Elle branche un kit solaire sur la prise de son balcon lyonnais : son voisin électricien lui pose une question sur Enedis

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Samedi, dix heures, sur un balcon du septième arrondissement de Lyon. Claire, 41 ans, serre la dernière vis d'un panneau noir contre la rambarde, le soleil déjà tiède sur ses avant-bras. Un petit déclic, la prise extérieure accepte le câble. Sur l'écran de son téléphone, l'application affiche ses premiers watts. De l'autre côté de la cloison, une fenêtre s'ouvre en grinçant.

Un balcon plein sud et un appartement qu'elle connaît par cœur

Claire vit depuis neuf ans dans ce trois-pièces de la rue de Marseille, au quatrième étage sans ascenseur. Elle est comptable dans une mutuelle, elle prend le tramway, et elle surveille ses factures comme elle surveille les comptes des autres. Son balcon donne plein sud, au-dessus d'une cour où sèchent les draps des voisins. Chaque été, elle y fait pousser des tomates cerises qui grillent avant d'avoir rougi. Elle s'est souvent dit que tout ce soleil perdu méritait mieux qu'un bac de terreau et deux pieds de basilic fatigués.

Sa fille Inès, quatorze ans, passe une semaine sur deux chez elle et laisse tourner la box, la console et le chargeur. Le réfrigérateur ronronne jour et nuit, le congélateur aussi, sans parler du ballon d'eau chaude. Claire a fait le calcul un soir d'hiver, le relevé posé sur la table de la cuisine. Sa consommation de fond, celle qui ne s'arrête jamais, pèse plusieurs centaines de kilowattheures par an. Elle s'est dit qu'il y avait là quelque chose à grignoter, sans travaux, sans prêt et sans demander la permission à personne.

Dans l'immeuble, tout le monde se connaît un peu, au moins de vue. Il y a la gardienne qui sort les poubelles le mardi, le couple de retraités du premier qui arrose ses géraniums. Et il y a Karim, le voisin de palier, électricien depuis vingt ans dans une entreprise de Vénissieux. C'est lui qui avait changé l'interrupteur de l'entrée quand il avait grillé, un dimanche soir. Claire l'aime bien, même s'il a une manière de poser des questions qui donne l'impression de passer un examen.

Un colis de vingt kilos et une promesse simple écrite sur la boîte

Le kit est arrivé un jeudi, dans un carton large comme une porte. Un panneau de quatre cents watts, un micro-onduleur, un câble terminé par une prise ordinaire et des fixations pour rambarde. Claire l'avait repéré au printemps, après avoir lu des avis enthousiastes sur un forum. Sur la boîte, une phrase en gros caractères promettait une installation en quinze minutes, sans électricien. Elle avait payé un peu plus de cinq cents euros, en se disant qu'elle les récupérerait sur quelques années de factures plus légères.

Elle avait pesé le pour et le contre avec sérieux, à sa façon de comptable. Elle ne voulait rien revendre, seulement consommer elle-même ce que le panneau produirait dans la journée. Pas de contrat d'achat, pas de compteur supplémentaire, pas de dossier à monter, croyait-elle. Dans sa tête, la logique était limpide : si aucun kilowattheure ne sort de chez elle pour être vendu, personne n'a à s'en mêler. Elle avait même vérifié auprès du syndic que les fixations sur la rambarde ne posaient pas de problème au règlement de copropriété.

Ce samedi matin, elle a donc tout monté seule, avec une clé Allen et beaucoup de patience. Le panneau tient bien, incliné juste comme il faut, et le câble rejoint la prise extérieure installée par l'ancien locataire. Elle branche, attend, et voit le compteur de l'application grimper doucement vers cent, puis deux cents watts. Elle se sent un peu fière, soyons honnêtes, de faire tourner son frigo avec le soleil de la cour. Elle prend une photo pour Inès et s'apprête à l'envoyer quand la fenêtre voisine s'ouvre.

« Je ne revends rien, tout part dans mon frigo, alors franchement, je ne vois pas pourquoi Enedis aurait son mot à dire. »

Une question posée par-dessus la cloison, presque en passant

Karim se penche, une tasse de café à la main, et regarde le panneau avec un intérêt professionnel. Il siffle doucement, demande la puissance, la marque de l'onduleur, la section du câble. Claire répond en souriant, contente qu'il s'y intéresse. Puis il pose la question qui reste dans l'air comme une odeur de brûlé. Et Enedis, ils sont au courant, ou pas encore ? Il ne dit pas ça sur un ton de reproche, plutôt comme on demande si quelqu'un a bien fermé le gaz.

Claire hausse les épaules et explique qu'elle ne revend rien, que tout est consommé chez elle. Karim hoche la tête sans vraiment acquiescer. Il dit qu'au boulot, il voit passer des clients qui pensent la même chose, et que ce n'est pas si simple. Puis son téléphone sonne, il rentre, et la conversation s'arrête là. Claire reste sur son balcon avec son application qui affiche fièrement deux cent dix watts. Elle se dit qu'il exagère, qu'il voit des normes partout, comme tous les gens de métier.

Le reste du week-end passe sans incident, et le panneau produit sagement chaque jour. Le dimanche, elle regarde à peine l'écran, persuadée que l'affaire est réglée. Pourtant, la phrase de Karim revient par moments, au moment de se brosser les dents ou de lancer une machine. Elle remarque aussi un détail qui ne colle pas avec ce qu'elle croyait. À midi, quand personne n'est là, le panneau produit plus que l'appartement ne consomme. Elle se demande, pour la première fois, où part ce surplus d'électricité.

Des forums contradictoires et un service client qui botte en touche

Le lundi soir, Inès couchée, Claire ouvre son ordinateur sur la table de la cuisine. Elle tape les mots kit solaire, prise, Enedis, et tombe sur un mur d'avis contradictoires. Certains jurent qu'il n'y a rien à faire sous une certaine puissance. D'autres parlent d'obligation, de sécurité, de risques pour les techniciens qui interviennent sur le réseau. Un internaute affirme qu'on ne peut rien lui reprocher puisque son compteur ne tourne pas à l'envers. Plus elle lit, moins elle comprend, et plus elle se sent bête d'avoir acheté avant de chercher.

Elle appelle le vendeur du kit le lendemain, pendant sa pause déjeuner. Une conseillère aimable lui répète que le produit est conforme et prêt à brancher, puis ajoute que les démarches administratives dépendent du client. Claire raccroche avec l'impression d'avoir parlé à un mur poli. Elle essaie ensuite son fournisseur d'électricité, qui l'oriente vers le gestionnaire du réseau, sans plus de détails. On connaît tous ça, ce moment où chacun renvoie la balle et où l'on finit par tenir le téléphone en soupirant.

Le soir, elle frappe chez Karim, un peu gênée, avec un paquet de biscuits en guise d'excuse. Il l'invite à s'asseoir dans sa cuisine encombrée de bobines de fil et de boîtes de dominos électriques. Elle lui raconte ses recherches, le vendeur, le fournisseur, les forums. Karim l'écoute sans l'interrompre, puis sort son téléphone. Il dit qu'il va lui montrer ce qu'il fait faire à ses propres clients, parce que ça prend dix minutes. Claire comprend qu'il savait depuis le début, mais qu'il attendait qu'elle pose la question.

« Le vendeur m'a juste dit que c'était prêt à brancher, il n'a jamais parlé d'une convention à signer. »

Ce que le surplus du midi raconte vraiment sur son installation

Karim commence par le détail qui la tracassait, le surplus du midi. Quand le panneau produit plus que l'appartement ne consomme, explique-t-il, l'électricité ne disparaît pas. Elle repart sur le réseau public, celui de tout l'immeuble et de tout le quartier. Même sans contrat de vente, son balcon est donc relié à ce réseau et peut y injecter un peu de courant. C'est pour cela, dit-il, que le gestionnaire doit savoir qu'une installation de production existe à cet endroit, quelle que soit sa taille.

Il ouvre alors le site d'Enedis et lui montre la démarche prévue pour l'autoconsommation sans vente. Il s'agit d'une convention, appelée convention d'autoconsommation sans injection ou avec injection non rémunérée selon les cas. Elle se remplit en ligne, avec quelques informations sur le compteur, le matériel et sa puissance. Et surtout, elle est gratuite. Claire s'attendait à une taxe, à un raccordement payant, à un rendez-vous avec un technicien. Elle découvre un simple formulaire, que personne ne lui avait jamais mentionné, pas même le carton.

Karim précise ce qu'il fait chez ses clients, sans en faire une règle universelle. Dans sa pratique, il conseille toujours de déclarer avant de brancher, et de garder une copie de la convention avec la facture du kit. Il ajoute qu'il vérifie aussi la prise et le circuit, parce qu'une vieille installation ne supporte pas toujours bien ce genre d'ajout. Claire note tout sur un coin de papier. Elle réalise que ce n'était ni une interdiction ni une dépense cachée, seulement une étape oubliée par tout le monde.

Dix minutes de formulaire et un balcon enfin en règle

Le soir même, Claire remplit la demande sur son ordinateur, la facture du kit ouverte à côté. Elle cherche son numéro de point de livraison sur sa facture d'électricité, indique la puissance du panneau et le modèle de l'onduleur. Le tout lui prend moins d'un quart d'heure, café compris. Quelques jours plus tard, elle reçoit la convention à accepter, puis la confirmation. Rien n'a changé sur son balcon, le panneau produit toujours autant. Mais elle dort mieux, et elle regarde son application sans cette petite gêne.

Côté économies, elle reste prudente et parle de sa situation à elle. Elle estime que son panneau couvrira une partie de la consommation de fond, le frigo, la box, le congélateur. Elle compte récupérer son investissement en plusieurs années, à condition de bien répartir les machines en journée. Elle lance désormais le lave-linge à midi, le week-end, quand le soleil tape sur la cour. Inès s'en moque gentiment, mais a pris l'habitude de recharger sa console l'après-midi plutôt que le soir.

Depuis, deux voisins de l'immeuble sont venus voir le panneau, intrigués. Claire leur montre l'application, puis leur parle aussitôt du formulaire, avant même le prix. Le couple du premier envisage d'en installer un sur sa terrasse. Karim, lui, s'amuse de la voir jouer les conseillères dans la cage d'escalier. Elle répond qu'elle a appris à ses dépens que le plus simple n'est pas forcément le plus complet. Voici les points qu'elle conseille désormais de vérifier avant de brancher quoi que ce soit.

« Chez mes clients, je fais toujours déclarer avant de brancher, ça prend dix minutes et après on est tranquille. »

  • Déclarer l'installation à Enedis en ligne avant de la brancher, même sans aucune revente.
  • Signer la convention d'autoconsommation, gratuite, et en garder une copie avec la facture du kit.
  • Avoir sous la main son numéro de point de livraison, la puissance du panneau et le modèle d'onduleur.
  • Faire vérifier la prise et le circuit par un professionnel si l'installation électrique est ancienne.
  • Prévenir le syndic ou le propriétaire avant de fixer un panneau sur une rambarde.
  • Faire tourner les appareils en journée pour consommer soi-même un maximum de production.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 88