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Il était sept heures, un mardi de janvier, et la maison sentait le café et le pain grillé. À l'étage, Gérard poussa l'armoire de la chambre bleue pour récupérer une valise. Le meuble racla le parquet avec un grincement sourd. Derrière, sur le papier peint crème, une large auréole noire s'étalait comme une ombre restée collée au mur.
Une grande maison messine, trop grande depuis le départ des enfants
Gérard a cinquante-huit ans et travaille comme technicien à la régie des eaux de Metz depuis presque trente ans. Avec Nadine, sa femme, il habite une maison en pierre de Jaumont dans le quartier de Queuleu. Ils l'ont achetée en 1998, quand les deux garçons étaient encore petits et que chaque pièce résonnait de cris. Aujourd'hui, Thomas vit à Lyon et Julien à Strasbourg, et l'étage est devenu silencieux la plupart de l'année.
Les deux anciennes chambres des garçons sont devenues des chambres d'amis, avec des lits faits et des armoires remplies de couvertures. On y dort à Noël, parfois à Pâques, rarement plus. Le reste du temps, les portes restent entrouvertes et les volets à moitié fermés. Nadine y range ses tissus de couture, Gérard ses dossiers de la maison, ses factures classées par année dans des boîtes cartonnées.
La maison est chauffée au gaz, avec une chaudière changée il y a huit ans et des radiateurs en fonte dans chaque pièce. Gérard connaît son installation par cœur, il purge les radiateurs chaque automne avec une petite clé qu'il garde dans sa poche. Il a toujours eu confiance dans cette maison épaisse, aux murs de cinquante centimètres. Pour lui, la pierre de Jaumont avait traversé un siècle sans broncher, et elle ne bougerait pas maintenant.
La facture de gaz arrive et le calcul paraît simple
En septembre, la régularisation annuelle du fournisseur est tombée dans la boîte aux lettres, avec un montant qui a fait grimacer Nadine. Le couple a payé près de deux mille trois cents euros de gaz sur l'année précédente. Gérard a sorti sa calculatrice, posé les chiffres sur un coin de nappe, et cherché ce qu'il pouvait raisonnablement retirer sans trop souffrir.
Les deux chambres d'amis lui sont apparues comme une évidence. Personne n'y dort, personne n'y vit, alors pourquoi chauffer du vide pendant cinq mois. Un samedi d'octobre, il a tourné les robinets thermostatiques sur la position zéro, celle du flocon. Puis il a fermé les portes, satisfait, en se disant qu'il venait de faire un geste à la fois économique et écologique.
Ce raisonnement, soyons honnêtes, beaucoup de propriétaires le tiennent chaque hiver, et il a toutes les apparences du bon sens. Nadine a simplement demandé si les amis de Noël n'allaient pas avoir froid. Gérard a répondu qu'il remettrait les radiateurs deux jours avant leur arrivée, et que ça suffirait largement. Le soir même, il a noté dans un carnet la date et l'index du compteur, curieux de mesurer l'économie réalisée.
« J'ai coupé les radiateurs en me disant que je faisais un geste pour la planète et pour le portefeuille. »
Une odeur de cave dans la chambre bleue, d'abord ignorée
Mi-novembre, en allant chercher un drap, Nadine a remarqué une odeur bizarre dans la chambre bleue. Ça sentait un peu la cave, le linge resté trop longtemps dans le tambour de la machine. Elle a ouvert la fenêtre dix minutes, puis elle a oublié, prise par les courses et les préparatifs de fin d'année. L'odeur, pensait-elle, venait sûrement des vieux cartons stockés sous le lit.
Début décembre, Gérard a vu de la buée sur l'intérieur des vitres de la chambre verte, le matin. De petites gouttes coulaient jusqu'au rebord en bois, qui gardait une ligne sombre. Il a essuyé avec un torchon, haussé les épaules, et mis ça sur le compte du brouillard lorrain. À Metz, en décembre, il faut bien l'avouer, la grisaille s'invite partout.
Quand les enfants sont venus pour Noël, les radiateurs ont été rallumés deux jours avant, comme prévu. Julien a trouvé que sa chambre mettait du temps à se réchauffer, et que les draps semblaient légèrement moites. Ça sent l'humide ici, papa, tu as eu une fuite, a-t-il lancé en posant son sac. Gérard a ri, assuré que non, et le sujet est retombé entre la dinde et les cadeaux.
Les taches noires, la peur de la fuite et les appels inutiles
Puis il y a eu ce mardi de janvier et l'armoire déplacée. Derrière le meuble, la tache couvrait presque un mètre carré, avec un liseré verdâtre sur les bords. En vérifiant l'autre chambre, Gérard a trouvé la même chose derrière la commode, dans l'angle donnant sur le jardin. Le dos des meubles en contreplaqué était lui aussi piqué de points noirs, comme de la poussière collée.
Sa première idée a été la toiture. Il est monté dans les combles avec une lampe frontale, a inspecté les chevrons, les tuiles, la laine de verre. Tout était sec. Il a ensuite appelé un plombier du quartier, persuadé qu'une canalisation fuyait dans le mur. L'artisan est venu avec un détecteur d'humidité, a sondé les cloisons, et n'a trouvé aucune conduite à cet endroit.
Nadine, de son côté, a appelé l'assurance habitation, qui a demandé l'origine du sinistre avant d'ouvrir un dossier. Sans fuite identifiée, personne ne pouvait rien promettre. J'ai vraiment cru que la maison pourrissait de l'intérieur et qu'on allait devoir tout casser, raconte-t-elle. Pendant une semaine, le couple a dormi mal, imaginant des travaux de façade, des murs à ouvrir et des milliers d'euros envolés.
« Quand j'ai poussé l'armoire, j'ai cru que le mur entier était pourri, j'en ai eu les jambes coupées. »
Ce n'était pas une fuite, c'était la maison qui respirait
C'est un conseiller du service public de la rénovation énergétique, joint par téléphone, qui a mis des mots sur la situation. Il a demandé à Gérard si les pièces touchées étaient chauffées. Silence au bout du fil. Puis le conseiller a expliqué, calmement, que le problème venait justement des radiateurs coupés depuis octobre, et pas d'un défaut caché dans les murs.
Dans une maison, chaque occupant produit de la vapeur d'eau en respirant, en cuisinant, en se douchant, en faisant sécher son linge. Cette humidité circule dans l'air, passe sous les portes, monte l'escalier. Lorsqu'elle atteint une pièce froide, elle rencontre des murs glacés et se transforme en eau, exactement comme la buée sur une bouteille sortie du frigo. Derrière les armoires, l'air ne bougeait pas, et les moisissures ont trouvé un terrain idéal.
Autrement dit, les deux chambres étaient devenues la paroi froide de toute la maison, l'endroit où l'humidité venait se déposer. On croyait faire des économies, et en fait on avait installé une éponge au premier étage, résume Gérard. Les murs épais en pierre, dont il était si fier, gardaient le froid longtemps, ce qui aggravait encore la condensation dans les angles extérieurs.
Seize degrés, portes fermées, et une facture presque identique
Sur les conseils reçus, Gérard a remis les robinets thermostatiques sur la position deux, ce qui correspond à peu près à seize degrés chez lui. Les portes restent fermées, pour que la chaleur ne file pas et que l'humidité de la cuisine n'y monte pas. Il aère cinq minutes chaque matin, fenêtres grandes ouvertes, puis referme. Les meubles ont été décollés de quelques centimètres des murs extérieurs.
Le nettoyage a pris un week-end entier, avec des gants, un masque et un produit adapté acheté en magasin de bricolage. Le papier peint de la chambre bleue a dû être arraché sur deux mètres, et le dos de l'armoire changé. Le couple estime ses frais à environ trois cents euros. En comparant l'index du compteur, Gérard a découvert que l'économie réalisée depuis octobre ne dépassait pas quelques dizaines d'euros.
Je pensais gagner gros en coupant tout, et j'ai surtout gagné du travail, dit-il en riant à moitié. Aujourd'hui, il a posé un petit hygromètre dans chaque chambre d'amis, qu'il consulte en passant. Quand le taux dépasse soixante pour cent, il ouvre la fenêtre un peu plus longtemps. Et il raconte son histoire aux voisins de Queuleu, qui sont nombreux, eux aussi, à avoir fermé une pièce cet hiver.
« Le plombier a tout sondé, il n'y avait pas une goutte dans les tuyaux, c'était l'air de la maison. »
- Laisser les pièces inoccupées autour de 16 °C plutôt que de couper totalement le chauffage.
- Garder leurs portes fermées pour éviter que l'humidité des pièces de vie n'y migre.
- Aérer cinq à dix minutes par jour, fenêtres grandes ouvertes, même en hiver.
- Décoller les armoires et commodes de quelques centimètres des murs donnant sur l'extérieur.
- Surveiller buée sur les vitres et odeur de renfermé, premiers signes de condensation.
- Installer un hygromètre et viser un taux d'humidité entre 40 et 60 %.
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