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Le virement est arrivé un mardi matin, vers huit heures, pendant que la tramontane faisait claquer le volet de la cuisine. Gérard a reposé sa tasse, plissé les yeux sur l'écran du téléphone, puis relu la ligne. Au-dessus de sa tête, vingt-deux panneaux luisaient sous le soleil du Roussillon. Le montant, lui, ne remplissait même pas le réservoir de sa vieille Clio.
Une maison de Thuir, un toit plein sud et une vieille envie
Gérard a cinquante-huit ans et il habite depuis vingt ans une maison basse à la sortie de Thuir, à vingt minutes de Perpignan. Ancien technicien chez un fabricant de chaudières, il connaît les tuyaux, les disjoncteurs et les factures. Sa femme Martine travaille à mi-temps dans une pharmacie du centre. Leurs deux enfants sont partis à Montpellier, et la maison est devenue calme, presque trop grande, avec ses volets bleus et son figuier.
Le toit, Gérard le regarde depuis longtemps avec une idée derrière la tête. Il est orienté plein sud, sans arbre ni voisin pour lui faire de l'ombre, et il chauffe tellement l'été qu'on entend les tuiles craquer le soir. Dans la région, on compte plus de deux mille cinq cents heures de soleil par an. Soyons honnêtes, laisser cette surface sans rien produire lui semblait presque un gâchis.
Le couple vit sobrement, mais les factures d'électricité ont grimpé ces dernières années, comme chez tout le monde. Le chauffe-eau, le lave-linge, le congélateur du garage et la pompe de la petite piscine font tourner le compteur. Martine se souvient du soir où Gérard a posé la facture sur la table en disant qu'il était temps de produire leur propre courant. Elle a ri, puis elle a dit d'accord.
Six kilowatts-crête signés pour de bonnes raisons et de bons chiffres
Le commercial est venu un jeudi après-midi, avec une tablette et des graphiques en couleur. Il a mesuré le toit, compté les tuiles, et proposé une installation de six kilowatts-crête, vingt-deux panneaux en autoconsommation avec vente du surplus. Le principe semblait simple à Gérard : la maison consomme ce qu'elle peut, et le reste part sur le réseau, racheté par EDF Obligation d'Achat pendant vingt ans.
Gérard a fait ses calculs lui-même, le soir, sur un coin de cahier. Avec ce qu'il lisait sur les forums et ce que lui avait raconté un cousin équipé quelques années plus tôt, la vente du surplus devait couvrir une bonne part de l'investissement. Son cousin touchait plus de dix centimes par kilowattheure revendu. Pour lui, c'était le cœur du projet, la partie qui allait rembourser les panneaux.
L'installation a coûté un peu plus de onze mille euros, prime déduite. Les ouvriers ont posé les panneaux en deux jours, sous un ciel parfaitement bleu, et l'onduleur s'est mis à clignoter dans le garage. Gérard est monté sur l'échelle pour regarder le travail. Je me suis dit qu'on venait de planter un arbre à euros sur le toit, raconte-t-il aujourd'hui, avec un sourire un peu jaune.
« J'ai regardé le montant trois fois, j'ai cru que la banque s'était trompée d'une virgule. »
Une application qui affiche des records et une facture qui baisse peu
Les premières semaines, Gérard consultait l'application de suivi trois ou quatre fois par jour. Les courbes montaient en cloche, avec un sommet vers treize heures, et les records tombaient les uns après les autres au printemps. Trente-cinq kilowattheures un jour de mai, trente-huit en juin. Il envoyait des captures d'écran à ses enfants, qui répondaient par des pouces levés sans trop comprendre ce qu'ils regardaient.
Pourtant, un détail le gênait, sans qu'il sache vraiment le nommer. Sur l'écran, une grande partie de la production partait en vert vers le réseau, en plein milieu de la journée. Le soir, au contraire, la maison tirait sur le compteur comme avant. Le chauffe-eau se déclenchait la nuit, en heures creuses, et Martine lançait les machines après le dîner, comme ils le faisaient depuis toujours.
La facture d'électricité a baissé, c'est vrai, mais moins que prévu. Gérard s'est dit que c'était normal, qu'il fallait attendre une année complète pour juger. Martine a remarqué qu'il regardait l'application avec moins d'entrain. On connaît tous ça, l'enthousiasme des débuts qui se tasse doucement. Lui se rassurait en pensant au virement annuel pour le surplus, celui qui devait tout équilibrer.
Le virement tombe, et Gérard passe la matinée au téléphone
Puis il y a eu ce mardi de tramontane et cette ligne sur le relevé bancaire. Gérard avait injecté plusieurs milliers de kilowattheures sur le réseau. Le montant reçu correspondait à peine à un plein d'essence, alors qu'il s'attendait à plusieurs centaines d'euros. Il a d'abord pensé à une erreur de relevé, à un compteur mal paramétré, à une avance partielle. Martine l'a trouvé assis, le téléphone à la main, sans bouger.
Il a appelé l'installateur, qui l'a renvoyé vers EDF Obligation d'Achat. Là, après vingt minutes d'attente musicale, une conseillère a vérifié le dossier et confirmé que le calcul était juste. Gérard a insisté, puis il a raccroché, agacé. J'ai cru qu'on m'avait arnaqué, que le commercial m'avait vendu du vent, dit-il. Il a même ressorti le contrat pour chercher une clause cachée.
Le soir, il a appelé son cousin d'Elne, celui qui touchait plus de dix centimes. Son cousin l'a écouté, puis lui a demandé la date exacte de sa demande de raccordement. Gérard l'a retrouvée dans un mail. Il y a eu un silence au bout du fil. Ah, ça, c'est après le changement, a lâché le cousin. Gérard n'avait jamais entendu parler d'un changement.
« Le commercial m'a parlé de production, moi j'ai entendu revente, et c'est là que je me suis planté. »
Ce n'était ni une panne ni une arnaque, mais un tarif
Ce que Gérard a découvert, en lisant tard dans la nuit, c'est que le tarif de rachat du surplus pour les petites installations a été fortement abaissé. Pour les nouveaux contrats, il est tombé à quelques centimes le kilowattheure, très loin des montants qu'avait connus son cousin. Le tarif dépend de la date de la demande, et il reste figé ensuite pour vingt ans. Gérard était simplement arrivé après la baisse.
Le commercial n'avait pas menti, mais il avait surtout parlé de production et d'économies, sans trop insister sur la vente. Gérard, lui, avait bâti tout son calcul sur des chiffres anciens. Le problème n'était pas le toit, ni les panneaux, qui produisaient exactement ce qui était promis. Le problème, c'était l'endroit où partait cette électricité : vendue à bas prix à midi, puis rachetée au prix fort le soir.
Martine a résumé la situation le lendemain matin, en beurrant ses tartines. Elle a dit qu'ils vendaient leur soleil pour presque rien et qu'ils le payaient cher ensuite. Gérard a compris que la vraie valeur de son installation tenait dans chaque kilowattheure consommé directement, pendant que le soleil brille. Un kilowattheure utilisé chez soi évite d'en acheter un, et celui-là vaut bien plus que le surplus vendu.
Le lave-linge tourne à midi et le chauffe-eau change d'horaire
Alors la maison a changé de rythme. Gérard a reprogrammé le chauffe-eau pour qu'il chauffe entre onze heures et quinze heures au lieu de la nuit, avec un simple réglage sur le contacteur. Martine lance désormais le lave-linge et le lave-vaisselle avec le départ différé, pour qu'ils tournent en début d'après-midi. La pompe de la piscine fonctionne en plein soleil, et le congélateur profite des heures où la production est maximale.
Sur l'application, la courbe a changé de couleur. La part envoyée sur le réseau a nettement reculé, et la facture des mois suivants a enfin baissé de façon visible. Gérard estime que, dans son cas, son taux d'autoconsommation est passé d'environ un tiers à plus de la moitié. Il ne parle plus du virement annuel. On a arrêté de vendre le soleil, on le mange, plaisante-t-il.
Il ne regrette pas les panneaux, mais il aurait aimé regarder les choses autrement dès le départ. Avant de signer, il aurait vérifié le tarif en vigueur et observé à quelles heures sa maison consommait vraiment. Pour lui, la rentabilité se joue désormais dans la cuisine et la buanderie plus que sur le toit. Martine, elle, a collé un petit papier sur la machine : laver quand il fait beau.
« On vendait notre soleil pour presque rien à midi et on le rachetait le soir au prix fort. »
- Vérifier le tarif de rachat du surplus en vigueur à la date de votre demande de raccordement.
- Programmer le chauffe-eau pour qu'il chauffe en milieu de journée plutôt qu'en heures creuses nocturnes.
- Utiliser le départ différé du lave-linge et du lave-vaisselle pour les faire tourner entre 11 h et 15 h.
- Faire fonctionner pompe de piscine, sèche-linge ou recharge de voiture pendant les heures de forte production.
- Suivre l'application de l'onduleur pour mesurer la part réellement autoconsommée.
- Calculer la rentabilité sur l'électricité évitée, pas sur la vente du surplus.
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