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Il était sept heures moins le quart, et le givre dessinait des fougères sur la vitre de la cuisine. Thierry posa sa tasse sur le radiateur à inertie, comme chaque matin, pour sentir la chaleur monter dans la faïence. Dehors, à Saône, près de Besançon, la route était encore noire. Sur le comptoir, son téléphone vibra une fois, puis se tut.
Une maison de lotissement où l'hiver se gère depuis vingt ans
Thierry a cinquante-huit ans et travaille comme technicien de maintenance dans une usine de micromécanique de la zone de Trépillot. Avec Sylvie, sa femme, il habite depuis 2004 une maison de plain-pied, construite dans un lotissement tranquille de Saône. Les murs datent d'une époque où l'on isolait sans trop y penser. Le chauffage est entièrement électrique, avec six radiateurs à inertie installés il y a une dizaine d'années, et un ballon d'eau chaude dans le cellier.
L'hiver, dans le Doubs, ne plaisante pas, et ils le savent depuis longtemps. Les matins à moins huit, les semaines de brouillard sur la plaine, la neige qui revient en février quand on la croyait partie. Leur facture d'électricité tourne autour de deux cents euros par mois en mensualisation, avec une régularisation qui pique un peu au printemps. Ils trouvent ça lourd, mais prévisible, et c'est déjà beaucoup quand on gère un budget serré.
Sylvie travaille à mi-temps dans une pharmacie du centre de Besançon et rentre souvent avant lui. Elle allume la bouilloire, relance le radiateur du salon et s'installe avec les mots croisés. Thierry, lui, aime les chiffres et les tableaux. Chaque année, il recopie les relevés du compteur dans un carnet à spirale rangé dans le tiroir de la cuisine. Ils ont une routine, une maison qu'ils connaissent par cœur, et la confiance tranquille des gens qui n'ont jamais eu de mauvaise surprise.
Un kilowattheure affiché moins cher, et la décision paraît évidente
C'est en octobre, à la pause de midi, qu'un collègue lui parle de l'option Tempo. Patrick, qui habite à Morre, jure qu'il a économisé plusieurs centaines d'euros l'année précédente. Le principe semble simple : la plupart des jours de l'année, les jours bleus, le kilowattheure coûte nettement moins cher que le tarif de base. Il existe aussi des jours blancs, un peu plus chers, et quelques jours rouges. Patrick haussait les épaules en parlant de ces derniers, comme d'un détail.
Le soir même, Thierry ouvre son ordinateur sur la table du salon et compare les grilles. Il regarde surtout la colonne bleue, la plus longue, avec ses prix bas en heures pleines comme en heures creuses. Trois cents jours bleus environ dans l'année, se dit-il, ça ne peut que jouer en sa faveur. Il note les chiffres dans son carnet, fait deux multiplications rapides et conclut qu'il pourrait gagner une quarantaine d'euros par mois sur l'année entière.
Sylvie lève les yeux de sa grille et demande s'il y a un piège quelque part. Il répond que non, que c'est un tarif réglementé, que plein de gens l'ont choisi. Je ne vais quand même pas payer plus cher par principe, dit-il en riant. La souscription se fait en dix minutes, en ligne, sans technicien. Le compteur Linky s'occupe du reste. À la fin du mois de novembre, ils basculent sur la nouvelle option, contents d'avoir enfin fait quelque chose contre la facture.
« Je ne vais quand même pas payer plus cher par principe, j'ai fait mes calculs, ça tombe juste. »
Un message reçu la veille, que personne ne prend au sérieux
Les premières semaines passent sans histoire, et le ciel reste gris mais doux pour la saison. Thierry reçoit parfois une notification sur son téléphone, qu'il fait glisser du pouce sans vraiment la lire. Un soir de début décembre, l'écran affiche une couleur annoncée pour le lendemain, en rouge. Il est en train de vider le lave-vaisselle et se dit qu'il regardera plus tard. Plus tard, évidemment, il a oublié. Soyons honnêtes, on connaît tous ces alertes qu'on repousse.
Le lendemain, un mardi, le thermomètre affiche moins six au lever du jour. Les radiateurs tournent à plein, comme toujours, de six heures du matin jusqu'au soir. Sylvie lance une machine de linge à midi en rentrant, parce que c'est son jour de repos. Le four chauffe un gratin à dix-neuf heures. Rien d'inhabituel, rien d'extravagant : la maison vit exactement comme les hivers précédents, et c'est justement là que se cache le problème.
Il y a eu d'autres jours rouges, en décembre puis début janvier, toujours en semaine, toujours par grand froid. Thierry a vaguement remarqué que les notifications revenaient plus souvent quand il gelait fort. Il a même dit à Sylvie que l'appli devait être mal réglée. Elle lui a répondu qu'il n'avait qu'à vérifier. Il ne l'a pas fait. Le carnet à spirale est resté dans son tiroir, et les relevés de l'hiver n'y ont pas été recopiés comme d'habitude.
La facture de janvier tombe, et les calculs ne collent plus
Fin janvier, le courriel du fournisseur arrive un dimanche matin, pendant que Sylvie prépare le café. Thierry ouvre le document sur son téléphone, fronce les sourcils, puis va chercher l'ordinateur pour voir les chiffres en grand. Le montant du mois dépasse nettement celui de janvier de l'année précédente, d'une soixantaine d'euros. Il relit trois fois, persuadé qu'il s'agit d'une estimation erronée. Ça ne peut pas être ça, on n'a rien changé, répète-t-il à voix basse.
Il commence par soupçonner une erreur de relevé, puis un appareil défectueux. Il descend au cellier écouter le ballon d'eau chaude, vérifie le thermostat de chaque radiateur, débranche le vieux congélateur du garage pendant une journée. Rien ne bouge vraiment. Il appelle ensuite le service client, attend vingt minutes avec une musique en boucle. La conseillère, polie, lui confirme que les index sont réels, relevés automatiquement par le compteur, et qu'aucune anomalie n'apparaît sur sa ligne.
Le soir, il téléphone à Patrick, un peu agacé, pour comprendre comment son collègue a pu économiser. Patrick explique alors ce qu'il n'avait pas précisé au bureau. Chez lui, il y a un poêle à granulés dans le salon. Les jours rouges, il coupe les radiateurs électriques et ne chauffe qu'au bois. Il décale aussi les lessives au week-end. Moi, ces jours-là, je ne touche à rien d'électrique, dit-il, sinon je me ferais avoir comme tout le monde. Thierry raccroche sans rien dire.
« Ça ne peut pas être ça, on n'a rien changé, on chauffe pareil que l'an dernier. »
Ce n'était pas une panne, c'était le calendrier des jours rouges
Le lendemain, Thierry ressort son carnet et télécharge le détail de sa consommation, jour par jour, depuis l'espace client. Les couleurs s'alignent sur l'écran comme un calendrier de l'Avent mal rempli. Les jours rouges sont là, groupés sur les semaines les plus froides de décembre et de janvier. Sur chacun d'eux, sa consommation en heures pleines est énorme, puisque c'est justement quand il gèle que ses six radiateurs tirent le plus de courant.
Il comprend alors la mécanique qu'il avait survolée en octobre. L'option compte vingt-deux jours rouges par an, placés uniquement en semaine, entre le premier novembre et le 31 mars. Ces jours-là, en heures pleines, le kilowattheure coûte environ trois fois le prix du tarif de base. Les jours rouges tombent quand le réseau est le plus sollicité, donc quand il fait le plus froid. Pour une maison chauffée tout à l'électrique, c'est exactement le moment où l'on consomme le plus.
Sylvie lit par-dessus son épaule, une main sur le dossier de la chaise. Elle remarque que les économies des jours bleus, réelles, ont été englouties en quelques journées rouges seulement. Ce n'était ni une fuite, ni une erreur du compteur, ni un appareil fatigué. C'était leur façon de vivre, inchangée, appliquée à un tarif qui demande précisément de changer. On a pris le bon prix sans lire le mode d'emploi, dit-elle doucement. Thierry hoche la tête, sans chercher à se défendre.
Un plan pour les jours rouges qui restent à passer
Il reste encore des jours rouges avant la fin mars, et Thierry décide de ne plus les subir. Il active proprement les notifications et prend l'habitude de regarder la couleur du lendemain chaque soir, vers vingt heures, au moment de fermer les volets. Quand le rouge s'annonce, ils baissent les radiateurs des chambres inoccupées, chauffent davantage la maison pendant les heures creuses de la nuit et repoussent lessives, four et sèche-linge au week-end.
Ce n'est pas confortable tous les jours. Ils mettent un pull de plus, ferment la porte du couloir pour garder la chaleur dans le salon, et Sylvie ressort le plaid de sa mère. Thierry se renseigne aussi sur un poêle d'appoint et sur l'isolation des combles, qui n'a pas été refaite depuis la construction. Il refait ses calculs avec une hypothèse plus réaliste. Pour lui, l'option n'a d'intérêt que s'il peut vraiment couper ou décaler son chauffage ces jours-là.
En février, la facture redescend, sans retrouver tout de suite le niveau espéré. Thierry garde l'option jusqu'au printemps, le temps de voir l'année complète, mais il sait qu'il pourra revenir au tarif de base si la maison ne s'adapte pas. Il a recopié tous les relevés dans son carnet, avec une colonne nouvelle, coloriée au feutre rouge. Sur la dernière page, il a écrit quelques règles simples, celles qu'il aurait aimé lire en octobre, avant de cliquer sur valider.
« Moi, ces jours-là, je ne touche à rien d'électrique, sinon je me ferais avoir comme tout le monde. »
- Compter 22 jours rouges par an, uniquement en semaine, entre le 1er novembre et le 31 mars.
- Savoir qu'en heures pleines rouges, le kWh coûte environ trois fois le tarif de base.
- Consulter chaque soir la couleur du lendemain, par notification ou sur l'espace client.
- Prévoir un chauffage d'appoint non électrique ou baisser les radiateurs les jours rouges.
- Décaler lessives, four et sèche-linge vers les heures creuses ou le week-end.
- Comparer la consommation réelle de l'hiver avant de garder ou quitter l'option.
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