passer sa matinée entière sans voir le ciel.

« Je dors mes huit heures comme toujours, je ne comprends pas pourquoi je pique du nez au bureau. »

À 15 heures, la tête de Thomas commence à piquer du nez

Le premier signe est arrivé le mardi, vers 15 heures, au milieu d'un tableau de bilan pour un garage de Woippy. Les chiffres se sont mis à flotter devant ses yeux, et sa tête a basculé une seconde vers l'avant. Il s'est redressé brusquement, a regardé autour de lui pour vérifier que personne n'avait rien vu. Il a mis ça sur le compte du déjeuner, une choucroute un peu lourde à la brasserie d'en face. Il est allé chercher un deuxième café à la machine, puis un troisième en fin d'après-midi.

Le mercredi, la même chose s'est produite, presque à la minute près, alors qu'il avait mangé une simple salade. Sa collègue Nadia, qui partage son bureau, l'a surpris les yeux fermés devant un dossier ouvert. Elle a souri sans méchanceté, lui a demandé s'il faisait la fête en semaine maintenant. Thomas a ri, un peu gêné, et lui a dit qu'il dormait pourtant ses huit heures, comme toujours. Le soir même, il s'est couché encore plus tard, incapable de trouver le sommeil avant minuit et demi.

Soyons honnêtes, on connaît tous ces semaines où l'on se traîne sans savoir pourquoi, et où l'on invente des explications commodes. Thomas a accusé la météo grise, puis la saison des bilans, puis l'oreiller qu'il trouvait soudain trop plat. Le jeudi, il s'est réveillé avec la sensation d'avoir été tiré d'un sommeil profond, le cœur battant. Il a mis plusieurs minutes à comprendre où il était. Dans la salle de bains, devant le miroir, il s'est trouvé le teint gris et les yeux gonflés d'un homme beaucoup plus âgé.

Matelas neuf, magnésium et café noir : rien ne marche vraiment

Le vendredi, Thomas a commencé à chercher des solutions avec l'énergie un peu désordonnée des gens fatigués. À la pause de midi, il est passé à la pharmacie de la rue Serpenoise pour acheter du magnésium, sur le conseil d'un ami. Le soir, il a même regardé des matelas sur internet pendant une heure, l'écran de la tablette à vingt centimètres du visage. Il a fini par s'endormir à une heure du matin, la tablette sur la poitrine. Claire l'a réveillé en la posant sur la table de nuit, avec un regard inquiet.

Le samedi, il a dormi jusqu'à 10 heures, volets fermés, persuadé qu'une grasse matinée allait tout réparer. Il s'est levé encore plus vaseux, avec un léger mal de tête qui ne l'a pas quitté jusqu'au soir. Il a appelé sa sœur, Hélène, qui vit à Thionville et qui a toujours un avis sur tout. Elle lui a conseillé de voir son médecin, de faire une prise de sang, peut-être de vérifier sa thyroïde. Thomas a raccroché plus inquiet qu'avant, en se demandant si quelque chose ne tournait vraiment pas rond.

Le dimanche soir, une semaine pile après le changement d'heure, il a avoué à Claire qu'il ne comprenait plus rien. Je dors autant qu'avant, je mange pareil, et pourtant j'ai l'impression de vivre avec une heure de décalage permanent, lui a-t-il dit. Claire a posé sa tasse de tisane sur la table et l'a regardé longuement. Puis elle a souri, d'un sourire qu'il ne lui connaissait que lorsqu'elle parlait de ses patients. Elle lui a demandé à quelle heure il avait vu le soleil, ce jour-là, pour la première fois.

« Je me croyais une montre suisse, et en fait j'avais juste oublié d'ouvrir les volets le matin. »

Ce n'était pas son sommeil, c'était sa lumière du matin

Claire travaille avec des soignants de nuit, et elle a souvent entendu parler de ces décalages qui épuisent sans prévenir. Elle lui a expliqué, avec ses mots à elle, que le corps possède une horloge interne qui tourne sur environ vingt-quatre heures. Selon ce qu'elle a appris dans son service, ce n'est pas le réveil qui la règle, mais surtout la lumière du jour, en particulier celle du matin. Quand on change l'heure, cette horloge intérieure, elle, ne recule pas d'un coup avec les pendules du salon.

Thomas a fait le compte, un peu sonné. Depuis une semaine, il se levait dans le noir, prenait son café sans lumière, partait en bus avant l'aube et passait sa matinée sous un néon. Son corps ne recevait plus le signal du matin qui lui dit que la journée commence. Il se couchait trop tard parce que son horloge restait calée sur l'ancienne heure, puis il se forçait à se lever. Le coup de barre de 15 heures, c'était peut-être ça, un organisme qui ne savait plus vraiment quelle heure il était.

Il s'est souvenu de son raisonnement du dimanche, garder ses horaires coûte que coûte, et il a compris où il s'était trompé. Ce n'était ni le matelas, ni la choucroute, ni l'âge, ni même une mystérieuse maladie. C'était une routine parfaitement réglée sur les chiffres de l'horloge, mais coupée de ce qui donne vraiment l'heure au corps. Moi qui me croyais une montre suisse, j'avais juste oublié de la remonter à la fenêtre, a-t-il plaisanté. Claire a ri, et pour la première fois depuis huit jours, il s'est senti léger.

Dix jours plus tard, Thomas marche jusqu'au bureau au lever du jour

Dès le lundi suivant, Thomas a changé quelques petites choses, sans révolution. Il a avancé son coucher d'un quart d'heure chaque soir, par paliers, plutôt que de se forcer d'un coup. En se levant, il ouvre désormais les volets en grand et boit son café près de la fenêtre du salon, face à la cathédrale. Puis il marche jusqu'au bureau, même sous la bruine, en prenant le chemin le plus long par l'esplanade. Le soir, la tablette reste dans la cuisine, et la lumière du salon baisse vers 22 heures.

En quatre ou cinq jours, la différence s'est fait sentir. Le coup de barre de 15 heures s'est espacé, puis a presque disparu, et l'endormissement est revenu vers 23 heures. Nadia lui a demandé quel était son secret, persuadée qu'il avait commencé une cure de vitamines. Il lui a parlé de la lumière, de l'horloge interne, des petits paliers. Elle a haussé les épaules, sceptique, puis il l'a vue le lendemain arriver à pied, une écharpe autour du cou. Le magnésium, lui, dort toujours au fond du placard de la salle de bains.

Thomas n'est pas devenu un spécialiste du sommeil, et il le dit volontiers. Il sait seulement ce qui a marché pour lui, dans son appartement messin, avec ses horaires de comptable. Il a aussi gardé de cette semaine une forme d'humilité devant son propre corps, qu'il croyait maîtriser par la seule discipline. Au printemps prochain, quand les horloges avanceront, il s'y prendra quelques jours avant, a-t-il promis à Claire. Et si la fatigue persistait malgré tout, il irait voir son médecin, sans attendre une semaine de plus.

« Elle m'a demandé à quelle heure j'avais vu le soleil, et là, je n'ai rien trouvé à répondre. »

  • Avancer l'heure du coucher par paliers d'un quart d'heure plutôt que d'un coup.
  • Ouvrir les volets et s'exposer à la lumière du jour dès le réveil.
  • Faire une partie du trajet à pied le matin, même par temps gris.
  • Éviter les grasses matinées volets fermés qui prolongent le décalage.
  • Baisser les lumières et poser les écrans une heure avant de dormir.
  • Consulter un médecin si la fatigue persiste au-delà de deux semaines.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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