Il programme son ballon d’eau chaude à 23 heures depuis dix ans : cet été, sa facture d’électricité grimpe sans qu’il ait rien changé

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Il est 23 heures passées, la maison de Gérard est silencieuse, et dans le garage un petit clic sec résonne contre le carrelage. C'est la minuterie du ballon d'eau chaude, réglée depuis dix ans. Gérard, 64 ans, l'entend chaque soir en éteignant la lumière du couloir. Ce bruit, pour lui, c'est le son des économies bien faites, celui d'un homme qui ne gaspille rien.

Dix ans de clics réguliers dans le garage de Gérard

Gérard habite une maison des années quatre-vingt à la sortie d'un bourg de la Sarthe, avec Monique, sa femme. Ancien technicien chez un fabricant de chaudières, il aime que les choses tournent sans qu'on y pense. Le ballon électrique de deux cents litres trône dans le garage, à côté de l'établi et des bocaux de confiture. Il l'a installé lui-même en 2014, avec une minuterie mécanique à picots, achetée dans une grande surface de bricolage.

À l'époque, il avait épluché son contrat d'électricité ligne par ligne, lunettes sur le nez. Ses heures creuses tombaient la nuit, de 23 heures à 7 heures du matin, comme chez beaucoup de voisins. Il avait donc enfoncé les petits picots sur le cadran, un par quart d'heure, pour couvrir exactement cette plage. Le ballon chauffait la nuit, l'eau restait chaude toute la journée, et la facture suivait, sage et prévisible.

Chaque année, Monique classait les factures dans un classeur vert, rangé sur l'étagère du salon. Gérard les feuilletait parfois le dimanche, satisfait de voir les montants à peu près identiques d'un été à l'autre. Il racontait volontiers à ses beaux-frères qu'il fallait savoir programmer ses appareils, que l'électricité se pilotait comme une chaudière. On connaît tous ce genre de fierté tranquille, celle des petites choses qu'on a bien réglées une fois pour toutes.

Le choix de la minuterie, pris pour de très bonnes raisons

Pourquoi une minuterie plutôt qu'autre chose, lui demandait parfois son gendre, électricien de métier. Gérard avait ses raisons. Le tableau électrique de la maison était ancien, et brancher le ballon sur le contacteur heures creuses demandait de tirer un câble supplémentaire. La minuterie, elle, se clipsait en dix minutes sur le rail du tableau. Il trouvait ça plus simple, plus visible, et surtout il gardait la main sur les horaires.

Avec le contacteur, disait-il, c'est le compteur qui décide, et moi je ne vois rien. Avec ma minuterie, je sais exactement quand ça chauffe. Le gendre avait haussé les épaules, sans insister, parce que le système fonctionnait. L'eau était chaude le matin pour la douche, chaude le soir pour la vaisselle. Personne dans la famille ne voyait de raison de toucher à un montage qui ne posait aucun problème depuis des années.

Gérard avait même ajouté une petite étiquette au feutre sur la minuterie, avec écrit dessus heures creuses, 23 h – 7 h. Pour lui, cette étiquette valait garantie. Elle traduisait une règle qu'il croyait gravée dans le marbre, comme les horaires de la mairie ou de la boulangerie. Il ne lui était jamais venu à l'idée que ces heures-là puissent bouger un jour, sans que personne ne vienne toucher à son tableau électrique.

« Ce petit clic à 23 heures, pour moi, c'était le bruit des économies bien faites. »

Une facture d'août un peu plus lourde que d'habitude

Le premier signe est arrivé fin août, dans la boîte aux lettres, sous une pile de prospectus de supermarché. Monique a ouvert l'enveloppe à la table de la cuisine, en buvant son café. Le montant dépassait d'une trentaine d'euros celui de l'été précédent. Elle l'a montré à Gérard, qui a d'abord pensé aux petits-enfants, venus trois semaines en juillet, avec leurs longues douches et leurs machines de linge à rallonge.

C'est vrai que la maison avait été pleine, et que la piscine gonflable avait tourné avec sa petite pompe. Gérard a classé la facture dans le classeur vert, en se promettant de surveiller la suivante. Soyons honnêtes, personne ne s'alarme pour trente euros quand il y a eu du monde à la maison. Il a même plaisanté en disant que les vacances des petits coûtaient moins cher qu'un séjour à la mer.

Pourtant, un détail le chiffonnait sans qu'il sache le nommer. Sur la facture, la répartition entre heures pleines et heures creuses avait changé. La part des heures creuses avait nettement baissé, alors que son ballon, le plus gros consommateur de la maison, chauffait toujours la nuit. Il a regardé la ligne deux fois, puis a refermé le classeur. Il se disait que le fournisseur avait sans doute modifié la présentation, comme ça arrive parfois.

Septembre arrive, et la maison vide ne change rien

En septembre, les petits-enfants étaient repartis depuis longtemps, la piscine pliée au fond de l'abri de jardin. Gérard a relevé lui-même son compteur sur l'application de son fournisseur, un soir, sur la tablette que sa fille lui avait offerte. Les chiffres ne baissaient pas comme ils auraient dû. La consommation en heures pleines restait anormalement haute pour une maison de deux retraités qui se couchent tôt et cuisinent simplement.

Il a d'abord soupçonné le ballon lui-même. Une résistance entartrée, un thermostat déréglé, il connaissait ces pannes par cœur. Il a coupé l'alimentation, démonté le capot, vérifié le thermostat avec son multimètre. Tout fonctionnait normalement. Il a ensuite regardé le vieux congélateur coffre, puis le sèche-linge, en les débranchant tour à tour pendant quelques jours. Rien ne changeait vraiment sur les relevés, et Monique commençait à trouver le garage bien encombré d'outils.

Alors il a appelé le service client. Après vingt minutes de musique d'attente, une conseillère lui a expliqué que sa consommation n'avait rien d'anormal en volume. Je lui dis que mon ballon chauffe la nuit, elle me répond que ma consommation de nuit a baissé, a-t-il raconté plus tard. Il a raccroché plus perplexe qu'avant. Le volume total était stable, mais il payait une part plus grande au prix fort, sans comprendre comment.

« Avec le contacteur, c'est le compteur qui décide, et moi je ne vois rien du tout. »

Ce n'était pas le ballon, c'étaient les heures

C'est le gendre qui a trouvé, un dimanche midi, entre le fromage et le dessert. Il a demandé à voir le dernier courrier du gestionnaire de réseau, celui que Gérard avait pris pour une publicité. Le courrier annonçait une modification de ses plages d'heures creuses. Une partie des heures creuses de la nuit était désormais déplacée en journée, en début d'après-midi, au moment où les panneaux solaires produisent beaucoup partout en France.

Le gendre a expliqué que les plages d'heures creuses sont progressivement redécoupées, foyer par foyer, avec de plus en plus de créneaux l'après-midi. Le compteur communicant reçoit le nouvel horaire automatiquement. Un ballon branché sur le contacteur heures creuses suit ce changement tout seul, puisque c'est le compteur qui lui donne le signal. Une minuterie, elle, ne sait rien. Elle continue de chauffer à 23 heures, même quand ces heures sont devenues pleines.

Gérard est resté silencieux un long moment, la cuillère suspendue au-dessus de sa tarte aux pommes. Dix ans que je suis fier de ma minuterie, et c'est elle qui me fait payer plein pot, a-t-il fini par dire. Son ballon chauffait désormais en partie sur des heures pleines, tandis que les heures creuses de l'après-midi passaient sans servir à rien. L'étiquette au feutre sur le tableau électrique racontait une règle qui n'existait plus.

Ce qu'il a changé, et ce que chacun peut regarder

La semaine suivante, le gendre est revenu avec une bobine de câble et un contacteur jour-nuit. En une matinée, le ballon était raccordé au signal du compteur, la minuterie démontée et rangée dans un tiroir de l'établi. Gérard a gardé l'étiquette, par superstition peut-être. Désormais, son ballon chauffe quand le compteur décide, la nuit comme l'après-midi, selon les plages fixées pour son logement, sans qu'il ait besoin de surveiller quoi que ce soit.

Selon ses calculs, la minuterie lui avait coûté une centaine d'euros sur l'été, peut-être un peu plus. La facture d'octobre est revenue à son niveau habituel, et la part des heures creuses a retrouvé sa place. Monique a rangé le courrier dans le classeur vert, cette fois en première page. Gérard, lui, en parle à tous ses amis qui ont un ballon programmé, en leur demandant d'abord quand ils ont lu leur dernier courrier.

Ce qu'il retient tient en peu de mots : un réglage juste un jour ne l'est pas forcément pour toujours. Il conseille désormais de lire chaque courrier du gestionnaire de réseau, même celui qui ressemble à une publicité. Il invite aussi à vérifier ses plages actuelles sur son compte en ligne ou sur sa facture. Et surtout, il pousse tout le monde à regarder dans le tableau électrique si le ballon dépend d'une minuterie ou du contacteur.

« Je lui dis que mon ballon chauffe la nuit, elle me répond que ma consommation de nuit a baissé. »

  • Relire sur sa facture ou son compte en ligne les horaires actuels de ses heures creuses.
  • Ne pas jeter les courriers du gestionnaire de réseau annonçant un changement de plages.
  • Ouvrir le tableau électrique pour voir si le ballon dépend d'une minuterie ou d'un contacteur heures creuses.
  • Avec une minuterie, la régler à nouveau à chaque changement d'horaires, après-midi compris.
  • Faire raccorder le ballon au contacteur jour-nuit par un électricien pour suivre les plages automatiquement.
  • Comparer la part heures pleines et heures creuses d'une facture à l'autre.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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