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Le radiateur du couloir cliquetait en refroidissant, et la pendule de la cuisine marquait sept heures moins le quart. Didier avait posé son bol de café à côté de l'enveloppe, sans l'ouvrir tout de suite. Dehors, la brume de la Loire collait aux vitres de la maison de Joué-lès-Tours. Il a fini par déchirer le papier, a lu le montant, puis l'a relu.
Une maison de Joué-lès-Tours où l'on surveille chaque dépense
Didier a cinquante-huit ans et travaille comme magasinier dans une entreprise de matériel agricole, à la sortie de Tours. Avec Sylvie, sa femme, il habite depuis vingt ans une maison des années quatre-vingt, avec un petit jardin et un garage. Leurs deux enfants sont partis, il ne reste que le chat et les habitudes bien installées. Le chauffage est électrique, un mélange de vieux convecteurs et de deux radiateurs à inertie achetés il y a cinq ans.
Chez eux, on ne gaspille pas, c'est presque une fierté familiale. Sylvie éteint les lumières derrière tout le monde, Didier baisse le thermostat dès qu'il part au travail. Les factures sont rangées dans un classeur bleu, année après année, dans le buffet de la salle à manger. Ils savent à peu près ce qu'ils paient, sans jamais avoir vraiment regardé comment le montant se construit, ligne par ligne.
Depuis la hausse des prix de l'énergie, pourtant, le sujet revenait souvent à table. Les voisins en parlaient, les collègues aussi, et chacun avait son astuce pour grignoter quelques euros. Didier écoutait, prenait des notes mentales, et se disait qu'il finirait par trouver la bonne. Le compteur Linky, installé trois ans plus tôt dans l'entrée, clignotait doucement de son petit voyant vert, sans que personne n'y prête attention.
Le conseil d'un collègue et un changement d'option en dix minutes
C'est Patrick, un collègue de l'entrepôt, qui lui a parlé des heures creuses un midi de septembre. Lui avait basculé l'année précédente et disait économiser une jolie somme chaque mois. Il lançait son lave-vaisselle la nuit, son ballon d'eau chaude chauffait entre minuit et six heures, et il en était ravi. Didier a trouvé l'idée simple, logique, presque évidente : payer moins cher le courant quand le réseau est moins chargé.
Le soir même, il en a parlé à Sylvie, qui a haussé les épaules sans s'y opposer. Il a appelé son fournisseur le lendemain, et la conseillère a fait la modification à distance, grâce au Linky. Aucun technicien à attendre, aucun papier à signer, tout s'est réglé en une dizaine de minutes. On lui a indiqué ses plages d'heures creuses, de vingt-trois heures à sept heures, et la conversation s'est arrêtée là.
Il est un peu fier, ce soir-là, d'avoir enfin agi au lieu de seulement râler. Il programme le lave-linge en différé, règle le lave-vaisselle pour qu'il démarre tard. Il dira plus tard, en riant jaune, qu'il s'était senti malin. J'avais l'impression d'avoir trouvé le bon bouton, voilà ce qu'il répète aujourd'hui. Personne ne lui avait parlé du prix de l'abonnement, et il n'avait pas pensé à poser la question.
« J'avais l'impression d'avoir trouvé le bon bouton, et au final c'est moi qui payais plus cher chaque mois. »
Un chiffre sur la facture d'octobre qui ne colle pas vraiment
La première facture après le changement arrive fin octobre, et elle ne baisse presque pas. Didier la compare rapidement à celle de l'année précédente, constate quelques euros d'écart seulement. Il se dit que le mois a été doux, que les économies viendront avec l'hiver. Après tout, Patrick avait parlé de résultats sur l'année entière, pas sur quelques semaines. Il range le papier dans le classeur bleu et n'y pense plus.
Sylvie, elle, remarque un détail qu'elle garde pour elle. La ligne de l'abonnement lui semble un peu plus haute qu'avant, mais elle croit à une hausse générale des tarifs. On connaît tous ça, ces petites augmentations qui passent sans qu'on y fasse attention. Elle se promet d'en parler à Didier, puis le repas, la télévision et la fatigue emportent la pensée. Le grain de sable était là, imprimé noir sur blanc.
En novembre, le froid arrive d'un coup, avec des matinées blanches sur les champs autour de Joué. Didier monte le chauffage le matin, quand il prépare le café, et le soir en rentrant du travail. Les convecteurs tournent surtout entre dix-sept heures et vingt-deux heures, au moment où la maison se refroidit. Il ne relie pas encore ces horaires au découpage de sa journée tarifaire. Le ballon d'eau chaude, lui, chauffait déjà la nuit depuis toujours.
Décembre, une facture plus lourde et des appels qui tournent en rond
Le matin de décembre, devant son bol de café, Didier découvre donc ce montant qu'il relit deux fois. Soixante-quatorze euros de plus que l'an dernier à la même période, malgré tous ses efforts. Il pense d'abord à une erreur, à un compteur déréglé, peut-être à une fuite électrique quelque part. Il descend au garage vérifier le congélateur, fait le tour des prises, débranche la vieille télévision du grenier.
Il appelle ensuite le service client, attend vingt minutes sur une musique d'ascenseur. Le conseiller lui explique que les relevés sont normaux, transmis automatiquement par le Linky, sans anomalie détectée. Didier insiste, parle d'une panne possible, demande qu'on envoie quelqu'un. Je lui disais que c'était forcément le compteur, et lui me répondait que tout fonctionnait très bien, raconte-t-il. La conversation se termine sans réponse claire, et il raccroche plus énervé qu'avant.
Le soir, il en parle à Patrick par téléphone, qui ne comprend pas non plus. Chez moi ça marche, répète le collègue, tu dois faire quelque chose de travers. Sylvie ressort alors les factures du classeur bleu et les étale sur la table de la cuisine. Elle pose les deux années côte à côte, sous la lampe, avec un crayon et une calculatrice. C'est elle qui commence à voir que le problème n'est pas là où ils cherchaient.
« Je lui disais que c'était forcément le compteur, et lui me répondait que tout fonctionnait très bien. »
Ce n'était ni le froid ni le compteur, mais leurs horaires
Sylvie compare d'abord l'abonnement, et l'écart saute aux yeux : il coûte plus cher en option heures creuses. Puis elle regarde les prix du kilowattheure, et découvre que les heures pleines sont facturées au-dessus de l'ancien tarif unique. Les heures creuses sont moins chères, c'est vrai, mais seulement la nuit. Tout l'intérêt de l'option repose donc sur une condition simple : consommer suffisamment pendant ces plages-là.
Pour en avoir le cœur net, Didier se connecte à son espace client, sur les conseils de sa fille au téléphone. Il y trouve l'historique de consommation, gratuit, que le Linky transmet jour après jour. Les courbes sont parlantes : la grande majorité de leur électricité part en fin d'après-midi et en soirée. Le chauffage, leur plus gros poste, tourne justement en heures pleines, au tarif le plus élevé.
Le lave-vaisselle et le lave-linge déplacés la nuit ne pesaient presque rien face aux convecteurs. Quant au ballon d'eau chaude, il bénéficiait déjà d'un fonctionnement nocturne avant le changement, donc aucun gain nouveau. Soyons honnêtes, Didier avait copié la solution de Patrick sans regarder sa propre maison. Chez son collègue, le chauffage au bois et une voiture électrique rechargée la nuit changeaient tout le calcul. On a payé plus cher pour se donner bonne conscience, résume Sylvie.
Ce qu'ils ont changé, et ce que chacun peut vérifier chez soi
Après plusieurs soirées de calculs, le couple a décidé de revenir à l'option de base pour l'hiver suivant. Didier a refait l'opération avec son fournisseur, aussi vite que la première fois, mais cette fois en posant toutes les questions. Il a demandé le prix de l'abonnement, celui du kilowattheure dans chaque option, et noté les réponses. Dans leur cas, il aurait fallu basculer bien plus de consommation la nuit pour s'y retrouver.
Le chiffre exact dépend des tarifs du moment et de chaque foyer, et c'est justement ce qui piège. Didier ne prétend pas que les heures creuses sont une mauvaise affaire pour tout le monde. Chez lui, avec ses habitudes et son chauffage, elles ne l'étaient pas, voilà tout. Il a simplement appris à regarder ses propres courbes avant d'écouter les conseils des autres. Les quelques points qui suivent résument ce qu'il aurait aimé savoir en septembre.
Aujourd'hui, le classeur bleu contient une nouvelle feuille, glissée devant les factures de l'année. Sylvie y a recopié, au crayon, la part de leur consommation en heures creuses, mois par mois. Didier, lui, jette un œil à l'historique de l'espace client chaque premier dimanche du mois, avec son café. Le compteur clignote toujours dans l'entrée, de son petit voyant vert. Mais désormais, dans la maison de Joué-lès-Tours, quelqu'un sait ce qu'il raconte.
« Le chauffage tournait le soir, en plein dans les heures pleines, et on ne l'avait jamais remarqué. »
- Comparer le prix de l'abonnement entre l'option de base et l'option heures creuses, il est plus élevé dans la seconde.
- Vérifier le prix du kilowattheure en heures pleines, supérieur au tarif unique de l'option de base.
- Consulter l'historique gratuit de consommation dans son espace client pour voir à quelles heures on consomme.
- Estimer la part de consommation réellement déplaçable la nuit : chauffage, ballon d'eau chaude, recharge, électroménager.
- Se rappeler que l'option n'est rentable que si une part suffisante de la consommation bascule en heures creuses.
- Demander ses plages horaires exactes au fournisseur, elles varient selon les logements.
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