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Il était sept heures et demie, un mardi de novembre, et la chaudière à fioul du voisin ronronnait de l'autre côté de la haie. Dans le cellier de sa maison de Riedisheim, Gérard, 64 ans, tenait une lampe torche entre ses dents. Il tournait doucement la molette grise du ballon d'eau chaude, cran par cran, jusqu'au chiffre 45. Un petit déclic, puis le silence.
Une maison de Riedisheim où chaque kilowattheure finit par compter
Gérard a été technicien de maintenance chez un constructeur automobile de la région pendant trente-deux ans. Il connaît les machines, les courroies, les huiles et les bruits qui annoncent une panne. Depuis sa retraite, il vit avec Martine dans une maison mitoyenne des années soixante-dix, à quelques minutes de Mulhouse. Leurs deux filles sont parties depuis longtemps, l'une à Strasbourg, l'autre à Lyon, et la maison paraît parfois trop grande. Le ballon électrique de 200 litres trône dans le cellier, à côté du congélateur et des bocaux de quetsches.
Chaque mois, Gérard note les relevés du compteur dans un petit carnet à spirale posé sur le frigo. Il compare les colonnes, entoure les hausses au stylo rouge et commente à voix haute pendant le café. Martine sourit, parce qu'elle sait que c'est sa façon de garder la main sur quelque chose. Depuis que les prix de l'électricité ont grimpé, le carnet a pris une place nouvelle dans la cuisine. On connaît tous ça, cette petite angoisse en ouvrant la facture et en cherchant ce qu'on pourrait encore couper.
Le couple n'a rien de dépensier. Les volets sont fermés dès la tombée du jour, le chauffage reste à dix-neuf degrés et les lampes sont toutes passées aux LED. Gérard a même isolé lui-même les combles l'été dernier, en sueur sous les tuiles, avec un masque et des gants. Il est fier de ces petits chantiers, qu'il raconte volontiers aux voisins par-dessus la clôture. Le ballon, lui, n'avait jamais vraiment attiré son attention. Il chauffait, il fonctionnait, il faisait partie du décor depuis l'installation, une douzaine d'années plus tôt.
Un article lu au café et une molette tournée sans hésiter
Tout a commencé un matin d'octobre, au café du village, où Gérard retrouve chaque semaine deux anciens collègues. L'un d'eux, Bernard, racontait qu'il avait baissé son chauffe-eau et gagné, disait-il, une vingtaine d'euros par mois. Il montrait des chiffres sur son téléphone, l'air satisfait, en tapotant l'écran avec son index. Gérard écoutait, l'esprit déjà dans son cellier. L'idée lui semblait d'une logique imparable : moins chauffer l'eau, c'était forcément consommer moins, comme on baisse le thermostat du salon.
De retour à la maison, il a fait ses calculs sur un coin de table. Ils ne prenaient presque jamais de bain, se douchaient vite et faisaient tourner le lave-vaisselle en mode éco. Pourquoi garder de l'eau à soixante degrés, alors qu'on la mélange ensuite avec de l'eau froide pour ne pas se brûler. Martine a hésité, elle trouvait l'eau déjà juste certains soirs d'hiver. Mais Gérard a promis de surveiller, et il a réglé la molette sur 45, le lendemain matin, lampe torche entre les dents.
Pendant les premières semaines, rien n'a changé dans la vie de la maison. Les douches restaient agréables, un peu moins chaudes peut-être, mais rien de gênant. Dans le carnet à spirale, la courbe a légèrement fléchi, et Gérard a entouré le chiffre en vert pour la première fois. Il l'a montré à Martine avec un plaisir presque enfantin, puis à Bernard la semaine suivante. Pour lui, l'affaire était réglée, une économie de plus, discrète et sans effort, comme il les aime.
« Je pensais faire le malin avec mon carnet, et j'avais juste fabriqué une petite mare au fond du cellier. »
Une odeur légère sous la douche que personne ne veut nommer
Vers la fin de l'hiver, Martine a remarqué quelque chose sous la douche, un matin de février. L'eau sentait vaguement le renfermé, une odeur fade qu'elle n'arrivait pas à décrire. Elle en a parlé au petit-déjeuner, presque en passant, entre deux tartines de confiture de mirabelles. Gérard a reniflé le robinet de la cuisine, n'a rien senti et a haussé les épaules. Il a pensé aux canalisations anciennes, ou à un traitement de la commune, quelque chose d'extérieur qui passerait tout seul.
Quelques jours plus tard, il a vu un léger dépôt brunâtre dans le fond du lavabo de la salle de bains. Il a frotté avec une éponge, a rincé, puis a oublié. La pomme de douche, elle, semblait s'entartrer plus vite qu'avant, avec de petites traces sombres aux orifices. Soyons honnêtes, personne n'aime chercher des problèmes dans une installation qui marche. Gérard avait réglé la molette lui-même, il n'avait aucune raison d'y repenser, puisque les factures lui donnaient raison.
Martine, elle, continuait de trouver l'odeur gênante, surtout le matin, quand l'eau avait stagné toute la nuit. Elle laissait couler un moment avant d'entrer sous la douche, par réflexe, en regardant la vapeur monter faiblement. C'est moi qui deviens difficile, je crois, a-t-elle dit un soir en riant un peu. Gérard a acquiescé sans y penser davantage. Le ballon devait de toute façon recevoir sa visite d'entretien au printemps, comme tous les deux ans, et il comptait poser la question à ce moment-là.
Le jour où le plombier ouvre le cellier et fronce les sourcils
Le plombier est arrivé un jeudi d'avril, vers neuf heures, avec une caisse à outils orange et un thermos de café. Il s'appelle Yannick, il a une quarantaine d'années et entretient la moitié des ballons du quartier. Il a coupé le courant, vérifié le groupe de sécurité, puis s'est penché sur le thermostat. Gérard, debout derrière lui, attendait le compliment sur son installation bien tenue. Au lieu de ça, Yannick a tapoté la molette du doigt et s'est retourné, le visage soudain sérieux.
Vous l'avez mis à 45 depuis combien de temps, a-t-il demandé d'une voix calme. Gérard a répondu fièrement, six mois à peu près, et a parlé de son carnet et de ses économies. Yannick a hoché la tête sans sourire, puis il a vidangé une partie de la cuve dans un seau blanc. L'eau est sortie trouble, avec des particules en suspension et cette fameuse odeur fade que Martine décrivait depuis février. Gérard s'est tu, les bras croisés, en regardant le seau se remplir lentement.
Le plombier a nettoyé l'anode, retiré un dépôt calcaire épais au fond de la cuve et fait quelques photos avec son téléphone. Il travaillait sans commentaire, avec des gestes précis, pendant que Martine apportait un café. Gérard, lui, sentait monter une gêne qu'il ne connaissait pas bien. Il avait toujours été celui qui comprenait les machines, celui qu'on appelait quand quelque chose coinçait. Là, devant ce seau trouble, il comprenait surtout qu'il était passé à côté de quelque chose d'important.
« Moi, je ne fais peur à personne, mais je demande toujours de remonter à 55 minimum. »
Ce n'était pas l'économie qui posait problème, mais la température
Yannick a fini par s'asseoir sur une caisse de bouteilles vides pour expliquer. Sous 55 degrés environ, a-t-il dit, l'eau d'un ballon devient un milieu où certaines bactéries peuvent se développer, notamment les légionelles. Elles aiment l'eau tiède qui stagne, surtout au fond de la cuve, là où le calcaire et les dépôts s'accumulent. Le risque, selon lui, vient surtout des gouttelettes respirées sous la douche. Moi, je ne fais peur à personne, mais je demande toujours de remonter à 55 minimum, a-t-il ajouté.
Gérard a voulu savoir si sa famille avait couru un danger réel. Yannick est resté prudent : il n'était pas médecin, il ne pouvait pas le dire, mais l'odeur et l'aspect de l'eau ne lui plaisaient pas. Il a conseillé de remonter le thermostat entre 55 et 60 degrés, puis de laisser couler tous les robinets chauds quelques minutes une fois la cuve à température. Si l'un d'eux avait de la fièvre ou toussait, a-t-il précisé, mieux valait en parler à un médecin sans attendre.
Ce qui a le plus frappé Gérard, c'est que l'économie elle-même n'était pas si grande. Quelques euros par mois, à peine, pour un réglage qui transformait le ballon en bouillon tiède. Je pensais faire le malin avec mon carnet, et j'avais juste fabriqué une petite mare au fond du cellier, a-t-il confié plus tard à Bernard. Yannick a tourné la molette sur 58 devant lui, sans rien dire de plus. Puis il a rebranché le courant, et le ballon a recommencé son ronronnement familier.
D'autres façons d'économiser, sans laisser l'eau tiède dormir dans la cuve
Avant de partir, Yannick a pris le temps de parler des vraies pistes d'économie. Le plus simple, selon lui, c'est de faire chauffer le ballon uniquement pendant les heures creuses, la nuit, quand le kilowattheure coûte moins cher. Beaucoup de contrats le permettent, encore faut-il vérifier que le contacteur est bien réglé. Il a aussi conseillé d'installer un mitigeur thermostatique sur la douche. L'eau sort du ballon à bonne température, mais on la reçoit à trente-huit degrés, sans risque de brûlure ni gaspillage.
Gérard a pris des notes dans son carnet, cette fois sur une page vierge, en écrivant lentement. Isoler les tuyaux d'eau chaude qui traversent le cellier, détartrer régulièrement, couper le ballon en cas d'absence longue puis le remonter en température au retour. Martine a demandé combien coûtait un mitigeur, et Yannick a parlé d'une somme raisonnable, posée en une heure. Je préfère payer un mitigeur que me demander chaque matin ce qui sort de la pomme de douche, a-t-elle dit simplement.
Deux mois plus tard, l'odeur a disparu et le dépôt brunâtre ne revient plus dans le lavabo. La facture a légèrement remonté, puis elle s'est stabilisée grâce au passage en heures creuses, vérifié par un électricien. Gérard a raconté l'histoire au café, un peu penaud, et Bernard est rentré chez lui tourner sa molette dans l'autre sens. Dans le cellier, une étiquette écrite au feutre est maintenant collée sur le ballon : ne jamais descendre sous 55. Gérard la regarde chaque fois qu'il va chercher un bocal de quetsches.
« C'est moi qui deviens difficile, je crois, l'eau sent un peu le renfermé le matin. »
- Régler le thermostat du ballon entre 55 et 60 °C, jamais en dessous de 55 °C.
- Programmer la chauffe en heures creuses et vérifier que le contacteur fonctionne bien.
- Installer un mitigeur thermostatique sur la douche pour limiter la température au robinet.
- Isoler les tuyaux d'eau chaude qui traversent les pièces non chauffées.
- Faire entretenir et détartrer le ballon tous les deux ans environ par un professionnel.
- Après une longue absence, remonter la cuve en température et laisser couler les robinets chauds.
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