Il trouve une chauve-souris accrochée au rideau de son salon en Dordogne : son voisin naturaliste lui attrape le poignet avant qu’il ne la touche

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Le poêle à bois claquait doucement, la télévision murmurait un match que personne ne regardait vraiment. Il était un peu plus de vingt et une heures, ce jeudi d'octobre, quand Gilles a senti un souffle passer au ras de ses cheveux. Une ombre a filé sous le plafonnier, tourné deux fois au-dessus du canapé, puis s'est collée au rideau, immobile, minuscule.

Une longère tranquille au bord de la Vézère, depuis vingt ans

Gilles a soixante et un ans et il connaît chaque poutre de sa longère, achetée avec Martine au début des années deux mille. La maison se trouve à la sortie d'un village de Dordogne, entre un bois de châtaigniers et une prairie qui descend vers la Vézère. Le soir, on entend les chouettes, parfois un chevreuil qui aboie au loin. Ancien électricien, il a refait lui-même l'installation, posé les volets, isolé les combles. Rien ne bouge ici sans qu'il le sache, du moins c'est ce qu'il croyait jusqu'à ce jeudi soir.

Les habitudes du couple sont réglées comme une horloge, et c'est précisément ce qui les rassure depuis toutes ces années. Martine monte se coucher vers vingt et une heures trente avec un livre, Gilles reste en bas devant le poêle. En octobre, les journées sont encore douces dans le Périgord, alors la porte-fenêtre du salon reste entrouverte jusqu'au soir. On aère, on profite de l'odeur des feuilles mouillées, on laisse sortir la chaleur un peu trop forte du poêle qu'on vient de rallumer.

Juste à côté, derrière la haie de noisetiers, vit Bernard, soixante-huit ans, ancien professeur de sciences naturelles. Il passe ses étés à compter les oiseaux pour une association et ses hivers à classer des photos d'insectes. Les deux hommes se rendent des services depuis longtemps, une tronçonneuse prêtée, un panier de noix contre un pot de miel. Gilles le trouve parfois un peu bavard sur les bêtes, soyons honnêtes, mais il l'aime bien. Ce soir-là, Bernard rentrait justement de promener son chien sur le chemin.

La porte-fenêtre entrouverte et la lampe allumée face au jardin

Laisser cette porte-fenêtre ouverte, Gilles le fait depuis des années sans jamais y penser une seconde. Le poêle chauffe vite, le salon devient étouffant, et l'air frais de la prairie rééquilibre tout en quelques minutes. Martine aime bien aussi, elle dit que ça sent la campagne. Les moustiques sont rares à cette saison, les mouches commencent à disparaître, alors pourquoi s'en priver. La lampe sur pied, juste à côté, éclaire la terrasse comme un phare, et c'est là que tout s'est joué sans qu'il le sache.

Ce soir-là, il avait même tiré le rideau à moitié pour voir le jardin pendant la mi-temps. La lumière jaune débordait sur les dalles de la terrasse et attirait quelques papillons de nuit tardifs, ceux qui volent encore quand il fait doux. Gilles ne les voyait même plus, à force. On connaît tous ça, ces petits détails d'une maison auxquels on ne prête plus aucune attention. Pour un chasseur nocturne qui cherche ses proies, en revanche, cette lumière ressemblait à un buffet servi juste devant l'entrée.

Gilles s'est levé pour remettre une bûche, puis il est allé chercher un verre d'eau à la cuisine. Il est revenu, s'est rassis, a regardé l'horloge en se disant qu'il fermerait tout après le match. Une décision banale, prise pour de bonnes raisons, que des milliers de gens prennent chaque soir d'automne. Il n'avait aucune idée qu'une petite bête, née quelques mois plus tôt dans un grenier du village, était en train de tourner autour de sa terrasse, intriguée par cette ouverture lumineuse dans le mur.

« J'avais la main à deux centimètres, je me disais qu'un geste rapide et c'était réglé. »

Un froissement au plafond qu'il prend d'abord pour un papillon

Le premier passage, Gilles l'a à peine remarqué, juste un mouvement sombre à la limite de son regard. Il a pensé à un gros papillon de nuit, de ceux qui se cognent aux abat-jour en faisant un bruit de papier. Il a haussé les épaules et reporté son attention sur le match. Mais la forme est repassée, plus vite, en traçant des virages trop nets pour un insecte. Elle frôlait les murs, remontait vers les poutres, redescendait vers la lampe, sans jamais toucher quoi que ce soit.

Au troisième tour, il a compris que ce n'était pas un papillon du tout. Le vol était silencieux, précis, presque nerveux, avec des ailes qui paraissaient plus grandes que le corps. Il s'est levé d'un bond, la télécommande à la main, comme s'il allait s'en servir pour se défendre. La bête a encore filé deux fois au-dessus du canapé, puis elle a disparu derrière le rideau. Quand il l'a retrouvée, elle pendait tête en bas sur le tissu beige, à hauteur de ses yeux.

Elle tenait dans le creux d'une main, avec un pelage brun et des oreilles minuscules. Ses ailes repliées ressemblaient à un petit parapluie froissé, et son museau bougeait par moments. Gilles l'a regardée longtemps sans savoir quoi penser. Il a d'abord eu envie de rire, puis une légère inquiétude lui est venue. Il avait entendu des histoires sur les chauves-souris, des maladies, des cheveux emmêlés, des choses de grand-mère. Je me suis dit qu'elle était peut-être malade pour se retrouver là, a-t-il raconté plus tard à Martine.

Le torchon à la main, il s'approche du rideau pour l'attraper

Sa première idée a été de monter réveiller Martine, puis il s'est ravisé, elle détesterait voir ça. Il a pensé au balai, mais il avait peur de blesser l'animal ou de le faire voler partout dans la maison. Alors il a choisi la solution qui lui paraissait la plus simple, la plus douce aussi. L'attraper à la main, délicatement, et la reposer dehors sur la terrasse. Il est allé chercher un torchon de cuisine, puis s'est dit que ce serait plus précis à mains nues, finalement.

Il a approché lentement sa main droite, les doigts écartés, retenant son souffle comme devant un oiseau blessé. La chauve-souris a ouvert la bouche, montré de toutes petites dents, et poussé un cri aigu à peine audible. Gilles a hésité, puis s'est penché encore un peu, persuadé qu'un geste ferme et rapide suffirait. Au même moment, le chien de Bernard a aboyé sur le chemin, juste derrière la haie. Gilles a tourné la tête vers la porte-fenêtre ouverte et aperçu la lampe frontale de son voisin.

Sans réfléchir, il l'a appelé, à voix basse d'abord, puis plus fort. Bernard, viens voir, j'ai un drôle de visiteur dans le salon. Le voisin a traversé la haie par le petit passage habituel, son chien sur les talons. Il est entré, a jeté un œil vers le rideau et vu la main de Gilles tendue à quelques centimètres de l'animal. Sa réaction a été immédiate. Il a attrapé le poignet de Gilles, sans brutalité mais très fermement, et l'a ramené en arrière. Surtout pas comme ça, a-t-il dit.

« Surtout pas comme ça, tu éteins, tu ouvres grand, et tu la laisses se débrouiller. »

Ce n'était ni une malade ni une colonie cachée sous le toit

Bernard s'est approché à son tour, sans toucher, en éclairant le rideau de côté pour ne pas l'éblouir. Il a souri presque tout de suite. D'après lui, c'était sans doute une pipistrelle, l'espèce la plus répandue dans le coin, et probablement une jeune de l'année. Il a expliqué qu'en automne, les petites nées au début de l'été apprennent à se débrouiller seules. Elles explorent, cherchent des abris pour l'hiver, suivent les insectes attirés par la lumière, et se trompent souvent d'ouverture.

Gilles a demandé si elle était malade, si elle venait d'un nid caché dans son grenier. Bernard a secoué la tête. Pour lui, rien n'indiquait ça : une bête égarée, rien de plus, qui ne cherchait qu'à ressortir. Il a surtout insisté sur un point qui a beaucoup surpris son voisin. En France, toutes les chauves-souris sont des espèces protégées par la loi, et on n'a pas à les manipuler, encore moins à mains nues. Elles peuvent mordre quand elles ont peur, et ce contact direct est à éviter.

Puis il a dit la chose la plus simple du monde, celle à laquelle Gilles n'avait pas pensé une seconde. Éteins la lumière et ouvre grand. Gilles a coupé le plafonnier et la lampe sur pied, tandis que Bernard poussait la porte-fenêtre en grand. Ils se sont reculés dans la cuisine, sans bruit. Le chien lui-même s'est tu. Au bout de quelques minutes, ils ont entendu un léger froissement de tissu. Quand Gilles a rallumé, le rideau était vide et la terrasse, dehors, parfaitement calme.

Depuis ce soir-là, Gilles ferme la lampe avant la fenêtre

Le lendemain matin, Gilles a tout raconté à Martine au petit-déjeuner, un peu gêné d'avoir failli faire une bêtise. Elle a ri, puis elle a voulu savoir si la bête reviendrait. Bernard est passé dans la journée avec un livre d'identification et quelques conseils. Pour lui, l'épisode n'avait rien d'exceptionnel : chaque automne, il reçoit des appels de gens du village pour la même raison. Gilles a retenu une phrase de son voisin, qu'il répète depuis à qui veut l'entendre au marché du samedi.

Il n'a rien dépensé, rien abîmé, et la chauve-souris est repartie indemne vers ses insectes. Mais il a changé une petite habitude, presque rien. Désormais, quand il ouvre la porte-fenêtre le soir, il éteint d'abord la lampe tournée vers le jardin, ou il descend la moustiquaire qu'il avait rangée au garage. Il a aussi noté le numéro du réseau local de protection des chauves-souris, que Bernard lui a donné, au cas où une bête paraîtrait blessée ou resterait coincée plusieurs heures.

Ce qui l'a le plus marqué, c'est l'écart entre ce qu'il croyait et ce qui s'est passé vraiment. Il pensait devoir agir vite, attraper, chasser, et il suffisait au contraire de ne rien faire, ou presque. Une lumière éteinte, une fenêtre grande ouverte, quelques minutes de patience dans la cuisine. Martine dit maintenant qu'elle aimerait bien installer un gîte à chauves-souris contre le mur de la grange. Gilles hésite encore, mais il a déjà repéré l'endroit, juste sous l'avancée du toit, face à la prairie.

« En octobre, ce sont des jeunes qui apprennent, elles se trompent de porte, c'est tout. »

  • Éteindre toutes les lumières de la pièce, surtout celles tournées vers l'extérieur.
  • Ouvrir la fenêtre en grand et quitter la pièce quelques minutes, en silence.
  • Ne jamais toucher une chauve-souris à mains nues : ce sont des espèces protégées.
  • En cas de bête blessée ou coincée, mettre des gants épais et contacter une association spécialisée.
  • En automne, éteindre les lampes près des ouvertures le soir ou poser une moustiquaire.
  • Garder chats et chiens à l'écart le temps que l'animal ressorte.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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