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Sept heures, un matin d'avril. Gérard pose sa tasse sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, essuie la buée du revers de la manche. Dans le tilleul, une mésange charbonnière lance son petit cri de scie, deux notes répétées. Sur le mur d'en face, le nichoir en bois clair attend, propre, intact, exactement comme il l'a fixé il y a deux ans.
Une maison de bourg, un tilleul et des matins tranquilles
Gérard a 72 ans et il habite depuis trente ans une maison de pierre au bout d'un bourg de la Sarthe. Ancien conducteur de car scolaire, il a gardé l'habitude des réveils matinaux et des trajets mesurés. Chaque matin, il fait le tour du jardin avant le café, les mains dans les poches de sa veste matelassée. Il connaît chaque rosier, chaque pied de groseillier, et la vieille brouette rouillée qui sert de jardinière à côté du portail.
Depuis la mort de sa femme, Monique, le jardin est devenu sa compagnie principale, et les oiseaux en font partie. Il a installé une mangeoire en hiver, une coupelle d'eau en été, et il note parfois les visiteurs sur un carnet à spirale. Rouges-gorges, merles, moineaux, pinsons, et surtout les mésanges, qu'il trouve vives et un peu effrontées. Il les regarde se suspendre la tête en bas aux boules de graisse, avec une agilité qui l'amuse toujours.
Sa fille Sophie, qui vit à Tours, l'appelle le dimanche et lui demande des nouvelles de ses petites bêtes. Il raconte en détail, la charbonnière qui chasse la bleue, le merle qui retourne les feuilles mortes. Elle rit, elle dit qu'il devient ornithologue sur ses vieux jours. Lui hausse les épaules au téléphone, mais il aime l'idée. Les mésanges sont là toute l'année, et il se dit qu'il serait bien de leur offrir aussi un endroit pour élever leurs petits.
Le nichoir de la jardinerie, posé avec le plus grand soin
C'est un samedi de février que Gérard pousse la porte de la jardinerie, à la sortie de la ville. Entre les sacs de terreau et les graines de gazon, un rayon entier est consacré aux oiseaux. Il y a des nichoirs de toutes les formes, des chalets miniatures, des boîtes peintes en bleu, certains avec un petit toit de chaume. Il choisit un modèle en sapin brut, sobre, avec une ouverture ronde sur la façade, vendu vingt-quatre euros.
Sur l'étiquette, on lit simplement nichoir pour petits oiseaux du jardin, avec un dessin de mésange. Gérard ne se pose pas plus de questions, l'objet est solide, bien vissé, le toit s'ouvre pour le nettoyage. Le vendeur lui conseille de l'installer avant mars, quand les couples commencent à chercher un endroit. Il repart content, le carton sous le bras, en pensant déjà à l'emplacement idéal sur la maison.
Il choisit le mur de la remise, plein sud, bien dégagé, visible depuis la fenêtre de la cuisine. Il se dit que les petits auront chaud, que la lumière les fera grandir vite. Il grimpe sur l'escabeau, perce deux trous dans le joint, fixe le nichoir à deux mètres de hauteur. Je voulais qu'elles soient au soleil, comme des vacanciers, racontera-t-il plus tard en souriant. Le soir même, il appelle Sophie pour lui annoncer que l'appartement est prêt.
« Je voulais qu'elles soient au soleil, comme des vacanciers, je pensais vraiment bien faire. »
Un premier printemps vide, que Gérard met sur le compte de la nouveauté
Mars arrive, puis avril, et les mésanges s'agitent partout dans le jardin. Gérard les voit transporter de la mousse, des brins d'herbe, des poils arrachés au vieux paillasson. Elles passent devant le nichoir, se posent parfois sur le toit, penchent la tête vers l'ouverture. Puis elles repartent, toujours, sans jamais entrer. Gérard se dit qu'il faut du temps, que les oiseaux se méfient d'un objet neuf qui sent encore le bois fraîchement coupé.
Un voisin, Bernard, passe un jour au-dessus de la haie et regarde la petite maison accrochée au mur. Il dit qu'il faut au moins une saison pour qu'un nichoir soit adopté, que c'est connu. Gérard veut bien le croire. Il remarque pourtant qu'une mésange bleue a niché dans un trou du vieux mur du cimetière, à cent mètres de là. Un trou étroit, presque invisible, entre deux pierres disjointes. Ce détail l'agace un peu, puis il l'oublie.
Fin juin, le nichoir est toujours vide, sans une plume, sans un brin de mousse à l'intérieur. Gérard le constate en soulevant le toit, un après-midi où le mur de la remise est brûlant sous la main. Il note dans son carnet, premier printemps, rien. Il n'est pas vraiment déçu, plutôt patient. Soyons honnêtes, il se dit surtout que l'année suivante sera la bonne, puisque le bois aura grisé et que les oiseaux auront pris l'habitude.
Deuxième printemps, les mésanges passent et Gérard cherche un coupable
Le deuxième printemps ressemble au premier, et cette fois, Gérard commence à s'inquiéter. Il accuse d'abord le chat roux des voisins, qui traverse parfois le jardin en rasant les murs. Il installe une bande de grillage sous le nichoir, puis des branches de houx au pied de la remise. Les mésanges continuent de passer, de se poser, de regarder l'ouverture, et de repartir aussitôt. Le chat, lui, ne vient presque plus, mais rien ne change pour autant.
Il soupçonne ensuite le bruit de la départementale, les camions qui passent le matin en direction de la carrière. Puis l'odeur de la lasure qu'il avait passée sur le toit, au cas où la pluie abîmerait le bois. Il appelle Sophie, qui cherche sur internet et trouve des dizaines d'avis contradictoires. Certains parlent de hauteur, d'autres de couleur, d'autres encore de la présence d'une mangeoire trop proche. Gérard déplace la mangeoire, sans résultat.
Un matin de mai, il reste vingt minutes à la fenêtre et observe une charbonnière qui tente quelque chose. Elle s'accroche à la façade, passe la tête dans le trou, se tortille, puis recule et s'envole. Gérard repose sa tasse, intrigué. Elle a essayé, je l'ai vue, elle a vraiment essayé, dit-il à Sophie au téléphone le dimanche suivant. Pour la première fois, il se demande si le problème ne vient pas du nichoir lui-même.
« Elle a essayé, je l'ai vue, elle a vraiment essayé, et puis elle est repartie. »
Un double décimètre et un thermomètre racontent toute l'histoire
C'est Odile, une bénévole de l'association naturaliste du canton, qui lui donne la clé. Il l'a rencontrée au marché, devant un stand où elle vendait des nichoirs fabriqués par des enfants de l'école. Gérard lui raconte ses deux printemps vides, un peu gêné. Elle l'écoute, puis lui pose deux questions précises : quel est le diamètre du trou, et dans quelle direction regarde-t-il. Gérard ne connaît pas la réponse à la première question.
Le soir même, il sort son double décimètre et mesure l'ouverture : quarante millimètres, ou presque. Odile lui a expliqué que chaque espèce choisit son trou au millimètre près. Vingt-huit millimètres pour la mésange bleue, trente-deux pour la charbonnière. Au-delà, l'entrée devient assez large pour un moineau, un étourneau, ou pire, pour la patte d'une pie. Les mésanges le sentent et refusent. La charbonnière du matin de mai n'essayait pas d'entrer, elle évaluait le danger.
Reste la deuxième question, l'orientation, et Gérard comprend en posant la main sur le bois en plein midi. Il accroche un petit thermomètre de cuisine à l'intérieur du nichoir, par curiosité. À quatorze heures, un jour de juin, l'aiguille dépasse quarante degrés. Sur un mur plein sud, la boîte devient un four, mortel pour des oisillons. Je croyais leur offrir du soleil, je leur offrais une étuve, reconnaît-il. Odile lui conseille le sud-est, à l'abri du soleil de midi et des vents dominants.
Un nouveau nichoir, un mur à l'est et des vérifications simples
L'hiver suivant, Gérard fabrique lui-même deux nichoirs avec des planches de sapin non traité, sur les plans donnés par Odile. Il perce un trou de vingt-huit millimètres sur le premier, de trente-deux sur le second, avec une scie cloche achetée neuf euros. Il les installe sur le tronc du tilleul, côté sud-est, légèrement penchés vers l'avant pour que la pluie ne rentre pas. Le vieux nichoir de la jardinerie finit en jardinière pour des fraisiers.
Début avril, une mésange bleue entre dans le petit nichoir, ressort, revient avec un brin de mousse. Gérard la regarde faire depuis la cuisine, sa tasse refroidissant entre ses mains. En trois semaines, le couple a construit son nid et le printemps se remplit de piaillements. Dans son carnet, il écrit troisième printemps, enfin. Il raconte la scène à Sophie avec une voix qu'elle ne lui avait pas entendue depuis longtemps.
Ce qui l'a frappé, au fond, c'est que l'erreur venait d'un objet vendu comme adapté. On connaît tous ça, on fait confiance à l'étiquette et au rayon. Gérard conseille désormais ses voisins avec un sérieux tranquille, le double décimètre dans la poche. Bernard a mesuré le sien : trente-cinq millimètres, face au couchant. Il l'a démonté le lendemain. Avant d'acheter ou de fixer un nichoir, quelques vérifications suffisent, et elles tiennent sur une feuille de papier.
« Quarante millimètres, j'ai mesuré deux fois parce que je n'y croyais pas. »
- Mesurer le trou d'entrée : 28 mm pour la mésange bleue, 32 mm pour la charbonnière.
- Orienter l'ouverture vers le sud-est, jamais plein sud ni face aux vents dominants.
- Fixer le nichoir à l'ombre de midi, à deux ou trois mètres de hauteur, hors de portée des chats.
- Choisir du bois brut non traité, sans perchoir sous l'entrée.
- Incliner légèrement le nichoir vers l'avant pour éviter l'entrée de la pluie.
- Installer avant fin février et nettoyer à l'automne, une fois les petits partis.
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