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Le râteau grattait la pelouse humide, un samedi de novembre, vers dix heures. Bernard, 67 ans, poussait les feuilles rousses du cerisier en petits tas, comme chaque automne. Il s'est redressé pour souffler, une main sur les reins, et il a levé les yeux. Tout en haut, entre deux branches nues, pendait une boule grise et beige, grosse comme un ballon de rugby.
Un jardin tranquille où le cerisier règne depuis trente ans
Bernard vit avec Monique dans une maison en pierre, à la sortie d'un bourg de la Sarthe. Ils l'ont achetée au début des années quatre-vingt-dix, quand leurs enfants étaient encore à l'école primaire. Le cerisier était déjà là, planté par l'ancien propriétaire, et il est devenu le centre du jardin. Chaque printemps, il se couvre de fleurs blanches, et chaque juin, les petits-enfants grimpent sur l'escabeau pour cueillir les fruits.
Bernard a été mécanicien agricole pendant quarante ans, et il aime que les choses soient à leur place. Le jardin, c'est son domaine, avec ses outils rangés dans l'abri et son carnet où il note les dates de taille. Monique s'occupe du potager, des tomates et des haricots, et elle lui laisse volontiers les arbres. Leur routine d'automne ne change jamais : feuilles ratissées, compost retourné, bois rentré sous l'appentis avant les premières gelées.
Cet été-là avait été doux et long, avec des soirées passées sur la terrasse jusqu'à la fin septembre. Les guêpes avaient été nombreuses autour des prunes tombées, mais personne n'y avait prêté vraiment attention. On connaît tous ça, ces insectes qui tournent autour de la table au moment du dessert. Bernard les chassait d'un revers de serviette, Monique posait une soucoupe de sirop un peu plus loin, et la vie continuait sans inquiétude particulière.
Le feuillage épais qu'il refusait de tailler cette année-là
Au printemps, Bernard avait hésité à faire élaguer le cerisier, devenu très haut avec les années. Un voisin lui avait conseillé un paysagiste, mais le devis l'avait fait reculer, presque quatre cents euros. Il s'était dit que l'arbre se portait bien, qu'il donnait beaucoup d'ombre à la terrasse et que la taille pouvait attendre. Monique était d'accord, elle aimait ce feuillage dense qui gardait la maison au frais pendant les après-midi de juillet.
Cette décision, prise pour de bonnes raisons, avait une conséquence que personne n'avait imaginée. Le sommet de l'arbre, à près de dix mètres, était devenu une forêt de branches serrées, invisible depuis le sol. Pendant tout l'été, les frelons ont pu y construire leur abri sans jamais être dérangés. Ni Bernard ni Monique ne levaient la tête aussi haut, occupés à leurs légumes, à leurs fruits et à leurs petits-enfants en vacances.
Bernard le reconnaît aujourd'hui sans honte, il n'avait jamais vu de frelon asiatique de près. Il en avait entendu parler à la télévision, il savait vaguement qu'ils s'attaquaient aux abeilles. Mais pour lui, c'était un problème d'apiculteurs, pas un sujet pour un retraité avec un potager et un vieux cerisier. Il pensait aussi, comme beaucoup, que ces nids se trouvaient dans les greniers ou sous les toits, pas suspendus au bout d'une branche.
« Dix mètres de haut, une perche télescopique, et on me parle de deux cents euros minimum. »
Ces insectes sombres autour des poires qu'il avait ignorés
Fin septembre, pourtant, un détail aurait dû l'alerter. Autour des poires tombées au fond du jardin, il avait remarqué des insectes plus gros que des guêpes, plus sombres aussi. Ils avaient le corps presque noir, avec une bande orangée vers l'arrière et des pattes jaunes au bout. Il les avait regardés une minute, intrigué, puis il était rentré déjeuner. Monique lui avait dit que c'étaient sûrement des frelons ordinaires, ceux qu'on voit à la campagne depuis toujours.
Quelques jours plus tard, une voisine apicultrice, Josiane, s'était plainte devant la boulangerie. Ses ruches étaient harcelées, disait-elle, par des frelons qui faisaient du surplace devant l'entrée et attrapaient les abeilles en vol. Bernard avait écouté poliment, sans faire le lien avec ses poires. Il avait même plaisanté sur le fait que les abeilles savaient sans doute se défendre toutes seules, ce qui avait fait lever les yeux au ciel de Josiane.
Ensuite le temps a fraîchi, les pluies d'octobre sont arrivées, et les insectes ont semblé disparaître. Le cerisier a commencé à jaunir, puis à rougir, puis à perdre ses feuilles par poignées entières après chaque coup de vent. Bernard sortait son râteau tous les deux jours. C'est seulement quand la dernière couronne de feuilles est tombée, ce samedi de novembre, que la boule grise est apparue, posée là-haut comme une lanterne éteinte.
Le coup de fil aux pompiers qui ne mène nulle part
Bernard est resté longtemps planté sous l'arbre, le râteau à la main, à regarder ce nid. Il a appelé Monique, qui est sortie en chaussons et a mis sa main devant la bouche. Ils ont reculé tous les deux jusqu'à la terrasse, comme si la boule allait se détacher et leur tomber dessus. Monique a pensé aux petits-enfants, qui devaient venir pour Noël, et au portique de balançoire installé à quelques mètres du tronc.
Le réflexe de Bernard a été d'appeler les pompiers, comme on le faisait autrefois pour les guêpes. Au bout du fil, l'opérateur a été courtois mais très clair. Ils ne se déplacent plus pour les nids de frelons asiatiques, sauf danger immédiat sur la voie publique ou dans un lieu recevant du public. Pour un jardin privé, c'est au particulier de faire appel à une entreprise spécialisée. Bernard a raccroché, un peu vexé, sans trop savoir quoi faire.
Il a alors cherché dans l'annuaire, appelé deux désinsectiseurs du coin. Le premier ne pouvait venir que dans dix jours, le second annonçait une fourchette large, selon la hauteur. Bernard a résumé la situation à Monique le soir même, en coupant le pain. Il a dit, à moitié pour rire : Dix mètres de haut, une perche télescopique, et on me parle de deux cents euros minimum. Monique a répondu qu'on ne pouvait pas laisser ça au-dessus de la balançoire.
« Le vrai moment, c'était en août ou en septembre, quand il était plein, là tu peux le laisser. »
Ce que le nid gris contenait vraiment au mois de novembre
Le lendemain, Bernard est allé frapper chez Josiane, l'apicultrice, un peu penaud. Elle a regardé le nid avec ses jumelles depuis le portail, longtemps, sans rien dire. Puis elle a souri. Elle lui a expliqué qu'à cette saison, le nid était déjà presque vide. Les futures reines l'avaient quitté pour hiverner ailleurs, à l'abri, dans un tas de bois ou un creux de terre. Les ouvrières restantes mouraient avec le froid, les unes après les autres.
Josiane le lui a dit simplement, avec l'assurance de quelqu'un qui surveille ses ruches depuis des années. Selon elle, ce nid ne serait jamais réoccupé au printemps, parce que les frelons en construisent un neuf chaque année. Le détruire maintenant reviendrait à payer pour abattre une maison déjà abandonnée. Elle a ajouté : Le vrai moment, c'était en août ou en septembre, quand il était plein. Là, tu peux le laisser, les oiseaux et la pluie s'en chargeront.
Bernard a mis un moment à digérer l'information. Toute cette inquiétude, ces coups de téléphone, ce devis, pour une boule de papier mâché presque vide. Soyons honnêtes, il était à la fois soulagé et un peu ridicule. Josiane l'a rassuré : beaucoup de gens découvrent leur nid en novembre, quand les arbres se déshabillent, et appellent tous dans l'urgence. Elle a seulement conseillé de vérifier l'activité un jour de soleil, pour être tout à fait sûrs que plus rien ne bougeait.
Ce que Bernard surveille désormais autour de sa maison
Trois semaines plus tard, Bernard a observé le nid pendant tout un après-midi doux, assis sur la terrasse. Pas un frelon n'est entré ni sorti. Il a annulé le rendez-vous avec l'entreprise et économisé une somme qui aurait payé la moitié de l'élagage. Le nid a commencé à se déchirer avec les pluies de décembre, et des mésanges sont venues picorer les restes. Pour Noël, les petits-enfants ont joué sur la balançoire sans le moindre souci.
Mais Bernard a retenu la leçon pour l'année suivante. En se renseignant à la mairie, il a appris que certaines communes, ou certains départements, participent aux frais de destruction quand le nid est actif. Dans son bourg, une aide existait, sur présentation de la facture d'une entreprise référencée. Il ignorait tout cela. Il a aussi compris que les pompiers n'étaient pas la bonne porte, et que tout reposait d'abord sur le propriétaire du terrain où se trouve le nid.
Au printemps, il a enfin fait élaguer le cerisier, et il lève désormais les yeux plus souvent. Il le dit à qui veut l'entendre, au marché ou devant l'école : Si vous voyez un nid en été, appelez vite, en hiver, laissez tomber. Monique, elle, a gardé la boule grise tombée en janvier, posée sur une étagère de l'abri. Elle la montre aux petits-enfants comme une curiosité, un souvenir de l'automne où l'arbre a révélé son secret.
« J'ai appelé les pompiers comme pour les guêpes d'avant, et on m'a dit gentiment que ce n'était plus pour eux. »
- Les pompiers ne se déplacent pas pour un nid de frelons asiatiques chez un particulier, sauf danger immédiat.
- La destruction d'un nid actif est à la charge du propriétaire, via une entreprise spécialisée.
- Renseignez-vous en mairie : certaines communes ou départements prennent en charge une partie des frais.
- Un nid découvert en fin d'automne est presque vide : les futures reines l'ont quitté et il ne sera pas réoccupé.
- Le détruire en hiver ne sert à rien ; observez-le un jour de soleil pour vérifier qu'il n'y a plus d'activité.
- Surveillez vos arbres de juin à septembre, période où un nid actif doit être signalé et traité.
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