À 70 ans, elle accroche des boules de graisse dans son jardin savoyard : un matin, une mésange pend par la patte au filet vert

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Il était sept heures et quart, et le givre craquait sous les sabots de Monique quand elle a traversé la pelouse. Au-dessus du lac, le ciel restait gris acier. Elle tenait sa tasse de café des deux mains pour se réchauffer les doigts. Sous la branche basse du pommier, quelque chose de jaune et de bleu battait faiblement, la tête en bas.

Une maison au-dessus d'Annecy et des mésanges fidèles chaque hiver

Monique a soixante-dix ans et vit seule depuis six ans dans une maison de pierre, sur les hauteurs de Sevrier. Ancienne institutrice, elle a gardé l'habitude de se lever tôt et de regarder dehors avant d'allumer la radio. Son jardin descend en pente douce vers une haie de noisetiers, avec un vieux pommier au milieu. C'est là que tout se passe, chaque hiver, depuis qu'elle a pris sa retraite. Elle connaît les visiteurs par cœur et les reconnaît même à leur manière de voler.

Il y a les mésanges charbonnières, bruyantes et effrontées, qui arrivent toujours les premières. Les mésanges bleues, plus petites, attendent leur tour sur la haie avant de plonger. Un rouge-gorge solitaire fouille sous les feuilles mortes, et parfois un pic épeiche descend du bois voisin. Monique note leurs passages dans un carnet à spirale posé près de la fenêtre de la cuisine. Elle a commencé ce carnet avec son mari, Gérard, qui disait que les oiseaux valaient mieux que la télévision.

Pour elle, c'est un rituel qui donne du sens aux matins gris de novembre et de décembre. Elle prépare son café, ouvre le volet, compte les silhouettes perchées sur le pommier. Sa fille, qui habite Lyon, l'appelle souvent à cette heure-là pour prendre des nouvelles. Monique lui raconte alors qui est venu, qui s'est battu, qui a disparu depuis la veille. Sa fille sourit au téléphone, un peu amusée, mais elle sait que ces oiseaux tiennent compagnie à sa mère quand la vallée se vide.

Les premières gelées et le filet vert acheté au supermarché

Cette année, le froid est arrivé d'un coup, à la mi-novembre, avec une nuit à moins six. Monique a vu les mésanges gonflées comme des pelotes sur les branches nues. Elle s'est dit qu'il était temps, comme chaque année, de sortir les boules de graisse. Au supermarché de Seynod, elle en a pris un sac de douze, emballées chacune dans un petit filet vert. C'était pratique, pas cher, et la photo d'un oiseau joyeux sur l'étiquette achevait de la convaincre.

Elle les a suspendues comme d'habitude, avec de la ficelle de cuisine, à trois branches du pommier. Deux autres sont allées sur le rebord du cabanon, accrochées à un vieux clou rouillé. Gérard faisait pareil, et elle n'avait jamais vu de problème en des années de nourrissage. Le filet, pensait-elle, permettait aux oiseaux de s'agripper et de picorer tranquillement sans faire tomber la graisse. Elle trouvait même que c'était astucieux, puisque rien ne tombait par terre pour attirer les rats.

Le lendemain matin, le spectacle était au rendez-vous, et elle a rempli deux pages de son carnet. Des charbonnières se suspendaient la tête en bas, accrochées aux mailles, picorant à toute vitesse. Une sittelle est même venue, ce qui n'arrivait presque jamais dans son jardin. Monique a dit à sa fille au téléphone qu'elle avait l'impression de tenir un restaurant. Elle se sentait utile, et soyons honnêtes, un peu fière d'aider ces petites bêtes à passer l'hiver.

« J'ai cru qu'elle se reposait, vous savez, je suis retournée à ma vaisselle comme si de rien n'était. »

Une mésange qui reste trop longtemps au même endroit

Une semaine plus tard, en buvant son café, elle a remarqué une mésange bleue qui ne bougeait presque plus. L'oiseau était accroché sous une boule, les ailes à moitié ouvertes, et battait par moments. Monique a d'abord cru qu'il se reposait, ou qu'il défendait sa place contre les autres. Les mésanges ont de drôles de façons, elle le savait, et celle-ci lui semblait simplement têtue. Elle a tourné la page de son carnet et s'est occupée de sa vaisselle sans y penser davantage.

Mais vingt minutes après, l'oiseau était toujours là, dans la même position, la tête en bas. Les autres mésanges venaient manger à côté de lui sans s'en soucier. Monique a enfilé sa veste et ses sabots, et elle est sortie dans le givre. En approchant, elle a entendu un petit cri aigu, répété, presque mécanique. La mésange se débattait dès qu'elle tendait la main, puis retombait, épuisée, au bout de quelque chose qu'on ne voyait pas.

Elle s'est penchée, a plissé les yeux, et a compris que la patte gauche était prise dans une maille du filet. Un fil de plastique s'était enroulé autour des doigts minuscules, serré comme un garrot. Plus l'oiseau tirait, plus le nœud se resserrait autour de l'articulation. Monique a raconté plus tard qu'elle avait eu les mains qui tremblaient, et pas seulement à cause du froid. Elle n'avait jamais imaginé qu'un objet aussi banal puisse retenir un oiseau prisonnier.

Des ciseaux à ongles, un torchon et un coup de fil inquiet

Elle est rentrée en courant chercher un torchon et les petits ciseaux à ongles de la salle de bains. Elle se souvenait vaguement d'avoir entendu qu'il fallait couvrir la tête d'un oiseau pour le calmer. Revenue sous le pommier, elle a posé doucement le torchon sur la mésange, qui a cessé de crier. Puis elle a commencé à couper les mailles une à une, en évitant de toucher la patte. Le fil était fin et glissant, et ses doigts engourdis peinaient à tenir les ciseaux.

Il lui a fallu presque dix minutes pour libérer complètement l'oiseau du filet. La patte était gonflée, un des doigts pendait de travers, et la mésange respirait très vite. Monique l'a déposée dans une boîte à chaussures garnie d'un vieux pull, avec des trous dans le couvercle. Elle a posé la boîte dans le cellier, au calme, loin du poêle. Ensuite, elle a appelé sa fille, qui ne savait pas quoi lui conseiller et a cherché un numéro sur internet.

Sa fille a trouvé les coordonnées d'un centre de soins pour la faune sauvage, à une quarantaine de kilomètres. La bénévole qui a répondu a posé des questions précises sur la patte, la respiration, le comportement. Elle a demandé à Monique de ne pas donner à manger ni à boire, et d'apporter l'oiseau dans la matinée. Monique a pris sa voiture, la boîte posée sur le siège passager, en roulant doucement dans les virages. Elle répétait à voix basse qu'elle n'aurait jamais dû acheter ces boules-là.

« Ces filets, je les achetais depuis des années, je pensais même que c'était plus propre pour le jardin. »

Au centre de soins, ce que les filets font vraiment aux oiseaux

Au centre, une jeune soigneuse nommée Camille a examiné la mésange sous une lampe. Le doigt était cassé, mais la patte, elle, semblait pouvoir être sauvée avec un peu de temps. Camille a expliqué que l'oiseau avait eu de la chance d'être vu si tôt. Elle a ajouté, sans reproche, qu'elle voyait arriver ce genre de blessure chaque hiver. Des mésanges, des rouges-gorges, des pinsons, retrouvés pendus par la patte à ces petits filets de plastique.

Ce n'était ni le froid ni un chat, a-t-elle résumé, mais le filet lui-même. Les mailles sont juste à la bonne taille pour qu'une patte fine glisse dedans et reste coincée. Parfois, a raconté Camille, c'est la langue ou le bec qui s'accroche quand l'oiseau picore. Et quand la boule est vide, le filet reste souvent dans les arbres, puis finit dans les haies ou dans le sol. Monique a senti un poids dans sa poitrine en pensant aux onze autres boules chez elle.

Camille lui a conseillé de retirer tous les filets, sans exception, dès son retour. Il suffit de poser les boules nues dans une mangeoire grillagée en métal, qu'on trouve en jardinerie ou qu'on bricole. Elle lui a aussi parlé du moment pour nourrir, une chose à laquelle Monique n'avait jamais vraiment réfléchi. Selon elle, mieux valait réserver la graisse aux périodes de vrai froid, et arrêter progressivement quand le printemps revient. Les oiseaux retrouvent alors insectes et graines, ce dont ils ont besoin pour élever leurs petits.

Une mangeoire grillagée sous le pommier et un carnet qui change

De retour à Sevrier, Monique a décroché toutes les boules et coupé chaque filet avec soin. Elle a mis les morceaux de plastique dans un sac, pour qu'aucun ne traîne dans le jardin. Le surlendemain, elle a acheté deux mangeoires cylindriques en grillage métallique, pour une quinzaine d'euros chacune. Les boules nues s'y glissent facilement, et les mésanges s'y accrochent sans risque de se prendre la patte. Elle a aussi demandé au voisin de vérifier ses propres boules, ce qu'il a fait le jour même.

Trois semaines plus tard, Camille l'a rappelée pour lui annoncer que la mésange était relâchée. Elle boitait encore un peu, mais elle volait, mangeait seule, et repartait vers les bois. Monique a écrit la date dans son carnet, souligné deux fois, avec une petite croix à côté. Elle s'est demandé combien d'oiseaux s'étaient peut-être blessés chez elle les années précédentes, sans qu'elle les voie. Cette question, dit-elle, ne la quitte plus vraiment quand elle regarde le pommier.

Aujourd'hui, elle en parle à toutes ses amies du club de marche, et beaucoup ont été surprises. On connaît tous ça, ces filets verts qu'on achète sans réfléchir parce qu'ils sont partout en rayon. Monique, elle, ne nourrit plus qu'entre les premières grosses gelées et la fin des froids, vers mars. Elle nettoie les mangeoires toutes les semaines à l'eau chaude, pour éviter les maladies. Et chaque matin, avant le café, elle fait le tour du jardin pour vérifier que personne n'est resté accroché.

« Quand j'ai vu la patte toute serrée par le fil, mes mains tremblaient, et ce n'était pas le froid. »

  • Retirer et couper tous les filets en plastique autour des boules de graisse, puis les jeter.
  • Placer les boules nues dans une mangeoire cylindrique en grillage métallique.
  • Nourrir seulement pendant les périodes de froid, puis arrêter progressivement au printemps.
  • Nettoyer les mangeoires chaque semaine à l'eau chaude pour limiter les maladies.
  • Face à un oiseau blessé, le couvrir d'un tissu, ne rien lui donner et appeler un centre de soins.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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