Il tronçonne son bois de chauffage un 11 novembre en Haute-Savoie : à 15 heures, deux gendarmes sonnent au portail avant la fin du tas

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La lame mordait le hêtre avec un hurlement aigu, et la sciure tombait en neige blonde sur les bottes de Gilles. Il était un peu plus de 15 heures, ce 11 novembre, dans un hameau au-dessus d'Annecy. Le soleil bas frappait encore le tas de bûches. Puis, entre deux coupes, il a entendu la sonnette du portail, insistante, et vu deux képis derrière la grille.

Un hameau au-dessus d'Annecy et un tas de hêtre qui attend

Gilles a 58 ans et il est conducteur de travaux dans une entreprise de terrassement de la vallée. Avec Sylvie, sa femme, il habite depuis douze ans une ancienne ferme rénovée, au bout d'un chemin goudronné. La maison se chauffe surtout au poêle à bois, un gros modèle en fonte installé dans le séjour. Chaque automne, c'est le même rituel, presque une fierté familiale. Le bois arrive en grumes d'un mètre, livré par un agriculteur du coin, et il faut le débiter avant les premières neiges.

Cette année, le camion avait déposé huit stères de hêtre fin octobre, juste devant l'abri adossé à la grange. Gilles n'avait pas eu le temps d'y toucher, entre les chantiers qui finissaient tard et la pluie qui ne lâchait rien. Le tas restait là, sous une bâche verte, et il le regardait chaque soir en rentrant. Sylvie, elle, comptait les jours avant le froid. Elle savait qu'un hiver en altitude ne pardonne pas les retards, et le fioul d'appoint coûtait désormais une fortune.

Le hameau compte une dizaine de maisons, dispersées le long de la pente, avec des jardins séparés par des haies de noisetiers. On s'y connaît sans vraiment se fréquenter, on se salue au bord du chemin, on se prête parfois une remorque. Les nouveaux arrivants sont souvent des familles qui travaillent à Genève et cherchent le calme. Gilles, lui, se considère comme un gars d'ici, même s'il vient de la plaine. Il a toujours fait son bois, ses haies, son terrain, et personne ne s'en est jamais plaint.

Le jour férié paraissait parfait pour enfin attaquer le bois

Le 11 novembre tombait un mardi, et l'entreprise avait fait le pont la veille. Pour Gilles, c'était une aubaine rare : deux jours libres d'affilée, et une météo enfin sèche. Il avait tout prévu dès le dimanche soir, en affûtant la chaîne sur l'établi du garage. Le plan était simple, presque militaire. Le lundi pour fendre ce qui était déjà coupé, le mardi pour tronçonner le gros du tas. Sylvie empilerait au fur et à mesure, à l'abri sous l'avancée du toit.

Le matin du 11, pourtant, il y avait eu la cérémonie au monument aux morts du village, en bas. Gilles y va chaque année, par habitude et par respect pour son grand-père, ancien combattant. Ensuite, un apéritif à la salle des fêtes, un repas de famille qui s'étire, un café. Quand il est enfin remonté chez lui, il était presque 14 h 30. Il a enfilé son pantalon de protection, ses gants, son casque à visière. Il restait encore quelques heures de lumière, se disait-il.

Il avait bien pensé au bruit, il l'admet volontiers. Mais il s'était rassuré avec une logique qui lui semblait imparable. On n'était pas dimanche, on n'était pas tôt le matin, et il n'était pas tard le soir. Un mardi après-midi, même férié, ne lui paraissait pas plus sacré qu'un samedi. Un mardi à trois heures, je ne dérange personne, avait-il dit à Sylvie en ajustant ses protections. Elle avait haussé les épaules, sans conviction particulière, et était partie chercher la brouette.

« Un mardi à trois heures, je ne dérange personne, c'est ce que je me disais en mettant mon casque. »

Un rideau qui bouge et une voisine qui ne salue plus

Les premières coupes se sont enchaînées sans accroc, la tronçonneuse tournait bien, le hêtre sec cédait proprement. Au bout d'une vingtaine de minutes, Sylvie a remarqué quelque chose, de l'autre côté de la haie. Chez les voisins du dessous, un couple installé depuis deux ans, le rideau de la baie vitrée s'est écarté. Une silhouette est restée là un long moment, immobile, à regarder vers la grange. Puis le rideau est retombé. Sylvie n'a rien dit, elle a pensé à une simple curiosité.

Un peu plus tard, la voisine est sortie sur sa terrasse avec un enfant dans les bras. Elle a fixé Gilles, qui ne l'a pas vue, absorbé par sa coupe, la visière baissée. Sylvie a levé la main pour la saluer, comme d'habitude. La voisine n'a pas répondu, elle est rentrée aussitôt en refermant la porte d'un geste sec. On connaît tous ça, ce petit froid qui passe entre deux jardins sans un mot. Sylvie a senti un malaise, mais le tas avançait, et elle a continué d'empiler.

Il y avait aussi des familles en visite, ce jour-là, des voitures garées le long du chemin. Un jour férié, les maisons se remplissent, on déjeune dehors tant que le soleil le permet. Gilles n'y prêtait aucune attention, il comptait les bûches et surveillait le niveau d'huile de chaîne. Pour lui, le bruit faisait partie du paysage rural, au même titre que les tracteurs ou les cloches. À la campagne, ça tronçonne, il n'y a rien à expliquer, répétait-il souvent aux citadins de passage.

La sonnette retentit et deux képis attendent derrière la grille

Il était un peu plus de 15 heures quand le bruit de la sonnette a traversé le vacarme du moteur. Sylvie l'a entendue la première, elle a tapé sur l'épaule de Gilles qui a coupé les gaz. Derrière le portail, une voiture bleue, et deux gendarmes en tenue, très calmes. Gilles a d'abord pensé à un accident sur la route, ou à un cambriolage dans le hameau. Il a retiré son casque, ses gants, et il est descendu vers la grille, la sciure encore collée aux manches.

Les gendarmes ont expliqué qu'ils avaient reçu un appel pour des nuisances sonores, un jour férié. Gilles est resté un instant sans voix, puis il a tenté de discuter, poliment mais fermement. Il a parlé de l'hiver, du poêle, du bois qui doit être coupé, de son travail en semaine. Je ne fais pas la fête, je fais mon bois de chauffage, a-t-il dit en montrant le tas. Le plus âgé des deux a hoché la tête, sans contester sa bonne foi, mais il a rappelé qu'il existait des horaires.

Gilles a voulu savoir qui avait appelé, évidemment, et on ne lui a rien dit. Il a alors sorti son téléphone pour chercher la règle, persuadé qu'il trouverait une tolérance l'après-midi. Il a cherché sur internet, sans succès, devant les gendarmes patients. Sylvie, restée un peu en retrait, a appelé son beau-frère, ancien conseiller municipal dans une autre commune. Lui non plus n'était pas sûr de rien. Pendant ce temps, la tronçonneuse refroidissait sur le billot, et le tas attendait, à moitié entamé.

« Je ne fais pas la fête, je fais mon bois de chauffage, j'ai dit ça aux gendarmes en montrant le tas. »

Ce n'était ni la voisine ni la guerre, juste un arrêté

Le gendarme a fini par expliquer ce que Gilles ignorait totalement, malgré des années à faire son bois. Dans beaucoup de départements, un arrêté préfectoral encadre les bruits de voisinage, notamment les engins bruyants de jardinage et de bricolage. Tondeuses, tronçonneuses, débroussailleuses, perceuses entrent dans cette catégorie. Les dimanches et jours fériés, les plages autorisées sont souvent très courtes, fréquemment de 10 heures à midi. Et les communes peuvent ajouter leurs propres règles par arrêté municipal, parfois plus strictes encore que le texte départemental.

Autrement dit, ce 11 novembre comptait exactement comme un dimanche, et 15 heures se situait en dehors des horaires permis chez lui. Gilles a mis du temps à l'admettre, soyons honnêtes, il trouvait cela absurde sur le moment. Mais le gendarme ne parlait pas d'un caprice de voisine, il parlait d'un texte affiché en mairie. Il a précisé que les horaires changeaient d'une commune à l'autre, et qu'il fallait vérifier localement. Ce n'était donc ni une rancune de voisinage, ni une question de fête nationale.

Les gendarmes sont repartis avec un simple rappel à la règle, sans procès-verbal, cette fois. Ils ont indiqué que la récidive pouvait coûter une amende, et qu'il valait mieux s'en tenir aux créneaux autorisés. Gilles a rangé la tronçonneuse dans le garage, en silence, la mâchoire serrée. Sylvie a fini d'empiler les bûches déjà coupées, sous une lumière qui baissait vite. Le soir, devant le poêle, ils ont reparlé de la voisine. Elle avait peut-être un bébé qui dormait, a soufflé Sylvie, et Gilles n'a rien répondu.

Le lendemain matin, Gilles est passé à la mairie du village

Le mercredi, avant de partir sur son chantier, Gilles s'est arrêté à la mairie, en bas du village. La secrétaire lui a sorti l'arrêté sans hésiter, comme si la question revenait souvent à cette saison. Dans sa commune, les travaux bruyants sont autorisés en semaine sur des plages assez larges, avec une pause à midi. Le samedi, les horaires se resserrent un peu. Le dimanche et les jours fériés, c'est de 10 heures à midi, pas une minute de plus. Gilles a pris une photo du document affiché.

Le reste du tas, il l'a coupé le samedi suivant, en commençant à neuf heures, carte en main. Il est aussi allé sonner chez les voisins du dessous, une bouteille de vin de Savoie à la main. La conversation a été brève mais correcte. La jeune femme a reconnu ne pas avoir osé venir lui parler directement, intimidée par le bruit et le casque. Elle a admis avoir appelé, parce que son fils de six mois ne dormait plus. Ils se sont promis de se parler, la prochaine fois, avant d'appeler quiconque.

Aujourd'hui, Gilles raconte l'histoire en riant un peu, mais il ne la prend plus à la légère. Il a affiché l'arrêté municipal dans son garage, juste au-dessus de l'établi où il affûte ses chaînes. Il a calculé que l'amende possible aurait coûté plus cher qu'un stère de bois. Surtout, il a compris qu'un jour férié n'est pas un jour libre pour tout le monde de la même façon. Pour lui, c'était un jour de travail au jardin. Pour la maison d'en dessous, c'était une sieste.

« J'ai toujours tronçonné l'après-midi, personne ne m'avait jamais dit qu'un jour férié comptait comme un dimanche. »

  • Les dimanches et jours fériés comptent souvent ensemble dans les arrêtés sur le bruit.
  • Les créneaux autorisés ces jours-là sont fréquemment limités à 10 h-12 h.
  • Les horaires changent selon la commune : demandez l'arrêté municipal en mairie.
  • Tondeuse, tronçonneuse, débroussailleuse et perceuse sont concernées par ces règles.
  • Prévenir ses voisins avant une grosse séance évite bien des appels aux gendarmes.
  • Gardez une photo de l'arrêté pour vérifier les créneaux avant de démarrer.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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