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Le soleil tapait déjà sur la rambarde à huit heures, et la perceuse de Gilles résonnait dans toute la cour de la résidence. Accroupi sur son balcon d'Aubagne, une vis entre les lèvres, il fixait le cadre d'un panneau solaire acheté en ligne. À ses pieds, le carton éventré, la notice pliée en quatre, et un câble noir qui attendait sa prise.
Un samedi matin sur le balcon, avec une perceuse et du soleil
Gilles a cinquante-huit ans et il vit depuis vingt ans dans ce trois-pièces du troisième étage, orienté plein sud. Ancien conducteur de bus, il connaît chaque bruit de la résidence, le volet qui grince chez les Martinez, le scooter du jeune d'en face. Sa femme, Sylvie, travaille à la mairie et part tôt le matin. Le samedi, c'est lui qui bricole, avec la radio posée sur le rebord de la fenêtre et un café qui refroidit à côté.
Ce matin de mars, il installe ce qu'il appelle son petit projet écologique. Un panneau de quatre cents watts, un micro-onduleur déjà câblé, et une fiche électrique ordinaire au bout. Le vendeur promettait une installation en trente minutes, sans électricien, sans démarches compliquées. Gilles a mis une heure et demie, parce qu'il a voulu régler l'inclinaison au degré près. Quand tout est vissé, il recule jusqu'à la porte-fenêtre et regarde le panneau briller contre le ciel bleu.
À midi, il branche enfin la prise extérieure, celle qui servait autrefois à la guirlande de Noël. Sur l'application du téléphone, un petit chiffre apparaît et grimpe doucement : deux cent dix watts, puis deux cent quatre-vingts. Sylvie rentre pour déjeuner et il lui montre l'écran comme on montre une photo de vacances. Elle sourit, un peu sceptique, et demande combien ça va leur faire économiser. Il répond qu'il a fait les calculs, que le soleil de Provence ne ment jamais.
Des factures qui grimpaient et une promesse lue sur internet
L'idée lui était venue en décembre, devant une facture d'électricité qui avait encore augmenté. Le couple chauffe peu, mais le chauffe-eau, le congélateur et la box tournent jour et nuit. Gilles avait passé plusieurs soirées sur des forums, à lire des témoignages de gens qui produisaient leur propre courant sur un balcon. Tous disaient la même chose : on branche, on consomme ce qu'on produit, et le compteur tourne moins vite. Rien sur des papiers à remplir, ou alors noyé loin dans les commentaires.
Il avait comparé une dizaine de kits, entre quatre cents et huit cents euros. Celui qu'il a choisi coûtait cinq cent quarante euros, livraison comprise. Sur la fiche produit, une phrase l'avait rassuré : installation simple, prête à brancher, conforme aux normes. Pour lui, conforme voulait dire autorisé, point final. Il n'avait pas pensé à demander l'avis de la copropriété non plus, puisque le panneau restait à l'intérieur de la rambarde et ne dépassait pas. Soyons honnêtes, on fait tous un peu comme ça.
Ses raisons étaient bonnes, et il les a encore aujourd'hui. Produire une part de son électricité lui semblait un geste concret, plus utile que de trier ses yaourts. Il voulait aussi montrer à ses petits-enfants qu'on pouvait faire quelque chose à son échelle. Je me disais que c'était comme acheter un frigo plus économe, raconte-t-il. On le branche et on n'en parle plus. Pendant trois mois, le panneau a tourné sans bruit, et Gilles relevait chaque soir le total de la journée.
« Je me disais que c'était comme acheter un frigo plus économe, on le branche et on n'en parle plus. »
Le voisin électricien lève les yeux vers la rambarde
C'est un dimanche de juin que tout a changé, au pied de l'immeuble, près des boîtes aux lettres. Karim, le voisin du deuxième, rentrait d'un barbecue avec un sac de glaçons fondus. Il est électricien depuis quinze ans, installe des tableaux et des bornes de recharge dans toute la vallée de l'Huveaune. Il a levé la tête vers le balcon de Gilles, plissé les yeux, puis souri. Joli panneau, a-t-il dit, avant d'ajouter une question en passant, sur le ton de la conversation.
Tu as prévenu Enedis, au moins ? Gilles a ri, persuadé que c'était une blague de connaisseur. Prévenir Enedis pour un panneau sur une prise, ça lui paraissait aussi absurde que de déclarer une lampe de chevet. Karim n'a pas insisté ce jour-là, il avait les mains pleines et des enfants qui l'attendaient. Mais il a laissé tomber une phrase qui est restée dans la tête de Gilles toute la soirée : même petit, ça reste un producteur raccordé au réseau.
Le soir, Gilles a ressorti la notice du placard. Il l'a relue entièrement, cette fois, y compris les pages en petits caractères qu'il avait sautées en mars. Tout au fond, sous un paragraphe sur la garantie, une ligne mentionnait l'obligation de déclarer l'installation auprès du gestionnaire de réseau. Pas de détail, pas de lien expliqué, juste cette mention sèche. Il a refermé le livret, un peu agacé contre lui-même, et a regardé le panneau éteint dans la nuit tiède.
Des appels, des forums et une question qui revient sans cesse
Le lundi, Gilles a voulu en avoir le cœur net. Il a d'abord appelé le vendeur du kit, un site basé dans le Nord. Après vingt minutes d'attente, une conseillère lui a répondu que la déclaration était à la charge du client, comme indiqué dans la documentation. Elle ne savait pas dire précisément comment faire. Gilles a raccroché avec l'impression d'avoir acheté une voiture sans qu'on lui parle de la carte grise. Il a ensuite fouillé les forums, qui se contredisaient d'un message à l'autre.
Certains juraient qu'en dessous d'une certaine puissance, personne ne demandait rien. D'autres racontaient des histoires de compteurs qui tournaient à l'envers, ou de courriers reçus des mois après. Sylvie, elle, a posé la question qui fâche, un soir en débarrassant la table. Et si un jour ça prend feu, l'assurance, elle dit quoi ? Gilles n'avait pas de réponse. Il a appelé son assureur le lendemain, et la conseillère lui a demandé si l'installation avait été déclarée en bonne et due forme.
Ce mot, déclarée, revenait partout, comme un refrain. Gilles a fini par redescendre au deuxième, sonner chez Karim un soir de semaine. L'électricien l'a fait entrer dans sa cuisine, a sorti son téléphone et lui a montré quelques pages du site d'Enedis. Je ne voulais pas te faire peur, a-t-il dit, mais je vois trop de gens qui branchent et qui oublient. Ce n'est pas méchant, c'est juste que personne ne leur explique. Gilles s'est assis, un peu soulagé d'avoir enfin quelqu'un en face.
« Tu as prévenu Enedis, au moins ? Même petit, ça reste un producteur raccordé au réseau. »
Ce n'était ni une amende ni un raccordement, juste une convention
Ce que Karim lui a expliqué ce soir-là tenait en peu de mots. Même un panneau branché sur une simple prise injecte du courant dans l'installation de la maison, et donc potentiellement dans le réseau public. Enedis doit le savoir, pour la sécurité de ses techniciens qui interviennent sur les lignes. La démarche porte un nom un peu administratif : la convention d'autoconsommation sans injection. Elle concerne justement ceux qui consomment ce qu'ils produisent, sans revendre le surplus à qui que ce soit.
Gilles s'attendait à un dossier épais, à des frais, peut-être à une visite technique. Il n'y avait rien de tout ça. La convention est gratuite et se remplit en ligne, sur le site d'Enedis, en quelques étapes. Il faut le numéro du point de livraison, inscrit sur la facture, la puissance du panneau et les caractéristiques de l'onduleur. Karim lui a montré où trouver la référence du micro-onduleur, sur l'étiquette argentée collée au dos. En vingt minutes, autour de la table de la cuisine, le formulaire était rempli.
Le plus étrange, pour Gilles, c'est que le problème n'avait jamais été technique. Le panneau fonctionnait, la prise tenait, le compteur ne faisait rien de bizarre. Ce qui manquait, c'était un papier, une trace officielle que cette petite production existait. Moi, je croyais que le risque, c'était le court-circuit, dit-il en riant. En fait, le risque, c'était d'être hors des clous sans le savoir. Quelques jours plus tard, il a reçu un courriel de confirmation et l'a imprimé, pour le ranger avec la facture du kit.
Le papier rangé dans le classeur, à côté du contrat d'assurance
Aujourd'hui, le panneau de Gilles produit toujours, et il continue de relever ses chiffres le soir. Selon ses propres calculs, il économise une petite centaine d'euros par an, ce qui rembourse le kit en cinq ou six ans. Ce n'est pas une fortune, il le reconnaît volontiers. Mais il a surtout rappelé son assureur pour signaler l'installation, convention à l'appui. Dans son cas, la conseillère lui a dit que tout était désormais en ordre et qu'elle l'ajoutait à son dossier.
Sylvie, elle, dort mieux, et elle le dit sans détour. Ce qui l'inquiétait, ce n'était pas le panneau, c'était l'idée qu'en cas de pépin, on leur reproche de ne pas l'avoir déclaré. Gilles a aussi envoyé un message au conseil syndical de la copropriété, pour éviter les mauvaises surprises en assemblée générale. Personne n'a protesté. Deux voisins lui ont même demandé la référence du kit, et il leur a répondu en commençant par la convention, avant le prix.
Karim, lui, a pris l'habitude de poser sa question à tous ceux qui installent un panneau dans le quartier. Il le fait sans leçon, entre deux plaisanteries, comme ce dimanche de juin. Gilles est devenu une sorte de relais, celui qu'on vient voir avant d'acheter. Il garde dans un classeur bleu la notice, la facture, la confirmation d'Enedis et le courrier de l'assureur. On connaît tous ça, ces papiers qu'on range sans y penser. Celui-là, il sait exactement où il est.
« Et si un jour ça prend feu, l'assurance, elle dit quoi, tu y as pensé ? »
- Remplir la convention d'autoconsommation sans injection sur le site d'Enedis, gratuite et en ligne.
- Garder sous la main le numéro de point de livraison inscrit sur la facture d'électricité.
- Relever la puissance du panneau et la référence du micro-onduleur sur son étiquette.
- Prévenir son assureur habitation une fois la confirmation d'Enedis reçue.
- Informer le syndic ou le conseil syndical si l'on vit en copropriété.
- Lire la notice jusqu'au bout, y compris les mentions sur la déclaration.
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