Il remplace ses vieux convecteurs par des radiateurs à inertie près de Clermont : l’hiver suivant, sa facture d’électricité baisse de quarante euros seulement

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Le compteur Linky clignotait dans le cellier, une petite lumière verte au-dessus des bocaux de confiture. Il était sept heures, un matin de février, et Bernard, 64 ans, tenait sa facture annuelle d'une main, sa tasse de café de l'autre. Dehors, le givre blanchissait les prés qui descendent vers Riom. Il relisait le chiffre pour la troisième fois, sans comprendre.

Une maison de 1978, des convecteurs fatigués et une habitude

Bernard et Monique habitent depuis trente ans une maison de plain-pied à Châtel-Guyon, à vingt minutes de Clermont-Ferrand. C'est une construction de 1978, des murs en parpaing, un grenier aménagé à moitié, une baie vitrée qui donne sur le jardin. Lui a passé sa carrière chez Michelin, au service maintenance, elle a tenu la comptabilité d'une coopérative agricole. Ils connaissent chaque bruit de la maison, le grincement du volet de la chambre, le claquement des tuyaux quand la cuisine se refroidit.

Le chauffage, c'était tout électrique, comme beaucoup de maisons de cette époque dans la région. Huit convecteurs blancs, de ceux qu'on appelle grille-pain, avec un petit bouton gradué de un à six. Monique les réglait à l'automne, Bernard les éteignait au printemps, et entre les deux personne n'y touchait vraiment. La facture tournait autour de deux mille deux cents euros par an, chauffage, eau chaude et cuisine compris. Ils trouvaient ça cher, mais supportable, du moins tant que les prix restaient stables.

Puis il y a eu les hausses successives du tarif réglementé, et la facture a grimpé d'un coup. Monique a commencé à laisser un plaid sur le canapé, Bernard à fermer la porte du couloir. On connaît tous ça, ces petits gestes qu'on fait sans y penser pour grappiller quelques degrés. Le soir, ils regardaient les convecteurs avec une certaine méfiance, comme de vieux appareils qui leur coûtaient trop. Il faudra bien les changer un jour, disait Bernard, ces machins-là datent de Giscard.

Le salon de l'habitat et la promesse d'économies affichée en gros

Le déclic est venu au salon de l'habitat de Clermont, un samedi d'octobre, entre un stand de pergolas et un autre de fenêtres. Un vendeur souriant présentait des radiateurs à inertie en façade de pierre de lave, très élégants, chauds au toucher. Une affiche en lettres vertes annonçait jusqu'à 40 % d'économies sur le chauffage. Bernard a posé la main sur la pierre tiède, et il a senti cette chaleur douce qui ne ressemblait en rien au souffle sec de ses convecteurs.

Le vendeur a parlé de cœur de chauffe en fonte, de restitution lente, de confort homogène. Il a expliqué que la pierre emmagasinait la chaleur et la rendait longtemps après l'arrêt de la résistance. Monique a demandé un devis, plus par curiosité que par conviction. Huit radiateurs, pose comprise, faisaient un peu plus de six mille euros. C'était beaucoup, mais avec quarante pour cent de moins sur la facture, le calcul semblait tenir en quatre ou cinq hivers.

Ils en ont discuté pendant deux semaines à la table de la cuisine, le devis posé entre le sucrier et la radio. Bernard, l'ancien technicien, aimait l'idée d'un matériel solide, bien fini, qui durerait. Monique voulait surtout ne plus avoir froid aux pieds en lisant le soir. Ils ont signé en novembre, et l'installateur est venu un mardi avec deux collègues. Les vieux convecteurs sont partis à la déchetterie, empilés dans la remorque comme des souvenirs d'une autre époque.

« Je relisais le chiffre trois fois, quarante euros de moins, alors que j'en attendais huit cents, je n'y croyais pas. »

Un hiver confortable, et pourtant le compteur continue de tourner

Le premier hiver, ils ont tout de suite senti la différence de confort. Plus de courants d'air chaud au plafond, plus de jambes froides, une chaleur qui semblait monter du sol. Monique a rangé son plaid dans l'armoire, ce qui pour elle valait tous les arguments du monde. Bernard tapotait parfois la façade en pierre en passant, avec la satisfaction de celui qui a fait le bon choix. Les radiateurs avaient un petit écran, mais il les avait réglés sur vingt et un degrés partout.

Le premier détail qui ne collait pas est arrivé avec le relevé mensuel de l'application de son fournisseur. En janvier, la consommation ressemblait beaucoup à celle de janvier dernier, à quelques kilowattheures près. Bernard s'est dit que l'hiver avait été plus rude, que le froid de la Limagne avait duré. C'était vrai en partie, il avait gelé plusieurs nuits d'affilée. Il a refermé l'application sans s'inquiéter davantage, avec cette confiance qu'on accorde à un achat qu'on vient de payer cher.

Soyons honnêtes, personne n'a envie de découvrir qu'il s'est trompé sur six mille euros. Alors il a attendu la facture annuelle, celle qui fait le bilan complet. Elle est arrivée en février, et c'est elle qu'il tenait ce matin-là dans le cellier. Deux mille cent soixante euros, contre deux mille deux cents l'année précédente, à tarif presque identique. Quarante euros d'écart, là où il espérait en gagner huit cents. Il a appelé Monique, qui était encore en robe de chambre, pour lui montrer le chiffre.

Les coups de téléphone, le vendeur injoignable et les explications vagues

Le lundi suivant, Bernard a appelé l'entreprise qui avait vendu les radiateurs. Une standardiste lui a passé un conseiller, qui lui a demandé s'il avait bien programmé les plages horaires. Il ne l'avait pas fait, il avait laissé vingt et un degrés jour et nuit, dans toutes les pièces. Le conseiller a parlé d'usage, de réglages, de bonnes pratiques, sans jamais revenir sur les quarante pour cent. Il a promis qu'un technicien rappellerait, et personne n'a rappelé dans les semaines qui ont suivi.

Bernard a ressorti la plaquette commerciale, rangée avec la facture d'achat dans une pochette bleue. En bas de page, en petits caractères, il a lu que les économies étaient calculées par rapport à d'anciens appareils mal régulés, sous réserve d'une programmation adaptée. Il a souligné la phrase au crayon, puis il l'a relue à voix haute à Monique. Elle a haussé les épaules. Donc ce n'est pas la pierre qui fait des économies, a-t-elle dit, c'est le bouton qu'on n'a pas touché.

Il a voulu en avoir le cœur net et a appelé son neveu, Julien, qui travaille dans un bureau d'études thermiques à Clermont. Julien a écouté toute l'histoire sans l'interrompre, puis il a proposé de passer le dimanche suivant avec une caméra thermique. Bernard a accepté, un peu vexé d'avoir besoin d'aide pour une affaire de radiateurs. Au téléphone, Julien a seulement lâché une phrase qui l'a laissé perplexe. Tonton, un radiateur électrique, c'est un radiateur électrique, quelle que soit la pierre devant.

« Donc ce n'est pas la pierre qui fait des économies, c'est le bouton qu'on n'a jamais touché. »

Un kilowattheure qui entre, un kilowattheure qui sort, toujours

Julien est arrivé le dimanche avec sa caméra et une tarte aux myrtilles. Il s'est assis devant le radiateur du salon et a commencé par une explication simple. Tout radiateur électrique transforme un kilowattheure d'électricité en un kilowattheure de chaleur, ni plus ni moins. Le vieux convecteur le faisait déjà avec un rendement de quasiment cent pour cent. La fonte, la pierre de lave ou le fluide caloporteur changent la manière dont la chaleur est diffusée, mais jamais la quantité produite.

Bernard a froncé les sourcils, l'ancien technicien reprenait le dessus. Alors d'où viennent les économies dont tout le monde parle, a-t-il demandé. Julien a expliqué que la différence tient surtout à la régulation. Un thermostat électronique précis évite de surchauffer, une programmation baisse la température la nuit ou quand la maison est vide, un détecteur de fenêtre ouverte coupe le chauffage. Le confort ressenti peut aussi permettre de baisser d'un degré, et chaque degré en moins compte vraiment sur la facture.

Puis il a allumé la caméra thermique et l'a promenée sur les murs. L'écran s'est couvert de taches orange autour de la baie vitrée, sous les fenêtres, et surtout au plafond du couloir. Le grenier mal isolé laissait filer la chaleur comme une passoire. Tu chauffes très bien, tonton, a dit Julien, mais tu chauffes le ciel de Châtel-Guyon. Bernard a regardé l'image longtemps, en silence. Ses beaux radiateurs n'étaient pas en cause, ils faisaient exactement ce qu'un radiateur électrique sait faire.

Programmer, isoler, puis regarder enfin du côté de la pompe à chaleur

Le soir même, Bernard a programmé chaque radiateur, dix-neuf degrés dans le salon, dix-sept dans les chambres, seize la nuit et pendant leurs absences. Au printemps, il a fait isoler les combles perdus avec trente centimètres de laine soufflée, en profitant des aides disponibles. Le chantier a duré une journée. L'hiver suivant, la facture est descendue sous les mille sept cents euros. Ce n'étaient pas les quarante pour cent promis, mais c'était enfin une vraie baisse, mesurée sur son propre compteur.

Julien lui a aussi parlé de la seule technologie qui produit réellement plus de chaleur qu'elle ne consomme d'électricité. Une pompe à chaleur air-eau ou air-air puise des calories dans l'air extérieur, même froid, et restitue en moyenne trois kilowattheures de chaleur pour un consommé. Bernard a fait faire un devis pour une pompe à chaleur air-air dans la pièce de vie. Il hésite encore, à cause du prix et du bruit du groupe extérieur, mais il sait désormais ce qu'il compare.

Monique, elle, a gardé un souvenir précis de toute l'affaire. Elle dit qu'ils ont payé six mille euros pour apprendre une leçon de physique. Bernard ne regrette pas complètement, le confort est bien réel et les radiateurs sont beaux. Mais il conseille désormais à ses voisins de commencer par le grenier et le thermostat avant de toucher aux appareils. Dans le cellier, il a punaisé la caméra thermique imprimée, une grande image orange, à côté du compteur qui clignote toujours.

« Tonton, tu chauffes très bien, mais tu chauffes surtout le ciel de Châtel-Guyon. »

  • Tout radiateur électrique rend un kilowattheure de chaleur pour un kilowattheure consommé, quel que soit son cœur de chauffe.
  • Vérifiez la programmation : températures réduites la nuit et pendant les absences, pièce par pièce.
  • Baisser la consigne d'un degré réduit sensiblement la consommation de chauffage.
  • Faites contrôler l'isolation des combles et des fenêtres avant de changer vos appareils.
  • Lisez les petits caractères : les économies annoncées se comparent souvent à de vieux appareils mal régulés.
  • Une pompe à chaleur produit environ trois fois plus de chaleur qu'elle ne consomme d'électricité.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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