Elle laisse sa cuve d’eau de pluie pleine tout l’hiver près de Besançon : en février, une fissure court du couvercle jusqu’au robinet

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était sept heures et demie, un mardi de février, et le givre craquait sous les sabots de Monique. Elle traversait le jardin avec ses épluchures pour le compost, le souffle visible dans l'air immobile. Au coin de l'abri, elle s'est arrêtée net. Sur le flanc vert de la cuve, une ligne blanche descendait du couvercle jusqu'au robinet.

Une maison près de Besançon et quinze ans de jardin patient

Monique a 69 ans et habite depuis quinze ans une petite maison à la sortie de Besançon, sur la route de Morre. Ancienne institutrice, elle a gardé l'habitude de se lever tôt et de noter le temps qu'il fait dans un carnet à spirale. Son jardin n'est pas grand, mais il nourrit une bonne partie de l'été. Il y a des tomates, des haricots grimpants, quelques pieds de courgettes et un carré de fraisiers dont elle est assez fière.

La cuve est arrivée il y a six ans, un cadeau de son fils Julien pour son anniversaire. Cinq cents litres en plastique vert, posés sur un socle de parpaings contre l'abri de jardin, reliés à la gouttière par un collecteur. Les premiers étés, Monique allait la voir presque chaque soir, soulevait le couvercle et regardait le niveau monter après l'orage. Elle disait à ses voisins que c'était la meilleure idée qu'on ait eue pour elle depuis longtemps.

Avec les sécheresses de ces dernières années et les arrêtés préfectoraux qui limitent l'arrosage dans le Doubs, la cuve est devenue précieuse. Monique arrose au pied, le soir, avec un arrosoir qu'elle remplit directement au robinet du bas. Elle calcule à peu près ce qu'il lui reste, rationne quand juillet s'éternise. Elle a l'impression, et elle n'a pas tort, de faire sa part. Rien dans cette routine ne lui semblait fragile, ni même digne d'une vraie attention.

L'automne doux qui lui donne envie de tout garder

L'automne dernier a été long et tiède, avec des averses régulières jusqu'à la mi-novembre. La cuve s'est remplie à ras bord, ce qui a beaucoup plu à Monique après un été sec. Julien, au téléphone, lui avait pourtant rappelé de penser à la vider avant l'hiver. Elle avait répondu qu'elle verrait, que les gelées n'étaient pas encore là, et que ce serait dommage de jeter toute cette belle eau dans l'herbe.

Il y avait aussi une raison plus pratique, celle qu'on se donne tous pour ne pas faire une corvée. Monique comptait garder de l'eau pour ses bulbes et pour les jardinières de la terrasse pendant les semaines sèches de mars. Elle se disait que le plastique, c'est souple, que ça encaisse. Elle avait vu des cuves passer l'hiver chez des amis sans dommage apparent. Elle ne savait pas si elles étaient pleines ou vides, mais elle ne s'était pas posé la question.

Alors le collecteur est resté branché sur la gouttière, et le robinet du bas est resté fermé. Décembre a apporté quelques nuits à moins deux, rien de bien méchant pour la région. Monique notait les températures dans son carnet sans faire le lien avec le fond du jardin. Je me suis dit qu'avec un peu de chance, l'hiver serait doux comme l'an passé, a-t-elle raconté plus tard. Elle avait ses raisons, et elles semblaient tenir debout à ce moment-là.

« Je me suis dit qu'avec un peu de chance, l'hiver serait doux comme l'an passé, et j'ai tout laissé comme ça. »

Un couvercle bombé que personne ne remarque en janvier

Mi-janvier, une vague de froid est descendue sur la Franche-Comté. Le thermomètre de la cuisine a affiché moins neuf un matin, moins onze le suivant. Monique a calfeutré la porte du cellier, rentré les géraniums et mis une couverture sur le rosier grimpant. En passant près de l'abri, elle a remarqué que le couvercle de la cuve ne tombait plus tout à fait à plat. Il formait une légère bosse, comme si quelqu'un avait poussé d'en dessous.

Elle a pensé que le vent l'avait déplacé, ou que la neige l'avait déformé. Elle a tapoté dessus avec la main gantée, a entendu un son sourd et plein, très différent du bruit creux habituel. Sur le moment, ça ne lui a rien évoqué. Elle a même trouvé rassurant que la cuve paraisse si solide. Le robinet, lui, était pris dans une gangue de glace qu'elle n'a pas essayé de toucher, de peur de le casser.

Le froid a duré une dizaine de jours, puis un redoux humide est revenu fin janvier. La glace a commencé à fondre dans les gouttières, et le collecteur a de nouveau déversé de l'eau dans la cuve déjà prise. Monique n'a pas regardé de près. Elle avait une bronchite, le jardin passait au second plan, et puis on connaît tous ça, ce qu'on ne voit pas depuis la fenêtre de la cuisine finit par sortir de la tête.

Le matin de février où la ligne blanche apparaît

C'est donc ce mardi de février qu'elle a vu la fissure, après une nouvelle nuit à moins sept. La ligne partait du bord du couvercle et descendait en zigzag jusqu'au raccord du robinet. Le plastique était blanchi sur les lèvres de la cassure, comme étiré. Un petit filet d'eau suintait déjà au pied du socle, en train de geler sur les parpaings. Monique est restée un long moment immobile, son seau d'épluchures à la main.

Son premier réflexe a été de soupçonner quelqu'un. Un chat qui aurait sauté dessus, un enfant du voisinage avec un caillou, peut-être un coup de pelle à neige donné par erreur. Elle a appelé sa voisine Françoise, qui n'avait rien vu ni entendu. Ensuite elle a téléphoné à Julien, qui travaille à Dijon. Il lui a demandé si la cuve était pleine. Pleine à ras bord, a-t-elle répondu, et il y a eu un silence au bout du fil.

Monique a quand même cherché la facture pour contacter le magasin, persuadée d'un défaut de fabrication. Le vendeur, poli, lui a demandé dans quelles conditions la cuve avait passé l'hiver. Elle a tout raconté, le collecteur, le robinet fermé, les nuits à moins onze. Il lui a répondu que la garantie ne jouerait sans doute pas. J'avais l'impression qu'on me reprochait d'avoir voulu économiser l'eau, a-t-elle confié à Françoise le soir même, encore vexée.

« J'avais l'impression qu'on me reprochait d'avoir voulu économiser l'eau, alors que je croyais bien faire. »

Ce n'était ni un coup ni un défaut, seulement de la glace

C'est Julien, venu le week-end suivant, qui a mis des mots simples sur ce qui s'était passé. L'eau, quand elle gèle, ne se tasse pas comme la plupart des liquides : elle gonfle, d'environ neuf pour cent. Dans une cuve de cinq cents litres pleine, cela fait une quarantaine de litres de volume en plus. Ce surplus doit bien aller quelque part. Faute de place, la glace pousse sur les parois, sur le couvercle, et finit par ouvrir le point le plus faible.

Le couvercle bombé de janvier, c'était déjà ça : la glace qui cherchait une sortie par le haut. Le collecteur resté branché avait aggravé les choses, en rajoutant de l'eau au moment du redoux, juste avant le nouveau gel. Le robinet fermé, enfin, avait empêché toute détente par le bas. Julien a montré à sa mère le raccord fendu, là où le plastique est plus mince. Tout s'est joué à cet endroit, sur quelques millimètres.

Monique a eu du mal à l'admettre, puis elle a ri un peu, d'un rire fatigué. Toute sa vie, elle avait expliqué aux enfants que les canalisations éclatent en hiver, sans jamais penser que sa cuve obéissait à la même règle. J'ai enseigné ça au CM1, et je ne l'ai pas appliqué dans mon propre jardin, a-t-elle soupiré. La cuve n'avait pas été attaquée, ni mal fabriquée. Elle avait simplement été trop bien remplie.

Une cuve neuve, et un rituel de novembre désormais noté

La cuve fissurée a fini à la déchetterie, et Monique en a racheté une autre au printemps, pour un peu plus de cent vingt euros avec le collecteur. Elle a perdu aussi l'eau qu'elle gardait pour mars, et elle a dû arroser ses bulbes au robinet de la maison. Ce n'est pas une catastrophe, elle le dit elle-même. Mais soyons honnêtes, c'est le genre de dépense qu'on aurait préféré éviter pour un oubli.

Dans son carnet à spirale, à la page de novembre, elle a désormais écrit un petit rituel en lettres capitales. Avant les premières gelées, elle vide la cuve en partie, en laissant de la marge pour que la glace puisse gonfler. Elle débranche le collecteur pour que la gouttière ne remplisse plus rien pendant l'hiver. Puis elle ouvre le robinet du bas et le laisse ouvert jusqu'au printemps. Le tout lui prend une demi-heure, un samedi matin.

Françoise, qui avait elle aussi une cuve pleine, a vidé la sienne le lendemain de la visite de Julien. D'autres voisins de la rue ont suivi, après en avoir parlé au marché. Monique a gardé un morceau du vieux plastique blanchi, posé sur l'étagère de l'abri. Il me sert de pense-bête, dit-elle en souriant. Elle n'a rien changé à son goût pour l'eau de pluie. Elle a seulement appris qu'il fallait lui laisser de la place pour l'hiver.

« J'ai enseigné ça au CM1, l'eau qui gonfle en gelant, et je ne l'ai pas appliqué dans mon propre jardin. »

  • Vider la cuve en partie avant les premières gelées, pour laisser de la place à la glace qui gonfle d'environ 9 %.
  • Débrancher le collecteur de la gouttière pour que la pluie et la fonte ne remplissent plus la cuve en hiver.
  • Ouvrir le robinet du bas et le laisser ouvert jusqu'au printemps.
  • Surveiller un couvercle qui bombe : c'est souvent le signe que la glace pousse déjà.
  • Noter la date dans un carnet ou un agenda pour ne pas repousser la corvée d'année en année.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 432