Il ferme ses volets jour et nuit tout l’hiver près de Dijon : sa facture de chauffage grimpe de 180 euros en une saison

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Sept heures et demie, un mardi de janvier, à Chenôve. Dans la cuisine de Gérard, 67 ans, la lampe du plafond brille comme en pleine nuit. Les volets roulants sont baissés, comme la veille et l'avant-veille. La chaudière ronronne derrière la porte du cellier, la radio annonce moins deux degrés sur la Côte-d'Or, et Gérard remplit sa tasse en se félicitant d'être bien à l'abri.

Une maison des années soixante-dix et un homme qui connaît ses habitudes

Gérard habite ce pavillon de plain-pied depuis 1984, au bout d'une rue calme qui descend vers les vignes. Ancien chauffagiste à Dijon, il a passé quarante ans à régler les chaudières des autres. Il connaît chaque radiateur de sa maison, chaque bruit de tuyau, chaque courant d'air qui siffle sous la porte du garage. Depuis la mort de sa femme, Monique, il vit seul avec un vieux chat roux qui dort sur le fauteuil du salon. Ses journées suivent un rythme précis, presque immuable : café, journal, jardin, courses, sieste.

La maison, il l'aime malgré ses défauts. Les murs sont en parpaings, isolés par l'intérieur avec ce qu'on posait à l'époque, quelques centimètres de laine. Il a changé les fenêtres il y a dix ans, du double vitrage correct. Le salon donne plein sud, avec une grande baie vitrée qui ouvre sur la pelouse. La cuisine aussi regarde le jardin. Les chambres, elles, sont tournées vers la rue, côté nord, et ne voient jamais le soleil de l'hiver. Gérard a toujours trouvé ce plan bien pensé, sans trop savoir pourquoi.

Chaque mois, il relève lui-même son compteur de gaz et note le chiffre dans un petit carnet à spirale. C'est une manie de professionnel qu'il n'a jamais perdue. Il compare d'une année sur l'autre, mois par mois, et sait à peu près combien il dépense. L'hiver précédent, il avait consommé un peu plus de neuf mille kilowattheures pour le chauffage et l'eau chaude. Pour une maison de cette taille, il jugeait ça raisonnable. Il n'imaginait pas que ce carnet allait, quelques mois plus tard, le mettre face à sa propre erreur.

Cet automne, il décide de tout fermer pour garder la chaleur

Tout commence en octobre, lors d'un repas chez sa fille Sandrine, à Beaune. On parle des prix de l'énergie, des factures qui ont pris des allures de loyer. Un voisin de table explique qu'il garde ses volets fermés en permanence, pour que la chaleur ne s'échappe pas par les vitres. L'idée semble frappée au coin du bon sens. Une vitre, même double, reste plus froide qu'un mur. Un volet fermé ajoute une couche d'air immobile devant le verre. Gérard rentre chez lui convaincu qu'il tient là une économie facile.

Dès les premières gelées de novembre, il applique la méthode avec rigueur. Les volets du salon, de la cuisine et des chambres restent baissés le matin comme le soir. Il allume les lampes à midi, sans s'en formuler le moindre reproche. Après tout, l'électricité d'une ampoule ne pèse pas lourd à côté du gaz. Il garde la consigne du thermostat à dix-neuf degrés, comme toujours, et se dit que la chaudière aura moins à faire. Il se sent presque fier de cette discipline, lui qui a toujours détesté le gaspillage.

Quand Sandrine passe le voir, elle trouve la maison bien sombre. Il lui répond avec un sourire tranquille. On ne chauffe pas le jardin, ma grande, chaque calorie reste ici, avec moi et le chat. Elle hausse les épaules et n'insiste pas. Il faut dire que la pièce est agréable, que les radiateurs sont tièdes et que personne ne grelotte. Soyons honnêtes, on connaît tous ce réflexe de se barricader quand le froid arrive. Il paraît logique, rassurant, et personne autour de Gérard n'a la moindre raison d'en douter.

« On ne chauffe pas le jardin, ma grande, chaque calorie reste ici, avec moi et le chat. »

Fin décembre, le petit carnet ne donne pas le chiffre attendu

Le trente et un décembre au matin, Gérard descend au garage avec sa lampe frontale pour relever le compteur. Il recopie le chiffre, fait la soustraction sur un coin de table, puis recommence. Le résultat ne change pas. Sa consommation de novembre et décembre dépasse celle de l'an dernier d'environ douze pour cent. Il vérifie la météo dans ses notes : l'hiver précédent avait été un peu plus doux, certes, mais pas au point d'expliquer un tel écart. Il referme le carnet, contrarié, et décide de ne pas s'affoler tout de suite.

Il trouve vite une explication commode. La chaudière a douze ans, elle fatigue sans doute, son rendement baisse. Il démonte le capot, inspecte le brûleur, nettoie ce qui peut l'être. Tout semble propre. Il purge les radiateurs un par un, une petite clé à la main, et n'obtient que quelques gouttes d'eau tiède. Rien d'anormal. Il se dit alors que décembre a été gris, venteux, et que le vent du nord refroidit les maisons plus vite qu'on ne croit. L'argument le rassure assez pour qu'il range ses outils.

Pourtant, un détail le travaille sans qu'il sache le nommer. Les après-midi, dans le salon, il a souvent froid aux pieds, alors que le thermostat affiche bien dix-neuf degrés. Il enfile un gilet, puis un deuxième. Il remarque aussi que la chaudière se rallume souvent vers quatorze heures, un moment où, les autres années, elle restait tranquille. Il note ça dans un coin de sa tête, sans faire le lien. Pour un homme qui a passé sa vie à écouter les chaudières, ce silence perdu aurait dû l'alerter plus tôt.

En janvier, il cherche partout la fuite qu'il ne trouve pas

Mi-janvier, le relevé confirme la tendance, et Gérard commence à s'inquiéter pour de bon. Il appelle Didier, un ancien collègue qui travaille encore dans l'entretien de chaudières. Didier passe un jeudi matin, mesure la combustion, contrôle la pression, regarde les réglages. Tout est conforme, la machine tourne parfaitement pour son âge. Il repart en plaisantant sur les anciens qui ne font plus confiance à personne. Gérard ne rit pas beaucoup. Si la chaudière va bien, alors c'est la maison qui perd sa chaleur quelque part, et il ne voit pas où.

Il achète un petit thermomètre infrarouge dans un magasin de bricolage de Quetigny. Le soir, il le promène le long des murs, des plinthes, des encadrements de fenêtres. Il repère un léger courant d'air sous la porte d'entrée et pose un boudin en tissu. Il colle un joint neuf autour de la trappe du grenier. Ces petites réparations le soulagent un moment, mais la semaine suivante, le compteur avance toujours aussi vite. Il avoue à Sandrine au téléphone qu'il commence à douter de tout, même de ses propres relevés.

Sandrine lui propose de contacter un conseiller du service public de la rénovation énergétique, un rendez-vous gratuit qu'on obtient près de chez soi. Gérard rechigne d'abord, par fierté. Un ancien chauffagiste qui demande conseil sur son propre chauffage, il trouve la situation un peu humiliante. Il finit par céder, poussé par l'idée d'une facture qui gonfle chaque mois. Le rendez-vous est fixé un vendredi, à dix heures, à domicile. Ce matin-là, comme tous les autres depuis novembre, les volets sont fermés, et la lampe du salon est allumée.

« La chaudière se rallumait à deux heures de l'après-midi, et moi je ne me posais même pas la question. »

Un conseiller lève un volet et le soleil entre dans le salon

Le conseiller s'appelle Karim, une trentaine d'années, un dossier sous le bras et des chaussures pleines de boue. Il fait le tour des pièces, écoute l'histoire, regarde le carnet avec intérêt. Puis il s'arrête devant la baie vitrée du salon et demande la permission de remonter le volet. Dehors, le ciel est d'un bleu sec, le givre fond sur la pelouse. Une large bande de lumière tombe sur le carrelage, jusqu'au pied du canapé. Le chat roux saute aussitôt du fauteuil pour aller s'y allonger.

Karim explique alors ce que Gérard n'avait jamais vraiment mesuré. Une vitre tournée vers le sud reçoit en hiver un soleil bas, qui pénètre loin dans la pièce. Ce rayonnement traverse le verre, chauffe le sol, les meubles, les murs, et la chaleur reste prise à l'intérieur. C'est un chauffage gratuit, quelques heures par jour, qu'il avait coupé lui-même en gardant les volets baissés. La chaudière devait compenser seule ce que le soleil apportait autrefois, d'où ces redémarrages en plein après-midi qui l'avaient tant intrigué.

Gérard reste un long moment silencieux, la main posée sur le carrelage tiède. Quarante ans dans le chauffage, et je me fais avoir par mes volets, finit-il par lâcher. Karim précise que son idée n'était pas fausse, seulement incomplète. La nuit, fermer les volets limite vraiment les pertes par les vitres, et il faut continuer. Côté nord, où le soleil ne vient jamais, les garder fermés davantage peut avoir du sens. Tout est question de moment et d'orientation. Le geste juste, résume-t-il, c'est d'ouvrir côté soleil le jour, puis de tout fermer dès la nuit.

Ce que l'hiver lui a coûté et ce qu'il fait désormais

Le soir même, Gérard refait ses comptes sur la table de la cuisine. Entre novembre et janvier, il estime avoir dépensé environ cent quatre-vingts euros de gaz de plus que l'hiver précédent, à température comparable. Il sait bien que tout ne vient pas des volets, que le vent et le ciel gris ont joué leur rôle. Mais l'écart lui paraît assez clair pour changer de méthode sans attendre. Il colle un papier sur le frigo avec deux heures écrites au feutre, celle du lever et celle du coucher du soleil.

Désormais, chaque matin vers neuf heures, il remonte les volets du salon et de la cuisine si le ciel le permet. Les rideaux épais restent ouverts, pour ne pas faire écran à la lumière. Il a déplacé une étagère qui cachait une partie de la baie. Dès que le soleil passe derrière la haie du voisin, en fin d'après-midi, il redescend tout et tire les rideaux. Les chambres, côté rue, restent fermées plus longtemps. Fin février, son carnet affiche enfin une consommation inférieure à celle de l'an passé, et il le montre fièrement à Sandrine.

Il raconte maintenant l'histoire à ses voisins, sans la moindre gêne. Il dit que le plus difficile n'était pas de changer d'habitude, mais d'accepter qu'une bonne intention puisse coûter de l'argent. Le chat, lui, a trouvé son nouveau rituel : il attend devant la baie dès le matin. Gérard a aussi gardé l'adresse de Karim pour parler, un jour, de l'isolation des murs. Pour l'instant, il s'en tient à ce geste simple, ouvrir au soleil et fermer au froid, qu'il répète désormais deux fois par jour, à heure fixe.

« Quarante ans dans le chauffage, et je me fais avoir par mes propres volets. »

  • Repérer les fenêtres orientées sud, sud-est ou sud-ouest : ce sont elles qui captent le soleil d'hiver.
  • Ouvrir volets et rideaux de ces pièces dès que le soleil est levé, si le ciel est dégagé.
  • Dégager les vitres exposées : pas de meuble haut ni de rideau épais devant la lumière.
  • Tout refermer dès la tombée de la nuit, volets puis rideaux, pour limiter les pertes par les vitres.
  • Garder les volets côté nord fermés davantage, puisque le soleil n'y entre jamais en hiver.
  • Relever son compteur chaque mois pour comparer d'une année à l'autre et repérer un écart.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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