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Il est sept heures et quart, et dans la cuisine de Monique, à Sarralbe, la lampe au-dessus de l'évier est déjà allumée. Dehors, le jour se lève sur les champs gelés, mais elle ne le voit pas. Les volets roulants restent baissés, comme hier, comme depuis novembre. Elle pose sa tasse, entend la chaudière se remettre en route dans le cellier, et frissonne quand même.
Une maison de famille où chaque geste se répète depuis trente ans
Monique a 67 ans et vit seule depuis quatre ans dans la maison qu'elle a construite avec Gérard, au bout d'un lotissement de Sarralbe. C'est une maison simple des années quatre-vingt-dix, avec un crépi beige, un grand séjour et une baie vitrée qui donne plein sud sur le jardin. Ancienne secrétaire de mairie, elle connaît chaque voisin et chaque recoin du quartier. Ses journées suivent un rythme régulier, entre le marché du jeudi, les mots croisés et les visites de sa petite-fille.
La maison est chauffée par une chaudière au fioul que Gérard entretenait lui-même avec soin. Depuis son départ, Monique s'en occupe comme elle peut, avec l'aide du chauffagiste qui passe une fois par an. Elle note chaque livraison dans un petit carnet à spirale rangé dans le tiroir du buffet. Les chiffres, elle les connaît presque par cœur, parce qu'avec une pension modeste, chaque plein de cuve compte vraiment dans le budget de l'année.
L'hiver dernier, elle avait commandé deux mille litres et tenu jusqu'au début d'avril sans difficulté. Elle en était fière, et elle l'avait raconté à sa fille Sandrine au téléphone. Cette année, les prix ont encore bougé, et la Moselle a connu un mois de décembre particulièrement froid. Monique s'est donc promis d'être encore plus prudente. Elle s'est assise un soir avec son carnet et une tisane, et elle a réfléchi à tout ce qu'elle pouvait faire de mieux pour tenir.
La bonne idée des volets fermés, prise par un soir de novembre
C'est en regardant une émission sur les économies d'énergie que l'idée lui est venue. Un intervenant expliquait que les volets fermés limitent les pertes de chaleur par les vitrages, surtout la nuit. Monique a trouvé ça logique, et elle s'est dit qu'en allant plus loin, elle économiserait encore davantage. Si les volets protègent la nuit, pourquoi ne pas les garder baissés en permanence, puisque de toute façon elle passe ses journées à l'intérieur pendant l'hiver.
Dès le lendemain, elle a laissé tous les volets roulants descendus, y compris celui de la grande baie du séjour. Elle a allumé les lampes, branché la petite lumière du salon, et s'est installée dans son fauteuil avec un plaid. Il y avait quelque chose de rassurant dans cette maison close, comme un cocon. Elle avait l'impression de retenir la chaleur à l'intérieur, de ne rien laisser filer vers ce froid humide qui recouvrait le jardin chaque matin.
Quand Sandrine est passée un dimanche, elle a trouvé l'ambiance un peu étrange, mais n'a rien dit sur le moment. Monique lui a expliqué son raisonnement avec conviction, carnet à l'appui. Je fais comme dans les vieilles fermes, a-t-elle dit, on se calfeutre et on attend le printemps. Sa fille a souri, un peu attendrie. Soyons honnêtes, l'idée semblait pleine de bon sens, et personne dans la famille n'aurait songé à la contester à ce moment-là.
« Je fais comme dans les vieilles fermes, on se calfeutre et on attend tranquillement le printemps. »
Le bruit de la chaudière revient plus souvent qu'avant
Au bout de deux semaines, Monique a remarqué un détail qu'elle a d'abord balayé d'un haussement d'épaules. Le ronronnement de la chaudière, ce bruit familier qui vient du cellier, se faisait entendre plus souvent dans la journée. Avant, elle l'entendait surtout le matin et en fin d'après-midi. Désormais, il revenait vers onze heures, puis vers deux heures, parfois même en plein milieu de ses mots croisés, quand elle avait pourtant l'impression que la maison était tiède.
Elle a mis ça sur le compte du froid, qui était réellement mordant cette année-là. Les voisins se plaignaient aussi, et le journal parlait de températures négatives plusieurs nuits de suite. Elle a relevé le thermostat d'un degré, parce qu'elle avait souvent les mains glacées, puis l'a redescendu par scrupule. Elle se sentait fatiguée, un peu terne, et elle mettait cela sur le compte de l'hiver, des journées courtes et de la solitude qui pèse davantage en décembre.
Puis, un matin de janvier, elle a ouvert le carnet et jeté un œil à la jauge de la cuve. Le niveau avait baissé bien plus vite que l'année précédente à la même date. Elle a refait le calcul deux fois, persuadée de s'être trompée de ligne. Le chiffre ne changeait pas. Ça ne colle pas, a-t-elle murmuré, toute seule dans la cuisine, en regardant les lampes allumées en plein jour sur le plan de travail.
Le chauffagiste passe, la chaudière va bien, l'inquiétude grandit
Sa première pensée a été pour la chaudière. Elle a appelé Thierry, le chauffagiste du village voisin, qui connaissait l'installation depuis l'époque de Gérard. Il est venu un mercredi, a ouvert le capot, vérifié le brûleur, les réglages et le circuit. Il a pris son temps, comme toujours, en sifflotant. Au bout d'une heure, il s'est redressé en s'essuyant les mains. Tout était propre, bien réglé, rien ne fuyait, et la combustion était tout à fait correcte.
Monique a alors soupçonné une fuite dans la cuve, ou un voisin indélicat qui se servirait la nuit. Elle a demandé à son neveu de vérifier le couvercle et les raccords. Rien. Elle a ensuite pensé à l'isolation du grenier, tassée avec les années, et a même demandé un devis à une entreprise. Le devis est arrivé, salé, et elle l'a posé sur le buffet sans savoir quoi en faire. On connaît tous ça, cette impression de chercher partout sans trouver.
Elle en a parlé à Sandrine au téléphone, la voix un peu tremblante. Elle ne comprenait pas comment elle pouvait faire autant d'efforts et dépenser plus. Elle avait l'impression d'avoir mal fait quelque chose sans savoir quoi. Sa fille a promis de venir le samedi suivant, avec son compagnon Julien, qui travaille dans un bureau d'études thermiques à Metz. Je ne sais plus quoi faire, maman est à bout, avait-elle prévenu Julien en raccrochant.
« J'ai refait le calcul deux fois sur mon carnet, le chiffre ne voulait pas changer. »
Un samedi de soleil, la baie vitrée raconte toute l'histoire
Ce samedi-là, le ciel était d'un bleu net, sans un nuage, avec ce froid sec qui fait briller les toits. Julien est entré dans la maison, a regardé les lampes allumées à onze heures du matin, puis la baie vitrée masquée par le volet. Il a demandé l'orientation de la façade. Plein sud, a répondu Monique, Gérard y tenait. Julien a souri, puis il a appuyé sur l'interrupteur du volet roulant, sans rien dire.
La lumière a envahi le séjour d'un seul coup, jusqu'au fond de la pièce, sur le carrelage et le canapé. Julien a invité Monique à poser la main sur le sol au soleil, une heure plus tard. Il était tiède. Il lui a expliqué que les vitrages orientés au sud captent la chaleur du soleil en journée, même en hiver, même par grand froid. En gardant les volets fermés, elle s'était privée d'un chauffage gratuit, tous les jours.
Le soleil d'hiver est bas, a-t-il ajouté, il entre loin dans les pièces, et il réchauffe les murs, les sols, les meubles. Cette chaleur est ensuite restituée doucement en fin de journée. Monique avait donc obligé la chaudière à compenser ce que le soleil aurait fait seul. Elle s'est assise, un peu sonnée. Moi qui croyais bien faire, a-t-elle soufflé. Julien a précisé que son idée n'était pas fausse, simplement appliquée au mauvais moment de la journée.
Ouvrir au lever du jour, fermer à la tombée de la nuit
Depuis ce samedi, Monique a changé son rituel. Le matin, dès qu'il fait jour, elle remonte les volets côté sud, et en priorité celui de la grande baie. Le soir, quand la lumière baisse, vers cinq heures en plein hiver, elle les redescend aussitôt pour garder la chaleur accumulée. Les volets du nord, côté rue, restent plus souvent fermés. Elle a collé un petit mot sur le frigo pour ne pas oublier, écrit de sa main.
Les résultats se sont vus rapidement dans son carnet. Les jours de soleil, la chaudière reste silencieuse une bonne partie de l'après-midi, et le séjour monte de lui-même à une température agréable. Elle a calculé qu'elle tiendrait jusqu'au printemps avec la commande prévue, sans en ajouter une. Le devis d'isolation est resté sur le buffet, elle y réfléchira plus tard. Elle se sent aussi moins fatiguée, comme si la lumière lui avait rendu de l'énergie à elle aussi.
Elle raconte maintenant l'histoire à ses voisines, au marché du jeudi, avec un certain amusement. Plusieurs d'entre elles faisaient exactement la même chose. Pour Monique, la leçon tient en quelques gestes simples qu'il suffit de regarder chez soi. Repérer les fenêtres au sud, les dégager dans la journée, ne pas laisser de rideaux épais devant, et fermer dès le crépuscule. C'est gratuit, ça marche tout seul, dit-elle en riant, il fallait juste laisser entrer le soleil.
« Moi qui croyais bien faire, je payais la chaudière pour remplacer le soleil. »
- Repérer les fenêtres orientées au sud, puis à l'est et à l'ouest.
- Ouvrir les volets côté sud dès le lever du jour, même par grand froid.
- Écarter rideaux épais et meubles qui masquent les vitrages ensoleillés.
- Refermer volets et rideaux dès la tombée de la nuit pour garder la chaleur.
- Laisser plus souvent fermés les volets des fenêtres exposées au nord.
- Noter sa consommation de chauffage pour comparer avant et après.
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