Il ferme ses volets toute la journée à Dijon pour garder la chaleur : en novembre, sa facture dépasse celle de l’an dernier de 64 euros

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Sept heures et demie, rue des Perrières, à Dijon. Gérard pousse la fenêtre du salon, attrape la sangle et abaisse le volet roulant dans un long grincement métallique. Dehors, le ciel d'octobre se teinte d'orange au-dessus des toits. Dans la pièce, la lumière disparaît d'un coup, la lampe de la cuisine reste seule allumée, et le radiateur claque doucement en se remettant à chauffer.

Une maison de briques, une routine réglée depuis la retraite

Gérard a cinquante-huit ans et une retraite anticipée de cheminot qu'il savoure sans se presser. Il habite avec Monique une maison de briques des années soixante, achetée il y a vingt-deux ans dans un quartier calme au sud de Dijon. Le salon donne plein sud sur un petit jardin, avec une grande baie vitrée et deux fenêtres plus étroites. La cuisine et les chambres regardent au nord, vers la rue, où passent le bus et les voisins qui promènent leurs chiens.

Depuis qu'il ne travaille plus, Gérard s'occupe des comptes de la maison avec un sérieux presque comique. Il note chaque relevé du compteur de gaz dans un carnet à spirale, rangé dans le tiroir du buffet. Monique se moque gentiment de lui, mais elle reconnaît que la méthode leur a déjà évité quelques mauvaises surprises. Les années passées, la facture de novembre tournait autour de cent soixante euros, une somme lourde mais prévisible, qu'ils avaient appris à absorber.

Le couple n'est pas du genre à gaspiller. Ils ont changé la chaudière il y a six ans, fait isoler les combles par une entreprise du coin et remplacé les vieilles fenêtres par du double vitrage. Le thermostat reste réglé à dix-neuf degrés, et Monique enfile un gilet plutôt que de pousser le chauffage. Bref, ils se sentent plutôt bons élèves, convaincus d'avoir fait ce qu'il fallait pour passer l'hiver sans trop payer.

L'idée qui semblait si raisonnable en lisant le journal

Tout commence à la mi-septembre, avec un article lu au comptoir du café, à propos de la hausse annoncée de l'énergie. Gérard rentre à la maison avec une idée en tête, qu'il expose à Monique pendant le déjeuner. Si les volets protègent du froid la nuit, pourquoi ne pas les garder fermés toute la journée, puisque les températures baissent déjà. Une couche d'air de plus entre la vitre et l'extérieur, c'est forcément de la chaleur qui reste dedans, explique-t-il en découpant son pain.

Monique hésite, parce qu'elle aime lire près de la baie, dans le fauteuil en velours vert. Elle trouve l'idée triste, un peu comme vivre dans une cave en plein automne. Mais Gérard insiste, chiffres à l'appui, et rappelle qu'ils peuvent bien allumer une lampe pour quelques centimes. Je préfère payer l'ampoule que le gaz, dit-il en haussant les épaules. Elle finit par céder, sans enthousiasme, en se promettant de s'installer plutôt à la cuisine pour lire.

Dès le premier octobre, la nouvelle routine s'installe. Gérard descend les volets du salon au réveil, ceux des chambres restent baissés depuis la veille, et la maison vit à la lumière électrique. Il se sent responsable, presque fier, comme quelqu'un qui protège son foyer contre une menace invisible. Soyons honnêtes, l'idée a quelque chose de logique, et beaucoup de gens autour de lui font exactement pareil. Son voisin Jacques, d'ailleurs, le félicite par-dessus la haie pour sa prévoyance.

« Je préfère payer l'ampoule que le gaz, franchement, une lampe ça coûte trois fois rien. »

Ces après-midi où le salon ne se réchauffe plus

Le premier signe passe presque inaperçu. Un mardi d'octobre, Monique remarque que le salon lui paraît plus froid qu'avant, alors que le thermostat affiche bien dix-neuf degrés. Elle se rappelle les années précédentes, quand le soleil de l'après-midi inondait le parquet et qu'elle retirait son gilet vers quinze heures. Cette année, elle le garde toute la journée, et ajoute même un plaid sur ses genoux. Elle en parle à Gérard, qui met cela sur le compte de la fatigue.

Il y a aussi ce détail du radiateur, sous la baie vitrée. Avant, il se coupait souvent au milieu de la journée, comme s'il n'avait plus rien à faire. Désormais, Gérard l'entend cliqueter et ronronner presque sans arrêt, même par les belles journées où le ciel reste bleu jusqu'au soir. Il le remarque, fronce les sourcils, puis se dit que l'automne est plus frais que d'habitude. Après tout, la météo annonce des matinées autour de cinq degrés.

Et puis il y a le carnet à spirale. Fin octobre, Gérard relève le compteur et trouve un chiffre plus élevé que l'an dernier à la même date. Il recompte, vérifie l'année précédente, refait l'addition sur un coin de nappe. L'écart n'est pas énorme, mais il va dans le mauvais sens. C'est sûrement le froid, ça va se rattraper, dit-il à Monique, qui ne répond rien. Il range le carnet, un peu agacé, sans changer quoi que ce soit.

La facture de novembre et les coups de fil sans réponse

La facture arrive un samedi matin, glissée dans la boîte aux lettres entre deux prospectus. Gérard l'ouvre debout dans l'entrée, encore en chaussons. Deux cent vingt-quatre euros, soit soixante-quatre de plus que l'année précédente, alors que le prix du gaz n'a pas bougé autant. Il relit les chiffres trois fois, comme si le papier allait se corriger tout seul. Monique le trouve assis sur la première marche de l'escalier, la feuille posée sur les genoux.

Le lundi, il appelle son fournisseur, persuadé d'une erreur de relevé. Après vingt minutes d'attente et une musique en boucle, une conseillère lui confirme que la consommation est bien réelle. Il appelle ensuite le chauffagiste qui entretient la chaudière, un homme patient qui passe dans la semaine. L'appareil tourne parfaitement, les réglages sont bons, aucune fuite nulle part. Votre chaudière, elle fait juste ce qu'on lui demande, conclut-il en refermant sa caisse à outils.

Gérard soupçonne alors les fenêtres, malgré le double vitrage tout neuf. Il passe une bougie le long des joints, guette la flamme, colle sa main contre le cadre. Rien, pas le moindre courant d'air. Il commence à douter de tout, de l'isolation des combles, du thermostat, de son propre carnet. On connaît tous ce moment où l'on cherche partout sauf au bon endroit. Monique, elle, observe la pièce plongée dans la pénombre et repense à son fauteuil vert près de la baie.

« C'est sûrement le froid, ça va se rattraper, on a eu des matinées vraiment fraîches ce mois-ci. »

Ce que le soleil d'octobre apportait chaque après-midi

La réponse vient de leur fille, Claire, ingénieure dans un bureau d'études thermiques à Lyon. Elle passe le week-end chez eux et s'étonne de trouver la maison dans le noir à midi. Quand son père lui raconte l'histoire de la facture, elle rit d'abord, puis s'assoit et prend le temps d'expliquer. Une fenêtre au sud, par une journée ensoleillée d'automne, fait entrer plus de chaleur qu'elle n'en laisse partir, dit-elle. En fermant les volets, tu as coupé ton meilleur radiateur.

Elle détaille, un crayon à la main sur le dos d'une enveloppe. En octobre, le soleil est bas sur l'horizon, ses rayons entrent loin dans la pièce et réchauffent le sol, les murs, les meubles. Cette chaleur reste ensuite piégée derrière le double vitrage pendant des heures. Le volet fermé la journée bloque cet apport gratuit, alors que la vitre perd relativement peu tant qu'il fait jour et doux. La chaudière devait donc compenser seule tout ce que le soleil offrait auparavant.

Les volets ne sont pas inutiles pour autant, précise Claire. Leur vrai rôle commence à la tombée de la nuit, quand il n'y a plus rien à gagner et que le froid s'installe dehors. Là, la lame d'air entre le volet et la vitre réduit réellement les pertes, surtout sur les grandes baies. Gérard écoute en silence, regarde la baie fermée, puis le radiateur qui ronronne. Donc j'ai fait l'inverse de ce qu'il fallait, au mauvais moment, murmure-t-il en souriant à moitié.

Une nouvelle routine, réglée sur la course du soleil

Dès le lendemain, Gérard change ses habitudes. Le matin, il remonte les volets du salon dès que le soleil passe au-dessus du toit voisin, vers neuf heures. Côté nord, il les ouvre aussi pour la lumière, mais sans attendre de gain de chaleur. Le soir, au premier signe de crépuscule, il fait le tour de la maison et ferme tout, sans exception. Monique a retrouvé son fauteuil vert, et elle retire de nouveau son gilet vers quinze heures.

Au bout de deux semaines, le carnet à spirale raconte une autre histoire. La consommation quotidienne redescend nettement les jours de beau temps, et le radiateur sous la baie se tait l'après-midi. Gérard estime qu'il rattrapera une bonne partie de l'écart sur l'hiver, même s'il sait que les journées grises compteront moins. Il a aussi pris l'habitude de regarder la météo le soir, pour savoir si le lendemain vaudra la peine d'ouvrir grand. Les jours couverts, il entrouvre seulement, pour la lumière.

Il en a parlé à Jacques, par-dessus la haie, qui a reçu lui aussi une facture plus lourde. Les deux hommes ont fait le tour de leurs maisons en comparant les orientations, comme deux élèves devant un devoir. Gérard garde de cet automne une leçon simple, qu'il répète à qui veut l'entendre au café. Le soleil, c'est gratuit, mais il faut lui ouvrir la porte au bon moment, dit-il. Quelques gestes suffisent pour vérifier chez soi.

« En fermant les volets toute la journée, papa, tu as coupé ton meilleur radiateur, celui qui ne coûte rien. »

  • Repérer l'orientation de chaque fenêtre : les baies au sud sont les plus utiles en automne.
  • Ouvrir les volets côté soleil dès qu'il touche la vitre, les jours ensoleillés.
  • Fermer tous les volets dès la tombée de la nuit, quand ils limitent vraiment les pertes.
  • Dégager l'espace devant les baies pour que le soleil chauffe le sol et les murs.
  • Relever son compteur chaque semaine pour voir l'effet de ses habitudes.
  • Les jours très couverts, ouvrir pour la lumière sans compter sur un gain de chaleur.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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