Il tourne ses robinets thermostatiques sur 5 en rentrant à Besançon : la pièce ne chauffe pas plus vite, la facture de gaz grimpe de 180 euros

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Il est dix-huit heures quarante, rue Battant, et la porte de l'appartement claque dans un courant d'air glacé. Julien, 41 ans, pose son sac de chantier sur le carrelage, garde son bonnet et traverse le salon sans allumer. Il se penche vers le radiateur sous la fenêtre, attrape la petite molette blanche et la tourne jusqu'au bout. Un léger cliquetis, puis le tuyau commence à siffler.

Un appartement ancien, une chaudière fidèle et des soirs d'hiver

Julien habite ce trois-pièces de la Boucle depuis six ans, avec sa compagne Nadia et leur fille Inès, qui a neuf ans. Les murs sont épais, en pierre de Chailluz, les plafonds hauts comme on les faisait au dix-neuvième siècle. La chaudière à gaz murale ronronne dans un placard de la cuisine, entretenue chaque automne par le même artisan. Elle n'a jamais posé de problème, et Julien lui fait une confiance presque affectueuse, comme à une vieille voiture qui démarre toujours.

Le matin, toute la famille part tôt. Julien est conducteur de travaux sur un chantier à Planoise, Nadia travaille à l'hôpital Jean-Minjoz, Inès file à l'école à pied avec une voisine. Pendant la journée, l'appartement reste vide et les radiateurs tournent au ralenti, réglés bas pour ne pas chauffer des pièces désertes. C'est une habitude prise dès la première année, quand la première facture de gaz avait fait sursauter tout le monde autour de la table.

Chaque radiateur porte une tête thermostatique, cette molette graduée de l'étoile jusqu'à 5 que l'ancien propriétaire avait fait poser. Julien ne s'en est jamais vraiment occupé, sinon pour la tourner un peu quand il avait froid. Le confort lui semblait simple à gérer : un peu plus si l'on grelotte, un peu moins si l'on étouffe. Il n'aurait jamais imaginé que ce petit geste, répété chaque soir, allait devenir une affaire de famille et de comptes.

Le réflexe du soir, pris pour gagner un peu de temps

L'hiver dernier, Besançon a connu une série de nuits à moins huit, avec ce vent du nord qui descend des plateaux et s'infiltre sous les portes. En rentrant, Julien trouvait le salon à seize degrés, parfois moins, et Inès faisait ses devoirs emmitouflée dans un plaid. Il a donc pris une décision qui lui paraissait de bon sens. Dès qu'il franchit la porte, il tourne toutes les molettes sur 5, pour que la chaleur revienne le plus vite possible.

Dans sa tête, c'était comme un robinet d'eau. Plus on ouvre, plus ça coule vite, et plus vite la baignoire se remplit. Il se disait qu'en ouvrant au maximum, le radiateur enverrait davantage d'eau chaude et rattraperait le froid accumulé pendant la journée. Ensuite, pensait-il, il suffirait de redescendre quand la pièce serait agréable. Sauf que, soyons honnêtes, une fois installé devant le dîner, plus personne ne pensait à redescendre quoi que ce soit.

Nadia, elle, n'était pas tout à fait convaincue. Elle trouvait parfois l'air sec, le soir, et se réveillait la gorge irritée. Mais Julien avait son argument tout prêt. Je veux juste que la petite n'ait pas froid en rentrant, c'est tout, répondait-il en haussant les épaules. Personne n'avait envie de se disputer pour quelques degrés. Le geste est donc devenu un rituel, aussi automatique que d'enlever ses chaussures ou de brancher son téléphone sur le chargeur de l'entrée.

« Je voulais juste que la petite n'ait pas froid en rentrant, je pensais vraiment gagner du temps. »

Une chaleur étouffante à minuit, et personne pour s'en étonner

Le premier signe est venu d'Inès, un soir de janvier. Elle s'est plainte de ne pas arriver à dormir, les joues rouges, la couette repoussée au pied du lit. Sa chambre donnait sur la cour, et le radiateur, lui aussi sur 5, chauffait encore à pleine puissance vers onze heures. Julien a ouvert la fenêtre quelques minutes, a mis ça sur le compte d'un petit rhume, et n'y a plus pensé jusqu'au lendemain matin.

Puis il y a eu le thermomètre de la cuisine, un vieux modèle à aiguille offert par la grand-mère de Nadia. Un soir, en se servant un verre d'eau, Julien a remarqué qu'il indiquait vingt-sept degrés. Il a cru que l'objet était déréglé, posé trop près du four encore tiède. C'est le genre de détail qu'on voit sans le regarder, qu'on note vaguement et qu'on range aussitôt dans la catégorie des choses sans importance.

Il y avait pourtant d'autres indices. Les plantes du rebord de fenêtre jaunissaient, le bois de la bibliothèque craquait la nuit, et Nadia laissait de plus en plus souvent la porte-fenêtre entrebâillée. On connaît tous ça, chauffer et aérer en même temps, sans voir la contradiction. Julien, lui, trouvait simplement que l'appartement était enfin confortable. Il ne faisait pas le lien entre ses molettes poussées à fond et cette chaleur lourde qui s'installait chaque soir après le dîner.

La facture de février tombe, et les suppositions s'enchaînent

Le courrier du fournisseur est arrivé un samedi matin, glissé sous la porte avec une publicité de pizzeria. La régularisation affichait cent quatre-vingts euros de plus que l'hiver précédent, pour une consommation de gaz nettement supérieure. Julien a relu la feuille trois fois, debout dans l'entrée, persuadé d'une erreur de relevé. Il a sorti les anciennes factures d'un classeur, comparé les chiffres ligne par ligne, et constaté que l'écart était bien réel, mois après mois.

Sa première idée a été la chaudière. Il a appelé l'artisan, qui est passé la semaine suivante, a vérifié le brûleur, la pression, le vase d'expansion. Tout fonctionne parfaitement, votre chaudière n'a rien, a-t-il conclu en rangeant ses outils. Julien a ensuite soupçonné les fenêtres, puis une fuite dans le circuit. Il a même passé un dimanche entier à poser des boudins de porte et à calfeutrer la baie du salon avec du joint en mousse.

Nadia a suggéré de regarder le prix du gaz, qui avait bougé. C'était en partie vrai, mais cela ne suffisait pas à expliquer une telle différence de consommation. Le couple tournait en rond, chacun avec sa théorie, et les discussions du soir devenaient tendues. J'ai l'impression qu'on chauffe la rue, a lâché Julien un soir, agacé. Personne ne pensait aux petites molettes blanches, pourtant tournées sur 5 chaque soir, sous leurs yeux, depuis le début de l'hiver.

« Le thermomètre de la cuisine disait vingt-sept degrés, et moi j'ai cru qu'il était cassé. »

Le voisin du dessous explique à quoi sert vraiment la molette

La réponse est venue de Gérard, 68 ans, le voisin du rez-de-chaussée, ancien chauffagiste à la retraite. Il était monté rendre une perceuse et s'est arrêté net dans le salon, en sentant la chaleur. Il a regardé le radiateur, puis la molette sur 5, et il a souri. Vous savez que ce chiffre, ce n'est pas une vitesse, a-t-il demandé à Julien. Celui-ci a avoué qu'il pensait exactement le contraire depuis des mois.

Gérard a pris le temps d'expliquer. Une tête thermostatique ne règle pas la rapidité avec laquelle le radiateur chauffe, mais la température à laquelle il doit s'arrêter. À l'intérieur, un petit élément sensible à la chaleur se dilate et referme peu à peu la vanne quand la pièce atteint la consigne. Tant que la température est en dessous, le radiateur chauffe à fond, que la molette soit sur 3 ou sur 5. Le démarrage est donc exactement le même.

La différence se joue après. Sur 3, la plupart des modèles coupent autour de vingt degrés, ce qui suffit largement pour un salon. Sur 5, ils laissent monter jusqu'à environ vingt-huit degrés, et la chaudière continue de travailler pendant des heures pour rien. Mettre sur 5, c'est comme demander au radiateur de ne jamais s'arrêter, a résumé Gérard. Julien est resté silencieux un moment, en repensant au thermomètre de la cuisine qu'il avait cru déréglé.

Revenir sur 3, et regarder enfin ce qui chauffe chez soi

Dès le lendemain, Julien a changé ses habitudes. Il laisse désormais les molettes sur 3 dans le salon, un peu moins dans les chambres, et ne touche plus à rien en rentrant. Il a constaté, un peu surpris, que le salon remonte à vingt degrés dans le même délai qu'avant. La seule différence, c'est que la chaleur se stabilise au lieu de grimper, et qu'Inès dort de nouveau la fenêtre fermée, sans se plaindre.

Pour la facture, il faudra attendre l'hiver suivant pour mesurer vraiment l'effet. Dans son cas, Julien a lu le compteur chaque semaine et voit déjà sa consommation baisser nettement. Il a appris au passage qu'on évoque souvent environ sept pour cent d'économie par degré en moins, un chiffre qui, chez lui, lui a paru crédible. Je me sens un peu bête, mais au moins maintenant je sais, dit-il en riant, la molette entre les doigts.

Nadia, elle, a fait le tour des radiateurs avec une lampe de poche. Certains étaient cachés derrière un canapé ou un rideau épais, ce qui faussait la mesure de la tête thermostatique. Ils ont déplacé les meubles, dégagé les molettes et purgé deux radiateurs qui gargouillaient. Gérard est repassé vérifier, satisfait. Pour Julien, l'histoire tient en une phrase qu'il répète désormais à ses collègues de chantier : la molette choisit l'arrivée, pas la vitesse du trajet.

« Mettre sur 5, c'est comme demander au radiateur de ne jamais s'arrêter, il chauffe pareil au début. »

  • Sur une tête thermostatique, le chiffre fixe une température cible, pas une vitesse de chauffe.
  • La position 3 correspond le plus souvent à une vingtaine de degrés, la position 5 à environ 28 °C.
  • Posez un thermomètre simple dans la pièce pour vérifier la température réelle le soir.
  • Dégagez les têtes thermostatiques des rideaux, meubles et cache-radiateurs qui faussent la mesure.
  • Baissez d'un cran dans les chambres et les pièces peu occupées plutôt que de tout couper.
  • Purgez les radiateurs qui gargouillent ou restent froids en haut avant l'hiver.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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