Il fait poser une pompe à chaleur contre son mur près de Valence : en novembre, le voisin sonne avec un sonomètre allumé sur son téléphone

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Il était un peu plus de vingt-deux heures, un mardi de novembre, et la pluie fine collait aux vitres de la cuisine. Thierry rinçait deux assiettes quand la sonnette a retenti, une seule fois, assez longtemps. Sur le seuil, son voisin Gérard tenait son téléphone à bout de bras, l'écran tourné vers lui. Un chiffre rouge clignotait au milieu : quarante et un.

Une maison tranquille au bout d'un lotissement près de Valence

Thierry a cinquante-huit ans et il habite depuis dix-neuf ans une maison de plain-pied à Bourg-lès-Valence. Il est technicien dans une coopérative fruitière, il se lève tôt et il aime les soirées calmes. Sa femme, Nadine, travaille à mi-temps dans une pharmacie du centre. Leur jardin donne sur une haie de lauriers, et derrière cette haie vit Gérard, retraité de la SNCF, avec son épouse Monique.

Les deux couples ne sont pas amis, mais ils se rendent des services depuis longtemps. Gérard arrose les tomates de Thierry en août, Thierry récupère les colis de Gérard quand celui-ci part voir ses petits-enfants à Lyon. On se croise près des poubelles, on parle de la météo et du prix du gasoil. Personne ne s'est jamais disputé, pas même pour une branche qui dépasse.

La maison de Thierry a pourtant un défaut que tout le monde connaît dans le quartier. Elle est chauffée au fioul par une vieille chaudière qui tousse chaque hiver un peu plus. La facture a dépassé deux mille euros l'an dernier, et la citerne commence à rouiller au fond du garage. Nadine en parle depuis trois ans. Cette fois, au printemps, ils ont décidé de changer.

Le choix raisonnable d'une pompe à chaleur posée côté jardin

Le couple a fait venir trois artisans, comparé les devis, posé des questions sur les aides. Ils ont choisi une pompe à chaleur air-eau, un modèle courant, installée par une petite entreprise de Romans recommandée par un collègue de Thierry. Le prix restait élevé, mais les économies annoncées les ont convaincus. Nadine a fait les calculs sur un coin de nappe, un dimanche soir.

Restait la question de l'emplacement. L'installateur a proposé le mur nord, à l'abri du soleil, à quelques mètres seulement de la chaufferie, ce qui limitait la longueur des tuyaux. C'était logique, rapide et moins cher. Personne n'a fait remarquer que ce mur nord donnait directement sur la haie, et que derrière la haie se trouvait la chambre de Gérard et Monique.

Soyons honnêtes, Thierry n'y a pas pensé une seconde. Il avait l'image d'un appareil discret, presque silencieux, comme sur les photos des brochures. Le groupe extérieur a été posé en septembre sur deux supports métalliques fixés au mur. Il fonctionnait à peine pendant les belles journées d'automne. Thierry a même dit à Nadine qu'on ne l'entendait pas plus qu'un frigo.

« Je pensais vraiment qu'on ne l'entendrait pas plus qu'un frigo, c'est ce qu'on voit sur les brochures. »

Un ronronnement grave que personne ne remarque dans la maison

Les premières nuits froides sont arrivées fin octobre, avec un vent du nord qui descendait la vallée du Rhône. La pompe s'est mise à tourner plus longtemps, surtout tôt le matin et tard le soir. Dans le salon, double vitrage oblige, Thierry n'entendait presque rien. Il se félicitait de voir la maison chaude sans l'odeur du fioul dans le couloir.

Un samedi, Gérard a glissé une remarque en passant devant le portail. Il a dit que la machine faisait un drôle de bourdonnement, la nuit, qui revenait par vagues. Thierry a souri et répondu que c'était normal, que l'appareil était neuf et sous garantie. Gérard n'a pas insisté. Il a juste haussé les épaules en remontant le col de sa veste.

Ce que Thierry ignorait, c'est que le bruit ne se propageait pas vers sa maison mais vers celle d'en face. Le mur nord renvoyait le son comme une caisse de résonance, et la haie de lauriers ne l'arrêtait pas. Monique dormait mal depuis une dizaine de jours. Elle mettait des bouchons d'oreilles, puis les retirait parce qu'ils la gênaient.

Le soir où le voisin sonne avec son téléphone allumé

C'est donc ce mardi de novembre que Gérard a fini par sonner. Il ne criait pas, il avait plutôt l'air fatigué et un peu gêné. Il a montré son application de sonomètre, téléchargée la veille sur les conseils de son fils. Devant la haie, à minuit la veille, elle affichait quarante et un décibels. Il a dit qu'il ne voulait pas d'histoire, mais qu'il ne dormait plus.

Thierry a d'abord pensé que quarante et un décibels, ce n'était rien. Il avait lu quelque part qu'une conversation tourne autour de soixante. Il l'a dit à Gérard, un peu sèchement, et il l'a regretté aussitôt. Ça fait le bruit d'une bibliothèque, ton machin, a-t-il lâché. Gérard a répondu que dans sa chambre, la nuit, la bibliothèque n'avait jamais ronflé.

Le lendemain, Thierry a appelé l'installateur, qui lui a assuré que l'appareil respectait la puissance acoustique indiquée par le fabricant. Il a appelé la mairie, qui l'a renvoyé vers le service d'hygiène. Nadine a cherché sur internet et trouvé des forums pleins de voisins fâchés. Le couple a commencé à craindre une plainte, un conciliateur, peut-être pire. Les bonjours au-dessus de la haie sont devenus plus brefs.

« Je ne veux pas d'histoire, Thierry, mais ça fait dix nuits que Monique ne ferme pas l'œil. »

Ce qui comptait vraiment, ce n'était pas le chiffre affiché

C'est un agent du service communal d'hygiène qui a tout éclairé, au téléphone, avec beaucoup de patience. Il a expliqué que le bruit de voisinage ne se juge pas avec un chiffre absolu. On mesure ce qu'on appelle l'émergence, c'est-à-dire la différence entre le bruit ambiant avec l'appareil en marche et le bruit de fond sans lui. Tout se joue dans cet écart.

La règle, a-t-il précisé, tolère une émergence de cinq décibels le jour et de trois décibels la nuit, entre vingt-deux heures et sept heures. Dans un lotissement calme, où le bruit de fond nocturne tourne autour de trente décibels, quarante et un devient un vrai problème. En pleine ville, près d'une avenue, le même appareil serait peut-être passé inaperçu. Thierry a compris que le calme du quartier jouait contre lui.

Il a aussi appris que la puissance annoncée par le fabricant ne disait rien de la situation réelle. Un mur qui réfléchit le son, un angle entre deux façades, des supports qui transmettent les vibrations, tout cela pouvait ajouter plusieurs décibels. On connaît tous ça, le bruit du lave-linge qui double quand il est collé contre une cloison. Le problème n'était ni la marque ni la puissance. C'était l'endroit.

Deux mètres plus loin, un capot, et la haie redevient silencieuse

Thierry est allé voir Gérard avec deux cafés et un plan dessiné à la main. Il a proposé de déplacer le groupe extérieur sur le mur ouest, face à son propre garage, loin de la chambre des voisins. L'installateur a accepté de revenir, moyennant six cents euros pour les tuyaux supplémentaires. Thierry a ajouté un capot antibruit et des plots antivibratiles, pour environ quatre cents euros de plus.

Les travaux ont duré une matinée de décembre. Le soir même, Gérard a refait une mesure devant la haie, puis une autre, l'appareil coupé, pour comparer. L'écart ne dépassait plus deux décibels. Il a frappé chez Thierry, cette fois sans téléphone à la main. J'ai dormi d'une traite, a-t-il dit, et Monique aussi, pour la première fois depuis un mois.

Aujourd'hui, Thierry conseille à ses collègues de regarder où donnent les fenêtres des voisins avant de signer un devis. Il dit que mille euros de rattrapage, c'est le prix de son oubli, et qu'une plainte lui aurait coûté bien plus en tracas. Gérard a repris l'arrosage des tomates l'été suivant. La haie de lauriers, elle, n'a jamais été aussi silencieuse.

« Le monsieur de la mairie m'a dit que le chiffre seul ne voulait rien dire, que c'était l'écart qui comptait. »

  • Repérer les chambres et fenêtres des voisins avant de choisir l'emplacement du groupe extérieur.
  • Retenir la règle de l'émergence : 5 dB maximum le jour, 3 dB la nuit entre 22 h et 7 h.
  • Éviter les angles de murs et les façades qui réfléchissent le son vers la propriété voisine.
  • Prévoir des plots antivibratiles et, si besoin, un capot ou un écran antibruit adapté.
  • Mesurer le bruit appareil en marche puis à l'arrêt pour comparer l'écart réel.
  • En cas de conflit, contacter le service d'hygiène de la mairie ou un conciliateur avant toute procédure.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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