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Le facteur a déposé l'enveloppe vers onze heures, entre une publicité de pizzeria et le journal de la commune. Sur la terrasse, Sylvie a posé sa tasse sur la table en fer, le carrelage déjà tiède sous ses pieds nus. Au-dessus d'elle, les panneaux brillaient dans le ciel de septembre. Elle a déchiré le papier, lu la ligne du bas, puis l'a relue.
Une maison de Pollestres, un toit plein sud et une idée ancienne
Sylvie a cinquante-huit ans et elle habite depuis vingt ans une maison basse à Pollestres, à quelques kilomètres de Perpignan. Elle est aide-soignante à l'hôpital, en horaires de journée, et part chaque matin vers sept heures. Son mari, Jordi, travaille dans une coopérative fruitière et rentre rarement avant dix-neuf heures. La maison reste donc vide une grande partie de la journée, volets mi-clos, pendant que le soleil tape sur les tuiles romanes du toit.
Ce toit, justement, ils en parlaient depuis longtemps. Plein sud, sans arbre, sans cheminée qui fasse de l'ombre, il semblait fait pour ça. Les voisins de la rue avaient franchi le pas les uns après les autres, et les reflets bleutés se multipliaient sur les maisons du lotissement. Chaque été, Sylvie regardait le compteur tourner avec la climatisation et se disait que tout ce soleil se perdait. Elle trouvait presque absurde de payer l'électricité dans un pays pareil.
Le couple n'avait rien de militant, soyons honnêtes, même si Sylvie triait ses déchets avec application et avait un composteur au fond du jardin. Ce qui comptait, c'était la facture, qui avait grimpé de plusieurs centaines d'euros en deux ans. Jordi faisait les comptes sur un carnet à spirale, colonne par colonne, à la table de la cuisine. Ils avaient un peu d'épargne, une voiture électrique d'occasion achetée l'année précédente, et l'envie de ne plus subir les hausses à chaque courrier.
Six kilowatts-crête et la promesse de vendre le surplus
Au printemps, un installateur de la région est venu boire un café sur la terrasse. Il a monté sur l'échelle, mesuré, photographié, puis sorti une tablette avec des courbes colorées. Il proposait six kilowatts-crête, une quinzaine de panneaux, un onduleur dans le garage. Le chiffre impressionnait Jordi, qui le répétait à ses collègues comme on parle d'une nouvelle voiture. Avec un tel ensoleillement, disait le commercial, la production annuelle serait généreuse, largement supérieure à leurs besoins de couple.
Sylvie a posé la question qui lui semblait évidente : que deviendrait toute l'électricité produite pendant qu'ils seraient absents. On la vendrait, a répondu l'installateur, c'est l'option autoconsommation avec vente du surplus, la formule la plus courante. Le surplus partirait sur le réseau et serait racheté. Dans la tête de Sylvie, cela voulait dire que la maison vide travaillerait pour eux. Elle s'imaginait déjà une petite rente solaire tombant chaque année, de quoi rembourser l'installation plus vite.
Ils ont signé en avril. Le chantier a duré deux jours, avec un bruit de visseuse sur les tuiles et des cartons empilés devant le portail. Le raccordement a suivi quelques semaines plus tard, et l'application sur le téléphone de Jordi s'est mise à afficher une petite courbe en forme de cloche. Le soir, il la montrait à Sylvie comme on montre la photo d'un petit-enfant. Ça produit même quand on dort presque, disait-il, ce qui était faux mais les faisait rire.
« J'ai refait le calcul trois fois avec la calculette, et à chaque fois ça tombait sur quarante euros. »
Une courbe qui monte à midi pendant que la maison dort
En juin, Sylvie a remarqué un détail qu'elle n'a pas compris tout de suite. Sur l'application, deux courbes se superposaient : la production, énorme entre onze heures et seize heures, et la consommation, presque plate à ces heures-là. Le soir, c'était l'inverse. La production s'effondrait vers vingt heures, et la consommation explosait avec le lave-linge, le four, la recharge de la voiture branchée en rentrant. Elle trouvait le dessin joli, deux bosses qui ne se touchaient jamais.
Elle a aussi vu que la facture du fournisseur, en juillet, n'avait baissé que d'une trentaine d'euros. Elle s'attendait à beaucoup plus avec un tel toit. Jordi a haussé les épaules, il a dit que l'essentiel du gain viendrait de la vente, qu'il fallait attendre le relevé de fin de saison. C'était logique, en apparence. Toute cette énergie de midi partait bien quelque part, et ce quelque part devait bien payer quelque chose, raisonnaient-ils au dîner.
On connaît tous ça, ces petites alertes qu'on range dans un coin parce que tout le monde autour semble content. Les voisins parlaient de leurs panneaux avec fierté, personne n'évoquait de déception. Sylvie a donc laissé courir l'été. Elle a continué à lancer ses machines le soir, comme toujours, après sa douche, parce que c'était son rythme depuis vingt ans. Le chauffe-eau, lui, chauffait la nuit en heures creuses, réglé ainsi par l'ancien propriétaire et jamais touché depuis.
Quarante euros, puis des coups de téléphone qui tournent en rond
Le relevé de septembre a tout fait basculer. Pour l'été entier, la vente du surplus affichait à peine quarante euros. Sylvie a d'abord cru à une erreur, un mois manquant, une virgule déplacée. Elle a sorti la calculette du tiroir et refait l'opération avec les kilowattheures injectés indiqués sur le document. Le résultat tombait juste. Des centaines de kilowattheures envoyés sur le réseau, et presque rien en échange. Elle est restée longtemps assise sur la terrasse, la feuille posée sur ses genoux.
Le soir, Jordi a appelé l'installateur, qui a répondu poliment mais vaguement. Tout fonctionne, a-t-il dit, la production est conforme, l'onduleur ne signale aucune panne. Jordi a insisté, voulait savoir si le compteur était mal paramétré. On lui a conseillé de contacter l'organisme qui rachète l'électricité. Là, une conseillère a confirmé le tarif appliqué sans s'attarder. Sylvie, au bout du fil sur haut-parleur, a fini par lâcher qu'elle avait l'impression de donner son soleil pour rien.
Ils ont passé le week-end à chercher. Jordi a ressorti le devis, relu chaque ligne, cherché le tarif de rachat promis, qu'il ne trouvait nulle part écrit noir sur blanc. Sylvie a appelé sa sœur à Narbonne, équipée depuis 2019, qui recevait chaque année un chèque bien plus confortable. Ça ne collait pas. Même région, même soleil, des installations comparables. Ils se demandaient s'ils avaient été trompés, si un panneau était défectueux, si l'onduleur mentait sur ses chiffres.
« Tout fonctionne, nous disait-on, mais personne ne nous expliquait pourquoi on ne gagnait presque rien. »
Ce n'était ni une panne ni une arnaque, mais un tarif
C'est un conseiller d'un espace d'information sur la rénovation énergétique, à Perpignan, qui a dénoué l'affaire en un rendez-vous. Il a regardé le relevé, puis la date du contrat, et il a hoché la tête. Depuis 2025, a-t-il expliqué, le surplus injecté par les petites installations résidentielles est racheté autour de quatre centimes le kilowattheure. La sœur de Sylvie avait signé à une autre époque, avec un tarif bien plus élevé, garanti pour vingt ans.
Quatre centimes, alors que le couple payait son électricité plus de vingt centimes chez son fournisseur. Sylvie a fait le calcul à voix haute, lentement. Chaque kilowattheure qu'elle envoyait sur le réseau à midi lui rapportait quatre centimes, et chaque kilowattheure qu'elle rachetait le soir lui en coûtait cinq fois plus. Le problème n'était pas le toit. C'était l'horaire. Ils produisaient quand personne n'était là et consommaient quand le soleil était couché.
Le conseiller l'a dit simplement : avec ce tarif, une installation se rentabilise surtout par ce qu'on consomme soi-même au moment où ça produit. Vendre le surplus reste un bonus modeste, pas un revenu. Sylvie a repensé à toutes ces machines lancées à vingt et une heures, à la voiture branchée le soir dans le garage, au chauffe-eau réglé sur la nuit. Je croyais que le soleil travaillait pour nous, a-t-elle soufflé, en fait il travaillait pour le réseau.
Le chauffe-eau à midi et la voiture branchée au soleil
De retour à Pollestres, Jordi a passé un samedi entier à reprogrammer la maison. Le chauffe-eau a reçu un petit boîtier qui le déclenche quand les panneaux produisent, à partir d'onze heures. Le lave-linge et le lave-vaisselle ont un départ différé, que Sylvie règle désormais le matin avant de partir. La voiture, Jordi la recharge le week-end en pleine journée, et Sylvie, qui travaille certains samedis, la branche sur l'heure du déjeuner quand elle rentre.
En octobre, la courbe de consommation de l'application a commencé à épouser celle de la production. Les deux bosses se touchaient enfin. La facture a baissé nettement, bien plus qu'en juillet, alors même que le soleil faiblissait. Sylvie estime qu'ils consomment maintenant plus de la moitié de ce qu'ils produisent, contre moins d'un tiers l'été. Elle en parle à ses collègues avec un mélange de fierté et d'agacement. Personne ne nous l'avait expliqué comme ça, dit-elle souvent.
Le couple a fait ses comptes sur le carnet à spirale. Le retour sur investissement sera plus long que ce qu'ils imaginaient en avril, mais il existe, à condition de garder ces nouvelles habitudes. Ils envisagent un ballon thermodynamique, peut-être une petite batterie plus tard, quand les prix baisseront. En attendant, Sylvie regarde le ciel le matin avant de remplir le tambour. Elle a gardé le relevé de quarante euros, aimanté sur le frigo, comme un rappel.
« Je croyais que le soleil travaillait pour nous, en fait il travaillait surtout pour le réseau. »
- Vérifier sur le contrat la date de signature et le tarif réel de rachat du surplus.
- Comparer dans l'application les heures de production et les heures de consommation du foyer.
- Programmer le chauffe-eau pour qu'il chauffe entre 11 h et 16 h plutôt que la nuit.
- Utiliser le départ différé du lave-linge et du lave-vaisselle pour les faire tourner en journée.
- Recharger la voiture électrique aux heures de soleil, le week-end ou à la pause déjeuner.
- Demander un rendez-vous gratuit dans un espace conseil rénovation avant de dimensionner l'installation.
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