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Il était un peu plus de huit heures, et la pluie de septembre frappait les vitres du petit studio de la rue Jacquard. Monique tenait un carton de vaisselle oublié par son locataire, le radiateur électrique cliquetait en refroidissant. Dans sa poche, son téléphone vibra deux fois. C'était l'agence, et la voix au bout du fil semblait embarrassée.
Un studio sous les toits, loué sans histoire depuis vingt ans
Monique a 67 ans, elle a enseigné le français dans un collège de Saint-Étienne pendant presque quarante ans. En 2004, avec un petit héritage de sa tante, elle a acheté ce studio de vingt-quatre mètres carrés au quatrième étage. L'immeuble date des années trente, l'escalier sent la cire et le bois humide. Elle n'y a jamais habité, mais elle connaît chaque recoin, chaque prise mal fixée, chaque latte qui grince près de la fenêtre.
Depuis vingt ans, le studio se loue tout seul, ou presque. Des étudiants surtout, parfois un jeune infirmier en poste au CHU, une fois un retraité qui voulait se rapprocher de sa fille. Le loyer tourne autour de trois cent quatre-vingts euros, charges comprises. Pour Monique, c'est un complément de retraite modeste, mais régulier, qui paie la taxe foncière, les vacances en Ardèche et les cadeaux des petits-enfants à Noël.
Son dernier locataire, Théo, est arrivé en 2022 pour ses études d'ingénieur. Un garçon poli, qui payait à l'heure et lui envoyait une photo quand une ampoule grillait. En juin, il lui a annoncé qu'il partait fin septembre pour un stage à Lyon. Monique n'a pas paniqué une seconde. Elle avait l'habitude des départs, et septembre, à Saint-Étienne, c'est le meilleur moment pour trouver un étudiant qui cherche un toit près du centre.
Confier la relocation à l'agence, pour ne plus courir après les dossiers
Cette fois, pourtant, Monique a décidé de changer de méthode. Les visites à répétition, les dossiers incomplets, les garants introuvables, elle n'en avait plus la force. Son genou la faisait souffrir dans les escaliers, et quatre étages sans ascenseur, c'est long quand on les monte six fois par semaine. Elle a donc poussé la porte d'une agence du cours Fauriel, celle que lui avait conseillée une ancienne collègue, satisfaite depuis des années.
La conseillère s'appelait Sandrine, une femme d'une quarantaine d'années, efficace, qui notait tout dans une tablette. Elle a expliqué qu'il faudrait refaire les diagnostics avant de publier l'annonce, parce que certains documents du dossier n'étaient plus valables. Monique a signé le mandat sans discuter. « Je préfère payer quelqu'un qui connaît les règles plutôt que de me tromper toute seule », a-t-elle dit en sortant son chéquier, presque soulagée de déléguer enfin.
Un diagnostiqueur est passé fin août, un mardi matin, pendant que Théo faisait ses cartons. Il a mesuré les pièces, photographié le chauffe-eau, ouvert le placard sous l'évier, tapoté le mur donnant sur la cour. Il est resté moins d'une heure. Monique, qui attendait sur le palier, lui a proposé un café qu'il a refusé poliment. Elle a trouvé l'homme sérieux, un peu pressé. Elle n'a pas pensé à lui demander ce qu'il voyait.
« Je préfère payer quelqu'un qui connaît les règles plutôt que de me tromper toute seule. »
Un document de douze pages, survolé un soir devant la télévision
Le rapport est arrivé par courriel une semaine plus tard, un fichier de douze pages rempli de tableaux et de pictogrammes colorés. Monique l'a ouvert un soir, sur la tablette offerte par son fils, pendant que le journal télévisé passait en fond. Elle a fait défiler les pages avec le pouce, sans vraiment lire. L'amiante, rien. Le plomb, rien. L'électricité, quelques remarques sur le tableau. Elle s'est dit que tout allait bien.
Il y avait bien, en haut d'une page, une grande étiquette avec une lettre entourée de rouge. Elle l'a remarquée, elle s'en souvient aujourd'hui, mais elle n'y a pas prêté attention. Dans son esprit, ce genre de note servait surtout à informer le locataire, comme l'étiquette d'un frigo au supermarché. Elle avait vu passer des articles sur les passoires thermiques, bien sûr, mais elle pensait que cela concernait les grandes maisons mal isolées.
Soyons honnêtes, on connaît tous ça : un document technique qui arrive au mauvais moment, qu'on range en se promettant de le relire plus tard. Monique a envoyé un message à Sandrine pour dire qu'elle avait bien reçu le rapport et qu'on pouvait lancer l'annonce. Elle a même proposé des photos prises au printemps, avec la lumière du matin sur le parquet. La réponse n'est pas venue le lendemain, ni le surlendemain, ce qui l'a un peu étonnée.
Un appel embarrassé, puis des refus en cascade
C'est ce fameux matin de pluie, dans le studio presque vide, que Sandrine l'a enfin rappelée. Sa voix hésitait. Elle a expliqué que l'agence ne pouvait pas mettre le logement en location dans son état actuel. Monique a d'abord cru à une histoire de peinture ou de moquette usée. Elle a proposé de faire rafraîchir la salle d'eau avant l'arrivée du prochain locataire. Sandrine a répondu que ce n'était pas du tout le problème.
Vexée, Monique a raccroché poliment et appelé une autre agence, place Jean-Jaurès. Même réponse, plus sèche encore, dès qu'elle a mentionné le diagnostic. Elle a alors pensé publier l'annonce elle-même sur un site entre particuliers, comme avant. C'est son fils, Laurent, qui l'en a dissuadée au téléphone le soir même. « Maman, si tu signes un bail comme ça, c'est toi qui seras en tort, pas l'agence », lui a-t-il dit, avec une patience un peu lasse.
Pendant ce temps, les jours filaient. Théo avait rendu les clés le 30 septembre, après un état des lieux impeccable, et le studio restait vide. Monique voyait déjà octobre passer sans loyer, puis novembre. Elle se réveillait la nuit en faisant des calculs sur le dos d'une enveloppe. Elle a fini par retourner à l'agence du cours Fauriel, le rapport imprimé sous le bras, décidée à comprendre ligne par ligne ce qui bloquait vraiment.
« J'ai cru que mon studio était correct parce que personne ne râlait, mais le froid, lui, il était bien là. »
La lettre entourée de rouge était un G, et elle change tout
Sandrine l'a fait asseoir et a posé le doigt sur l'étiquette. La lettre entourée de rouge était un G, la dernière classe du diagnostic de performance énergétique. Depuis le 1er janvier 2025, a-t-elle expliqué, un logement classé G est considéré comme indécent au regard de la loi. Il ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail. Il ne peut pas non plus être renouvelé, tant que des travaux ne l'ont pas fait changer de classe.
Monique a mis un moment à comprendre comment son petit studio pouvait finir tout en bas de l'échelle. Le diagnostiqueur avait relevé les fenêtres en simple vitrage côté cour, des convecteurs électriques anciens, un ballon d'eau chaude énergivore et aucun isolant sous la toiture. Sandrine a ajouté que les petites surfaces sont souvent mal notées, parce que l'eau chaude pèse lourd rapportée à quelques mètres carrés. Rien de tout cela n'était caché, simplement personne ne l'avait mesuré ainsi.
Ce qui l'a le plus troublée, c'est que Théo avait vécu là trois hivers sans jamais se plaindre. Il portait un pull, il chauffait peu, il payait sa facture d'électricité sans rien dire. « J'ai cru que mon studio était correct parce que personne ne râlait, mais le froid, lui, il était bien là », a-t-elle soufflé à Sandrine. Le problème n'était ni administratif ni passager : c'était le logement lui-même qui ne répondait plus aux règles.
Des devis, un hiver sans loyer et un studio enfin plus chaud
Monique a passé l'automne à recevoir des artisans. Un menuisier pour les fenêtres, un plombier pour un chauffe-eau thermodynamique, un électricien pour des radiateurs à inertie, un spécialiste pour isoler les combles accessibles. Le premier total dépassait seize mille euros. Elle a demandé conseil à un espace France Rénov' de la ville, où une conseillère l'a aidée à étudier les aides possibles dans sa situation. Pour elle, cela a réduit la facture d'un peu plus d'un tiers.
Elle a puisé dans son épargne, renoncé au voyage prévu au printemps, et accepté un studio vide jusqu'en février. Elle compte presque quatre mois sans loyer, soit environ mille cinq cents euros perdus en plus des travaux. Un nouveau diagnostic, réalisé après le chantier, a classé le logement en D. « Je ne regrette pas, mais j'aurais aimé qu'on me prévienne avant, pas le jour où le locataire rend les clés », dit-elle aujourd'hui, assise près des fenêtres neuves.
Le nouveau locataire, une étudiante en kinésithérapie, est arrivée début mars. Elle a remarqué tout de suite qu'il faisait bon sans pousser le chauffage. Monique, elle, a tiré une leçon simple de cette histoire : un diagnostic se lit vraiment, du début à la fin, et bien avant le départ d'un locataire. Elle conseille désormais à ses anciennes collègues propriétaires de vérifier leur classe dès maintenant, car le calendrier se resserre ensuite pour les logements classés F, puis E.
« Pendant vingt ans, cette étiquette, je la prenais pour une formalité, comme celle qu'on colle sur un frigo. »
- Retrouver le dernier DPE du logement et vérifier sa date de validité ainsi que sa classe énergétique.
- Si le logement est classé G, savoir qu'aucun nouveau bail ni renouvellement n'est possible depuis le 1er janvier 2025.
- Faire réaliser un nouveau diagnostic plusieurs mois avant le départ prévu d'un locataire.
- Demander des devis pour les postes clés : fenêtres, isolation des combles, chauffage, eau chaude.
- Se rendre dans un espace France Rénov' pour étudier les aides adaptées à sa propre situation.
- Anticiper le calendrier qui concerne ensuite les logements classés F, puis E.
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