Il raccorde sa cuve d’eau de pluie aux toilettes près de Poitiers : un an plus tard, sa facture d’assainissement n’a pas bougé d’un centime

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Il était un peu plus de sept heures, et la pluie tambourinait sur le toit de tôle de l'abri de jardin. Thierry, une tasse de café à la main, écoutait la gouttière déborder dans la cuve enterrée. Sous ses pieds, cinq mille litres se remplissaient sans bruit. Dans la maison, la chasse d'eau venait de tirer, alimentée par cette eau-là, et il souriait.

Une maison près de Poitiers et une gouttière qui déborde

Thierry a cinquante-huit ans et il est technicien de maintenance dans une usine de la Vienne. Avec Sylvie, sa femme, il habite depuis vingt ans une longère retapée à la sortie d'un village, à quinze minutes de Poitiers. Le terrain est grand, le toit aussi, et chaque automne la gouttière déborde dans un vieux bidon bleu. Pendant des années, cette eau a servi aux tomates, aux hortensias et au lavage de la voiture le dimanche.

Leurs deux enfants sont partis, mais la maison reste animée. Le fils revient le week-end avec sa compagne, la fille passe une semaine l'été avec les petits. Les factures d'eau, Thierry les connaît par cœur, il les range dans un classeur vert au-dessus du congélateur. Il compare chaque année les mètres cubes, ligne par ligne, et il note les écarts au crayon dans la marge, comme on surveille la tension d'un vieux moteur.

Sylvie le taquine souvent sur cette manie. Elle dit qu'il compte les gouttes comme d'autres comptent les calories. Lui répond que l'eau va coûter de plus en plus cher, et que les étés secs de ces dernières années lui ont donné raison. En 2022, les arrêtés sécheresse avaient interdit d'arroser le potager. Il avait regardé ses salades griller derrière la grille, impuissant, et il s'était promis de ne plus dépendre entièrement du robinet.

Le projet d'enterrer une cuve et de brancher les toilettes

L'idée a germé pendant l'hiver suivant, en feuilletant un catalogue de jardinerie. Une cuve de cinq mille litres, enterrée près du pignon, reliée aux gouttières, avec une petite pompe et un circuit séparé vers les toilettes. Thierry a fait ses calculs sur un coin de nappe. Selon lui, les chasses d'eau représentaient une bonne part de la consommation du foyer. Remplacer cette eau potable par de l'eau de pluie, c'était presque un tiers de facture en moins, pensait-il.

Il a tout fait lui-même, ou presque. Un voisin terrassier a creusé le trou un samedi matin avec sa mini-pelle, en échange d'un repas et de deux bouteilles de vin. Thierry a posé la cuve, installé un filtre, tiré les tuyaux sous le plancher jusqu'aux deux toilettes de la maison. Il a même peint les canalisations d'une couleur différente et collé des étiquettes, eau non potable, pour que personne ne se trompe un jour.

L'ensemble lui a coûté un peu plus de deux mille euros, matériel et pompe compris. Pour lui, c'était un investissement raisonnable, rentabilisé en quelques années, et surtout un geste qui avait du sens. Ce n'est pas que pour l'argent, disait-il au repas de famille. C'est idiot de tirer la chasse avec de l'eau qu'on pourrait boire. Sylvie, d'abord sceptique, avait fini par admettre que l'idée tenait debout, et que le jardin en profiterait aussi.

« Je croyais économiser sur toute la facture, alors que je n'économisais que sur l'eau potable. »

Une ligne de facture qui refuse obstinément de descendre

Les premiers mois ont confirmé ses espoirs. Le compteur d'eau potable, dans son regard au bord de la route, tournait nettement moins vite qu'avant. Thierry descendait le vérifier régulièrement, lampe frontale sur le crâne, et notait les chiffres dans son carnet. Les relevés montraient une baisse franche. Il en parlait à la machine à café de l'usine, aux collègues qui hésitaient à se lancer. Certains lui demandaient déjà l'adresse du fournisseur de la cuve.

Puis la facture annuelle est arrivée, au printemps. Il l'a ouverte sur la table de la cuisine, à côté du classeur vert, persuadé d'y lire sa victoire. La partie eau potable avait bien baissé, aucun doute là-dessus. Mais en bas, la ligne assainissement, celle qui paie la collecte et le traitement des eaux usées, affichait un montant presque identique à celui de l'année précédente. Il a relu trois fois, puis il a ressorti l'ancienne facture pour comparer.

Soyons honnêtes, sur le moment, il n'y a pas trop prêté attention. Il a mis l'écart sur le compte d'une hausse de tarif, comme il en arrive souvent. Sylvie avait remarqué une mention inhabituelle, un volume ajouté avec un intitulé qu'aucun des deux ne comprenait vraiment. Ils ont rangé la facture et sont passés à autre chose. Il faisait beau, le potager réclamait du temps, et la cuve débordait encore de l'hiver pluvieux.

Des appels, une plateforme téléphonique et une mairie embarrassée

C'est la deuxième facture, l'année suivante, qui a tout relancé. Même schéma, même ligne obstinée, et cette fois la différence ne pouvait plus s'expliquer par une simple hausse. Thierry a refait ses calculs sur la nappe, puis sur un tableur. L'eau potable consommée avait fondu, mais l'assainissement facturé, lui, correspondait à peu près à l'ancienne consommation totale du foyer. Comme si la cuve n'existait pas. Il ne dormait plus très bien, il ruminait ce chiffre.

Il a d'abord appelé le service des eaux, un numéro surtaxé et une musique d'attente interminable. La conseillère, polie mais pressée, lui a parlé d'un volume complémentaire déclaré, sans en dire plus, et lui a conseillé d'écrire. Il a écrit. Il a reçu un accusé de réception automatique. Je voulais juste qu'on m'explique ce que je payais, a-t-il raconté plus tard, et personne n'avait l'air de savoir qui devait me répondre.

Alors il est allé à la mairie, un mardi matin, sa pochette sous le bras. La secrétaire l'a reçu dans le petit bureau derrière l'accueil. Elle a retrouvé son dossier en quelques minutes. Thierry avait oublié un détail : l'an passé, sur les conseils du voisin terrassier, il avait rempli un formulaire de déclaration pour sa cuve. Il l'avait fait par prudence, sans vraiment lire, pensant à une simple formalité sans conséquence.

« C'est idiot de tirer la chasse avec de l'eau qu'on pourrait boire, voilà ce que je me disais. »

Ce que la déclaration en mairie avait vraiment enclenché

La secrétaire lui a expliqué calmement ce qu'il n'avait pas compris. Quand on utilise l'eau de pluie à l'intérieur de la maison, pour les toilettes par exemple, il faut le déclarer en mairie. Cette déclaration, il l'avait faite, et elle était transmise au service d'assainissement. Car l'eau de la chasse ne disparaît pas dans la nature : elle part dans le réseau d'égout, exactement comme l'eau du robinet, et elle doit être traitée à la station d'épuration.

Autrement dit, ces mètres cubes de pluie qui passaient par ses toilettes restaient soumis à la redevance d'assainissement. En l'absence de compteur sur son circuit de pluie, le service avait appliqué une estimation forfaitaire, calculée sur la taille du foyer. Ce forfait, plutôt généreux, expliquait la fameuse ligne inhabituelle. Je croyais économiser sur toute la facture, a soufflé Thierry, alors que je n'économisais que sur l'eau potable. La secrétaire a hoché la tête, elle avait déjà entendu cette phrase.

Le plus déroutant, pour lui, c'est que la règle était parfaitement logique une fois énoncée. Le traitement des eaux usées a un coût, et peu importe d'où vient l'eau qui les compose. Ce n'était ni une erreur de relevé, ni une arnaque du service des eaux, ni une hausse cachée. C'était simplement le fonctionnement normal du système. On connaît tous ça, ces règles qu'on découvre seulement le jour où elles nous concernent, et qu'on aurait trouvées évidentes avec un peu d'avance.

Un compteur de plus et des comptes enfin justes

Thierry a fini par poser un compteur dédié sur la sortie de sa pompe, comme le lui avait suggéré la mairie. Quelques dizaines d'euros de matériel et un après-midi de plomberie. Désormais, le service facture l'assainissement sur le volume réellement mesuré, et non plus sur un forfait estimé. La différence n'est pas spectaculaire, mais elle est juste. Sa facture a baissé d'environ soixante euros par rapport au forfait, selon ses propres relevés, ce qui lui semble enfin cohérent.

Avec le recul, il refait ses comptes sans illusion. La cuve lui fait économiser l'eau potable des chasses, une part réelle mais plus modeste que ce qu'il avait griffonné sur la nappe. Le retour sur investissement s'étirera sur bien plus d'années qu'il ne l'espérait. Je ne regrette pas, dit-il pourtant, le jardin n'a plus jamais eu soif, et l'eau du réseau sert à ce qui compte. Sylvie, elle, rappelle qu'elle l'avait prévenu de lire les papiers.

Aujourd'hui, quand un collègue lui demande l'adresse du fournisseur, Thierry commence par autre chose. Il parle de la déclaration, du compteur, de la différence entre la part eau potable et la part assainissement. Il conseille de téléphoner à son service des eaux avant de creuser, pour connaître la méthode de calcul appliquée localement. La cuve reste une bonne idée, insiste-t-il, à condition de savoir exactement ce qu'elle fait économiser, et ce qu'elle ne change pas du tout.

« Je voulais juste qu'on m'explique ce que je payais, et personne ne savait qui devait me répondre. »

  • Déclarer en mairie tout usage intérieur de l'eau de pluie, toilettes comprises.
  • Savoir que l'eau de pluie rejetée à l'égout reste soumise à la redevance d'assainissement.
  • Installer un compteur dédié sur le circuit de pluie pour éviter une facturation au forfait.
  • Calculer l'économie uniquement sur la part eau potable de la facture.
  • Séparer clairement les réseaux et étiqueter les tuyaux d'eau non potable.
  • Appeler son service des eaux avant les travaux pour connaître la méthode de calcul locale.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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