Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Il était sept heures, la bouilloire commençait à siffler, et Monique remontait le volet de la chambre d'un geste machinal. Le moteur ronronna, puis toussa une seconde, comme toujours. Sur l'appui de fenêtre en tuffeau, elle vit encore ces petits grains noirs, secs, alignés comme du riz brûlé. Dehors, au-dessus du jardin de Trélazé, les martinets criaient déjà.
Une maison de tuffeau, un jardin et des habitudes bien réglées
Monique a soixante-sept ans et vit seule depuis six ans dans une longère blanche, à la sortie de Trélazé, près d'Angers. Ancienne secrétaire de mairie, elle connaît chaque voisin de la rue et chaque pied de rosier de son jardin. Ses matins suivent un ordre précis, presque immuable. Le thé d'abord, puis les volets, puis un tour rapide autour du potager pour voir ce que les limaces ont laissé pendant la nuit.
La maison date des années cinquante, mais son fils Julien l'a rénovée il y a dix ans. Il a posé des fenêtres neuves, isolé les combles et installé des volets roulants électriques avec des coffres extérieurs. Monique trouvait ça moderne et pratique, surtout l'hiver, quand elle n'avait plus envie de pousser les vieux battants de bois. Depuis, elle appuie sur un bouton et la lumière entre, sans effort ni courant d'air.
Elle aime cette tranquillité, et elle la défend. Le soir, l'été, elle s'assoit sur le banc de pierre et regarde le ciel virer au mauve au-dessus des ardoisières. Des ombres rapides passent parfois au ras des toits, entre le noyer et le lampadaire de la rue. Elle pense à des hirondelles attardées, sans trop y réfléchir. On connaît tous ça, ces petites choses qu'on voit tous les jours et qu'on ne regarde jamais vraiment.
Le soir où elle décide de laisser la fenêtre entrouverte
En juin, la chaleur est arrivée d'un coup, lourde, collante, avec des nuits à vingt-quatre degrés. Monique déteste la climatisation, qu'elle juge bruyante et chère. Elle a donc pris une habitude simple : laisser le volet de la chambre à moitié remonté, la fenêtre entrebâillée, pour que l'air du jardin circule jusqu'au matin. C'était raisonnable, économique, et sa voisine Chantal faisait exactement la même chose depuis des années.
Pour ne pas être gênée par les moustiques, elle a même éteint la petite lampe extérieure qui éclairait la terrasse. Elle avait lu quelque part que la lumière attire les insectes, et elle ne voulait pas d'une nuée autour de sa fenêtre. Le jardin est donc resté plongé dans le noir, plus calme que jamais. Elle dormait mieux, la fenêtre ouverte sur le chant des grillons et l'odeur du foin coupé.
Julien, au téléphone, l'avait taquinée sur ses économies d'énergie. Tu vas finir par dormir dehors, maman, lui avait-il dit en riant. Elle avait répondu qu'elle préférait un peu de fraîcheur naturelle à une facture salée. Rien, dans cette décision, ne paraissait risqué. Le coffre du volet, juste au-dessus de sa tête, restait une boîte grise et silencieuse, un objet dont personne ne se soucie tant qu'il fonctionne correctement.
« Je balayais ces petits grains tous les matins, et je n'avais jamais imaginé qu'il y avait une famille entière au-dessus de mon lit. »
Des grains noirs sur le rebord, chaque matin un peu plus
Les premières crottes sont apparues fin juin, une poignée à peine, sur l'appui de fenêtre. Monique les a balayées d'un revers de main, persuadée qu'un oiseau s'était posé là. Le lendemain, il y en avait davantage, et encore le surlendemain. Elles s'entassaient toujours au même endroit, juste sous la fente du coffre, comme si quelque chose les laissait tomber d'en haut pendant la nuit, avec une régularité d'horloge.
Elle a d'abord pensé aux souris, évidemment. La maison est à la campagne, et chaque automne quelques mulots tentent leur chance dans le garage. Elle a sorti la balayette, puis l'aspirateur, et a même posé une tapette sur le rebord, par précaution. Au matin, la tapette était intacte, propre, et les crottes étaient là, juste à côté. Aucun grignotage sur les fils, aucune trace sur les murs de la chambre.
Un détail la gênait pourtant. Quand elle écrasait un grain entre deux doigts, il s'effritait aussitôt en une poussière sèche, brillante par endroits. Ça ne collait pas, ça ne sentait presque rien. Chantal, venue boire un café, a haussé les épaules. C'est des loirs, ils grimpent partout, a-t-elle tranché. Monique a hoché la tête, sans être convaincue, et elle a continué de balayer chaque matin en silence.
Le bricolage du voisin, puis le grattement dans le noir
Au bout de trois semaines, Monique en a eu assez. Elle a appelé Gérard, le voisin d'en face, ancien plombier, toujours prêt à rendre service avec sa boîte à outils. Il a regardé le coffre, a passé un doigt dans la fente et a proposé une solution rapide. Un bon coup de mousse expansive et un bout de grillage, et on n'en parle plus, a-t-il dit en remontant ses manches.
Il devait revenir le samedi. Mais le jeudi soir, Monique s'est réveillée vers minuit, alertée par un bruit qu'elle n'avait jamais remarqué. Un frottement léger, puis de petits cris aigus, presque inaudibles, comme des grincements de porte miniatures. Elle a allumé sa lampe de poche et l'a pointée vers la fenêtre. Rien ne bougeait. Pourtant, au-dessus d'elle, dans la boîte grise, quelque chose de vivant semblait s'agiter et se répondre.
Elle a tenté d'en parler à la mairie le lendemain, puis à un dératiseur trouvé sur internet. Le dératiseur a proposé un passage à cent vingt euros, avec produit. Elle a hésité, gênée par l'idée du poison au-dessus de son lit. Soyons honnêtes, elle avait surtout peur de ce qu'elle allait trouver. Le samedi matin, Gérard est arrivé avec sa bombe de mousse et son escabeau, prêt à tout boucher.
« Gérard était déjà sur l'escabeau avec sa mousse, deux minutes de plus et je les emmurais vivantes sans le savoir. »
Ce qui sortait du coffre à la tombée du jour
C'est Léa, la petite-fille de Monique, étudiante en biologie à Angers, qui a tout arrêté. Elle passait déposer des cerises et a vu Gérard sur l'escabeau. Elle a regardé les crottes, en a écrasé une, et a vu les éclats brillants. Ce sont des ailes d'insectes, mamie, a-t-elle expliqué. Une souris laisse des crottes qui collent. Là, c'est du guano de chauve-souris, j'en suis presque sûre.
Le soir même, toutes les deux se sont installées sur le banc, face à la fenêtre, vers vingt-deux heures. Quand la lumière a baissé, une première silhouette minuscule s'est glissée hors de la fente, puis une deuxième, puis une dizaine. Monique en a compté vingt-sept, petites comme un pouce, qui filaient vers le noyer. Les fameuses hirondelles attardées, c'était elles depuis le début, et elles dormaient au-dessus de sa tête.
Léa a contacté le réseau SOS chauves-souris de la région, animé par des naturalistes bénévoles. Une bénévole, Sandrine, est venue deux jours plus tard. Elle a confirmé qu'il s'agissait sans doute de pipistrelles, une espèce très commune dans les maisons. Elle a aussi rappelé une règle claire : en France, toutes les chauves-souris sont protégées. Les déranger, les déloger ou boucher leur gîte est interdit. Gérard a rangé sa mousse sans un mot.
Attendre l'automne, puis fermer la fente avec soin
Sandrine a expliqué que le coffre servait probablement de gîte d'été, peut-être à une petite colonie de femelles avec leurs jeunes. Boucher maintenant, c'était les emmurer, ou condamner les petits qui ne volent pas encore. La solution était simple, mais demandait de la patience : attendre leur départ naturel, souvent à l'automne, vérifier que le coffre était vide, puis seulement calfeutrer l'accès, avec une brosse ou un joint adapté.
En attendant, Monique a posé un vieux carton sous la fenêtre pour récupérer le guano. Sandrine lui a dit que c'était un excellent engrais pour le potager, et Monique l'a mélangé à son terreau en souriant. Elle a aussi appris qu'une seule pipistrelle peut avaler des centaines de moustiques chaque nuit. Je les chassais avec ma lampe éteinte, et c'étaient elles qui me protégeaient, a-t-elle confié à Julien.
Fin septembre, les sorties se sont espacées, puis ont cessé. Sandrine est revenue vérifier, et Gérard a enfin posé une brosse dans la fente du coffre. Sur les conseils du réseau, Julien a fixé un gîte en bois sous l'avancée du toit, pour que la colonie trouve un abri l'été prochain. Le dératiseur, lui, n'a jamais été rappelé. Monique a économisé cent vingt euros, et gagné vingt-sept voisines discrètes.
« Quand Léa a écrasé la crotte entre ses doigts et m'a montré les ailes d'insectes, j'ai compris que ce n'étaient pas des souris. »
- Écrasez une crotte sèche : si elle s'effrite en poussière brillante d'ailes d'insectes, pensez chauve-souris.
- Observez la fente du coffre à la tombée de la nuit pour repérer d'éventuelles sorties.
- Ne bouchez rien et n'utilisez aucun produit : les chauves-souris sont des espèces protégées.
- Contactez le réseau SOS chauves-souris de votre région, souvent animé par des associations naturalistes.
- Attendez le départ de la colonie, en général à l'automne, avant de calfeutrer avec une brosse ou un joint.
- Installez un gîte à chauves-souris à proximité pour leur offrir un nouvel abri.
Suivi de l'histoire
- 23 Oct 2026Ils nourrissent chaque soir le chat errant qui dort sous leur abri : au printemps, six chatons et une voisine qui appelle la mairie
- 23 Oct 2026Il accroche des boules de graisse à son prunier chaque hiver près d’Orléans : un matin de décembre, une mésange pend par la patte au filet vert
- 24 Oct 2026Elle trouve chaque matin des crottes noires sous son volet roulant près d’Angers : ce qu’elle a découvert dans le coffre l’oblige à attendre, vous lisez
- 24 Oct 2026Il coupe les radiateurs des chambres de ses enfants partis près de Saint-Étienne : en décembre, une tache noire grimpe sur le mur du salon
- 24 Oct 2026Il achète un téléphone « comme neuf » à un particulier près de Lille : six semaines plus tard, la batterie lâche et le vendeur ne répond plus
- 24 Oct 2026Il dépose son aspirateur-balai chez l’artisan du bourg près d’Auxerre : sur la facture de 89 euros, la ligne du bonus réparation n’apparaît nulle part







