Il programme son ballon d’eau chaude la nuit depuis douze ans près de Nantes : sa facture d’hiver grimpe de 140 euros sans rien changer

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Il était un peu plus de vingt-trois heures, et la maison de Rezé dormait déjà. Dans le cellier, entre le congélateur et les bottes en caoutchouc, le ballon d'eau chaude a lâché son petit claquement familier, celui du contacteur qui s'enclenche. Thierry, 58 ans, l'a entendu depuis la cuisine en rinçant sa tasse de tisane. Ce bruit-là, il le connaissait depuis douze ans, et il le rassurait.

Douze ans de nuits tranquilles dans une maison de Rezé

Thierry et Sylvie habitent une maison des années quatre-vingt, à quelques kilomètres du centre de Nantes, avec un jardin étroit et une haie de lauriers. Lui travaille comme technicien de maintenance dans une entreprise de logistique, elle est aide-soignante dans un établissement pour personnes âgées. Leurs deux enfants sont partis faire leurs études à Rennes et à Angers. Il reste la maison, le chat, la vieille Clio et des habitudes rodées depuis longtemps, que personne ne songe vraiment à remettre en question.

Parmi ces habitudes, il y a le ballon d'eau chaude de deux cents litres installé dans le cellier. Quand ils ont acheté la maison, l'électricien leur avait expliqué que l'appareil chaufferait pendant les heures creuses, la nuit, quand le courant coûte moins cher. Thierry avait trouvé l'idée simple et intelligente. Depuis, chaque soir vers vingt-trois heures, le contacteur claque, la résistance se met en route, et le matin il y a de l'eau brûlante pour les douches.

Soyons honnêtes, Thierry ne regardait plus ses factures en détail depuis des années. Il connaissait à peu près les montants d'hiver et d'été, il savait que janvier piquait un peu plus, et cela lui suffisait. La maison était correctement isolée depuis les travaux de combles réalisés en 2019. Le chauffage au gaz avait été remplacé par une pompe à chaleur. Tout semblait sous contrôle, et le ballon ronronnait dans son coin sans jamais faire parler de lui.

Le réglage d'origine qu'il n'a jamais voulu toucher

Ce réglage, Thierry y tenait presque par principe. Lors de la pose du compteur communicant, quelques années plus tôt, le technicien lui avait proposé de vérifier le branchement du ballon. Thierry avait répondu que tout fonctionnait très bien et qu'il ne voulait surtout pas qu'on dérègle quoi que ce soit. Le ballon était raccordé à un contacteur jour-nuit, et il avait ajouté, par précaution, une petite horloge mécanique réglée sur la plage de vingt-trois heures à sept heures du matin.

Cette horloge, c'était son idée à lui. Un collègue lui avait raconté qu'un signal de compteur pouvait parfois mal passer, et que le ballon risquait alors de chauffer en pleine journée. Thierry avait donc acheté un programmateur à crans dans une grande surface de bricolage, pour une quinzaine d'euros. Il avait poussé les petits ergots un par un, de vingt-trois heures à sept heures, avec l'application d'un horloger. Puis il avait refermé le tableau électrique et n'y avait plus pensé.

Il en était même un peu fier. À table, quand des amis se plaignaient de leurs factures, il racontait son système en souriant. Moi, je ne laisse rien au hasard, disait-il, mon ballon chauffe la nuit et point final. Sylvie levait les yeux au ciel, mais elle reconnaissait que l'eau chaude n'avait jamais manqué. Le réglage avait pour lui la force des choses qui marchent depuis longtemps, et donc la tranquillité des choses qu'on ne vérifie plus.

« Moi, je ne laisse rien au hasard, mon ballon chauffe la nuit et point final, je l'ai réglé moi-même. »

Une facture d'hiver qui ne ressemble pas aux autres

Le premier signe est arrivé un samedi de février, dans un courriel qu'il a failli ne pas ouvrir. Le montant de la régularisation dépassait ce qu'il payait d'habitude à la même période. Il a d'abord pensé au froid, puisque janvier avait été humide et glacial sur l'estuaire. Il a pensé aussi aux enfants revenus pour les vacances de Noël, qui prenaient des douches interminables. Il a refermé l'ordinateur en se disant que tout cela s'expliquait sans doute très bien.

Le mois suivant, l'écart était toujours là. Sur son espace client, Thierry a vu que sa consommation en heures pleines avait sensiblement augmenté, alors que celle des heures creuses baissait. Il a trouvé ça étrange, sans s'y arrêter longtemps. La pompe à chaleur tournait davantage en journée, c'était logique en hiver. Et puis Sylvie travaillait désormais certains après-midi à la maison pour ses formations en ligne. On connaît tous ça, on trouve une raison et on passe à autre chose.

Pourtant, un détail le chiffonnait. En comparant avec l'hiver précédent, il a calculé une hausse d'environ cent quarante euros sur la saison, sans qu'aucun appareil nouveau ne soit entré dans la maison. Il n'avait pas acheté de radiateur d'appoint, pas de sèche-linge, rien. La maison était la même, les habitudes aussi. Ça ne colle pas, a-t-il dit à Sylvie un soir, en tournant sa cuillère dans son café. Elle lui a conseillé d'appeler le fournisseur plutôt que de ruminer.

Des appels, une fuite imaginaire et un compteur soupçonné

Thierry a commencé par chercher une fuite. Un ballon qui perd de l'eau chaude par le groupe de sécurité doit en refaire sans cesse, lui avait expliqué un ami plombier. Il a passé une soirée à genoux dans le cellier, une lampe frontale sur le crâne, à guetter la moindre goutte. Le siphon était sec, le carrelage aussi. Il a coupé l'eau toute une nuit pour vérifier que le compteur ne tournait pas. Le compteur n'avait pas bougé d'un litre.

Il a ensuite soupçonné le compteur électrique lui-même. Il a appelé le service client de son fournisseur, a patienté vingt minutes en écoutant une musique d'attente, puis a expliqué son histoire à une conseillère patiente. Elle a vérifié son contrat, son option heures pleines et heures creuses, ses relevés. Tout était conforme, lui a-t-elle assuré, et aucune anomalie n'apparaissait sur les index transmis. Il a raccroché plus agacé qu'avant, avec l'impression désagréable de passer pour un client qui se plaint pour rien.

Le week-end suivant, il a démonté la résistance du ballon, persuadé qu'elle était entartrée. Dans la région, l'eau est réputée assez calcaire, et un ballon de douze ans peut perdre en efficacité. Il a retiré une belle couche de dépôt blanchâtre, remplacé le joint, remis l'eau en route. Je pensais avoir trouvé, a-t-il raconté plus tard, et j'étais même content de moi. Mais la facture suivante est arrivée, et les heures pleines continuaient de grimper doucement.

« Rien n'a changé dans la maison, pas un appareil en plus, et pourtant la facture monte, ça ne colle pas. »

Le courrier oublié qui annonçait de nouvelles heures creuses

La réponse est venue d'un endroit inattendu, sa voisine Martine, retraitée de la Poste, qui lisait tous ses courriers jusqu'à la dernière ligne. Un dimanche, en discutant par-dessus la haie, elle lui a parlé du message qu'elle avait reçu sur le changement de ses heures creuses. Une partie de la plage de nuit avait été déplacée vers le début d'après-midi. Thierry l'a regardée sans comprendre, puis il est rentré fouiller ses courriels, le cœur un peu serré.

Il a retrouvé le message, rangé parmi les publicités. Le gestionnaire du réseau y expliquait que les heures creuses de son logement allaient évoluer. Elles ne seraient plus toutes concentrées la nuit, et une partie se situerait désormais l'après-midi, quand les panneaux solaires produisent beaucoup d'électricité dans le pays. Le compteur avait été reprogrammé à distance. Le contacteur du ballon suivait donc les nouvelles plages. Mais son horloge mécanique, elle, continuait d'imposer obstinément la chauffe de vingt-trois heures à sept heures.

Thierry a tout compris d'un coup, assis devant l'écran. Chaque nuit, une partie de la chauffe tombait maintenant en heures pleines, puisque sa nouvelle plage nocturne était plus courte. Et l'après-midi, quand le tarif devenait avantageux, son programmateur bloquait le ballon. J'avais fabriqué moi-même le piège, a-t-il dit à Sylvie, en riant jaune. Ce n'était ni une fuite, ni le compteur, ni le calcaire. C'était sa précaution d'autrefois, devenue l'obstacle exact à ce qu'elle était censée protéger.

Ce qu'il a changé dans son cellier, et ce qu'il conseille

Le soir même, Thierry a ouvert le tableau électrique et retiré l'horloge mécanique. Il a remis le ballon sur le seul contacteur commandé par le compteur, comme l'électricien l'avait prévu à l'origine. Désormais, le claquement familier ne retentit plus seulement à vingt-trois heures. Il arrive aussi en début d'après-midi, quand la maison est vide. Les premiers jours, Sylvie s'en étonnait encore. Maintenant, ils ne l'entendent presque plus, et l'eau chaude est toujours là le matin.

Deux mois plus tard, sa consommation en heures pleines est redescendue à un niveau proche de celui des années précédentes. Thierry estime avoir perdu un peu plus de cent quarante euros sur l'hiver, une somme qu'il ne récupérera pas. Ce qui le dérange le plus, c'est d'avoir cherché partout sauf dans son propre réglage. Pour lui, la leçon est simple : un appareil programmé il y a longtemps doit être revérifié dès que les règles changent, même quand tout paraît fonctionner parfaitement.

Depuis, il en parle autour de lui, et il découvre que beaucoup de voisins ont gardé de vieilles horloges ou des programmateurs intégrés à leur ballon. Martine, elle, a vérifié le sien tout de suite. Thierry a pris l'habitude de lire chaque courrier de son gestionnaire de réseau, même les plus austères. Il garde l'horloge dans un tiroir de l'atelier, comme un souvenir. Je la regarde parfois, dit-il, et je me dis que le plus coûteux, c'était ma certitude.

« J'avais fabriqué moi-même le piège, avec une horloge à quinze euros que je croyais si maligne. »

  • Relire le dernier courrier du gestionnaire de réseau annonçant l'évolution de vos heures creuses.
  • Vérifier sur votre espace client les nouvelles plages horaires associées à votre compteur.
  • Ouvrir le tableau électrique et repérer une éventuelle horloge ou un programmateur ajouté sur le ballon.
  • Regarder si le ballon possède un programmateur intégré réglé sur d'anciens horaires.
  • Comparer la part de consommation en heures pleines d'un hiver à l'autre.
  • En cas de doute sur le branchement, faire contrôler le contacteur par un électricien.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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