Il remplit son composteur de feuilles mortes un dimanche d’octobre : au printemps, il soulève le couvercle sur un bloc brun, compact et froid

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Le râteau grattait la pelouse humide, un samedi d'octobre vers dix heures, et les feuilles du tilleul collaient aux dents de métal. Gérard poussait sa brouette jusqu'au fond du jardin, soulevait le couvercle vert du composteur et tassait le tout du plat de la main. L'odeur était douce, un peu poivrée. Il referma le bac avec la satisfaction tranquille du travail bien fait.

Un jardin de lotissement et un rituel d'automne bien rodé

Gérard a soixante-quatre ans et habite depuis vingt-deux ans une maison mitoyenne en bordure de Tours. Ancien conducteur de bus, il a pris sa retraite il y a quatre ans et s'est découvert une passion lente pour le jardin. Derrière la maison, il y a une pelouse, trois rangs de légumes, un vieux tilleul et un érable planté à la naissance de sa fille. Chaque automne, ces deux arbres lâchent une montagne de feuilles qui recouvre tout en quelques semaines.

Sa femme, Martine, s'occupe des fleurs et lui des légumes, c'est une répartition qui ne s'est jamais vraiment discutée. Le composteur, lui, appartient aux deux, ou plutôt à personne en particulier. Il a été distribué par l'agglomération il y a trois ans, un bac en plastique de quatre cents litres avec un couvercle et une petite trappe en bas. Depuis, les épluchures de la cuisine y finissent, ainsi que le marc de café et quelques tontes estivales.

Le rituel des feuilles, Gérard l'aime particulièrement. Il y voit une forme de boucle parfaite, quelque chose qui tombe de l'arbre et retourne au sol sans passer par la déchetterie. Pendant des années, il remplissait des sacs qu'il emportait au point de collecte, le coffre de la voiture plein de poussière brune. Il trouvait ça absurde, ces allers-retours en voiture pour se débarrasser de ce que la nature produisait gratuitement. Le composteur lui avait semblé une réponse simple, presque évidente.

Cette année, il décide de tout mettre dans le bac

Cet automne-là, Gérard a pris une décision qu'il trouvait raisonnable. Plutôt que de garder quelques sacs de feuilles pour pailler les massifs, comme le faisait Martine, il voulait tout composter. Il avait lu sur un forum qu'un bon compost se fabriquait avec de la matière végétale en quantité. Les feuilles étaient abondantes, propres, sans produit chimique, et il ne voyait pas pourquoi elles ne feraient pas un excellent terreau pour ses tomates au printemps suivant.

En trois samedis, il a ratissé la pelouse, les allées et le potager. Trois brouettes pleines, puis une quatrième, tassées à chaque fois pour faire de la place. Le bac débordait presque, il fallait appuyer sur le couvercle pour le fermer. Gérard en a parlé au voisin, Patrick, par-dessus la haie, avec une certaine fierté. Patrick a hoché la tête, poli, sans rien ajouter. Lui brûlait ses feuilles autrefois, avant l'interdiction, et ne savait plus trop quoi en faire.

Martine, elle, a levé un sourcil quand elle a vu le bac rempli à ras bord. Elle a demandé où iraient les épluchures de l'hiver, puisqu'il n'y avait plus de place. Gérard a répondu que les feuilles allaient vite se tasser et que ça descendrait en quelques semaines. Pour l'hiver, il mettrait les épluchures dans un seau sur la terrasse, en attendant. Ce seau, soyons honnêtes, a fini assez vite à la poubelle ordinaire, faute de place et de motivation.

« J'ai fait exactement ce qu'il fallait, j'ai mis que du naturel, je comprends pas ce qui a coincé. »

En décembre, le niveau du bac n'a presque pas baissé

Début décembre, en sortant pour couvrir les artichauts, Gérard a soulevé le couvercle par curiosité. Les feuilles avaient un peu tassé, peut-être d'une dizaine de centimètres, mais pas davantage. Elles étaient sèches sur le dessus, à peine humides en dessous, et gardaient leur forme. On reconnaissait encore parfaitement les feuilles en étoile de l'érable. Il a pensé que le froid ralentissait tout et que les choses repartiraient avec les beaux jours, comme chaque année au jardin.

Il se souvenait vaguement d'avoir vu, à la télévision, un tas de compost fumer par un matin froid. Il a glissé la main dans le bac, jusqu'au poignet, pour sentir. Rien, aucune chaleur, juste la fraîcheur du dehors et une légère odeur de sous-bois. Il a refermé sans s'inquiéter outre mesure. Après tout, un composteur n'était pas un four, et la nature avait son propre rythme, plus lent que le sien.

En janvier, la neige est tombée deux jours et le bac est resté sous un petit chapeau blanc. Gérard n'y a plus pensé jusqu'en février. Le seul détail qui l'a gêné, c'est la trappe du bas. Il l'a ouverte pour voir s'il y avait déjà un peu de terreau à récupérer. Ce qui en est sorti ressemblait à des feuilles mouillées collées en plaques, pas du tout à la terre sombre et grumeleuse qu'il attendait.

Au printemps, un bloc froid qu'il n'arrive pas à comprendre

Fin mars, le soleil revenu, Gérard a voulu récolter de quoi préparer ses semis. Il a soulevé le couvercle et a découvert un bloc brun, compact, plaqué en couches serrées. La fourche s'y enfonçait mal, comme dans un vieux matelas humide. L'intérieur était froid, sans odeur forte, sans aucune trace de ces vers rouges qu'il voyait d'habitude grouiller dans le bac. Six mois après, il retrouvait ses feuilles presque telles qu'il les avait laissées.

Il en a parlé à Martine pendant le déjeuner, un peu vexé. J'ai fait exactement ce qu'il fallait, j'ai mis que du naturel, a-t-il dit en coupant son pain. Elle a suggéré que le plastique du bac était peut-être de mauvaise qualité. Patrick, consulté le lendemain, a avancé l'hiver trop rigoureux. Un cousin au téléphone a parlé d'un activateur de compost vendu en jardinerie, une poudre à saupoudrer qui devait tout relancer, paraît-il.

Gérard a acheté le sachet, douze euros, et l'a saupoudré consciencieusement sur le dessus. Il a arrosé, comme indiqué sur l'emballage, puis il a attendu deux semaines. Rien n'a changé, ou si peu. Le bloc restait froid, la fourche butait toujours sur les mêmes couches feutrées. C'est là qu'il a commencé à se dire qu'il n'avait peut-être pas compris quelque chose de fondamental. Le problème ne venait sans doute ni du bac ni de l'hiver.

« Vos feuilles n'ont pas pourri, elles ont juste attendu qu'on leur donne de quoi travailler. »

Au jardin partagé, Sonia lui explique ce qui manquait

Un samedi d'avril, Gérard est passé au jardin partagé du quartier, où une association organisait une matinée sur le compost. Il y avait une dizaine de personnes autour de trois grands bacs en bois. Sonia, la quarantaine, maraîchère de métier, animait l'atelier les mains dans la terre. Quand Gérard a raconté son histoire, elle a souri, sans moquerie. Elle avait entendu ce récit des dizaines de fois, a-t-elle dit, et c'était presque toujours la même cause.

Selon elle, les feuilles mortes sont une matière très riche en carbone et très pauvre en azote. Un compost, expliquait-elle, a besoin des deux pour que les micro-organismes travaillent et chauffent le tas. Les tontes de gazon, les épluchures, le marc de café apportent cet azote. Sans eux, les bactéries manquent de nourriture et la décomposition traîne. Elle ajoutait que les feuilles se collent en plaques qui empêchent l'air de circuler, ce qui bloque encore davantage le processus.

Vos feuilles n'ont pas pourri, elles ont juste attendu qu'on leur donne de quoi travailler, a résumé Sonia en tapotant le bord d'un bac. Elle a montré comment elle alternait, chez elle, une couche de feuilles et une couche de déchets verts, en brassant à la fourche toutes les trois ou quatre semaines. Gérard repensait au seau d'épluchures abandonné sur la terrasse. Il avait justement retiré du bac tout ce qui aurait pu faire chauffer ses feuilles.

Ce que Gérard fait désormais de ses feuilles d'automne

Sonia lui a aussi parlé d'une autre voie, que Gérard ne connaissait pas du tout. Les feuilles, mises à part dans un grand silo grillagé ou même dans des sacs percés et humidifiés, finissent par donner du terreau de feuilles. Ce n'est pas du compost à proprement parler, plutôt une décomposition lente par les champignons. Il faut compter un à deux ans, a-t-elle précisé, mais le résultat est une matière fine, légère et parfaite pour les semis.

Gérard a donc séparé les choses. Il a vidé la moitié de son bloc dans un cylindre de grillage monté près de la haie, bien arrosé, pour fabriquer ce terreau à son rythme. L'autre moitié est restée dans le composteur, mélangée aux tontes de mai et aux épluchures. Trois semaines plus tard, en enfonçant la main, il a senti une tiédeur qu'il n'avait jamais connue dans ce bac. J'ai cru que quelqu'un avait mis une bouillotte dedans, a-t-il raconté à Martine.

Il n'a rien perdu, au fond, sinon un printemps et douze euros d'activateur inutile. Ses tomates ont poussé dans le terreau acheté en jardinerie, et il s'en est accommodé. Mais l'automne suivant, les feuilles du tilleul ont pris deux chemins différents, et Patrick, par-dessus la haie, a fini par demander comment faire. On connaît tous ça, ces gestes qu'on croit évidents et qui demandent juste un peu d'équilibre. Avant de remplir votre bac, regardez ce qui l'accompagne.

« J'ai cru que quelqu'un avait mis une bouillotte dedans, tellement c'était tiède sous la main. »

  • Ne pas remplir le composteur uniquement de feuilles mortes : elles apportent surtout du carbone.
  • Alterner feuilles et matières azotées comme tontes, épluchures ou marc de café.
  • Brasser le tas à la fourche toutes les trois à quatre semaines pour l'aérer.
  • Garder le surplus de feuilles à part dans un silo grillagé ou des sacs percés et humidifiés.
  • Compter un à deux ans pour obtenir un terreau de feuilles fin, idéal pour les semis.
  • Conserver quelques feuilles sèches pour pailler les massifs pendant l'hiver.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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