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Sept heures du matin, fin avril, et la pluie tambourinait encore sur la gouttière en zinc. Gérard, tasse à la main, écoutait le glouglou régulier qui descendait dans la cuve enterrée au fond du jardin. Il souriait. Dans la salle de bains, la chasse d'eau venait de se remplir avec cette eau-là, gratuite, tombée du ciel pendant la nuit.
Une maison de briques, un jardin et trente ans d'habitudes
Gérard a cinquante-huit ans et il habite depuis trente ans une maison de briques à la sortie d'un bourg de la Sarthe. Ancien technicien de maintenance dans une usine de cartonnage, il a gardé l'habitude de tout réparer lui-même. Sa femme, Martine, dit qu'il ne jette jamais une vis. Le garage déborde de boîtes étiquetées au feutre noir, rangées par diamètre et par longueur.
Le jardin, c'est leur fierté commune. Martine s'occupe des tomates et des dahlias, Gérard des haricots et du compost. Depuis une dizaine d'années, un récupérateur de trois cents litres recueillait l'eau du toit pour l'arrosage. L'été, il se vidait en quelques jours à peine. Gérard pestait chaque fois qu'il devait reprendre le tuyau branché sur le robinet de la cuisine, avec le compteur qui tournait.
Leurs factures d'eau, ils les connaissaient par cœur, ou presque. Autour de quatre cents euros par an pour deux personnes, plus quand les petits-enfants venaient passer les vacances. Gérard avait fait ses calculs sur un coin de cahier, comme toujours. Une bonne partie de l'eau partait dans les toilettes, de l'eau potable, traitée, payée au mètre cube. Cette idée-là lui trottait dans la tête depuis des mois, sans le lâcher.
Le grand projet de la cuve enterrée, mené en solo
Au printemps de l'année précédente, Gérard s'est décidé. Il a acheté une cuve en polyéthylène de trois mille litres, une pompe immergée et plusieurs dizaines de mètres de tuyau. Un voisin agriculteur lui a prêté une mini-pelle pour un week-end entier. Le trou au fond du jardin a pris deux jours, et Martine a regardé les dahlias déplacés avec un air un peu inquiet.
Ensuite, il a tiré un tuyau jusqu'à la maison, en passant par le vide sanitaire. Il a raccordé les deux toilettes, celle du rez-de-chaussée et celle de l'étage, sur ce nouveau circuit. Il a gardé l'arrivée du réseau public en secours, avec une vanne. Soyons honnêtes, le travail était propre, les colliers bien serrés, les coudes soignés. Il en était fier, et il avait de quoi.
Ce que je fais chez moi, ça me regarde, disait-il à son beau-frère au téléphone. Il ne voyait pas pourquoi il aurait prévenu qui que ce soit. L'eau tombait sur son toit, il la stockait dans son jardin, il l'utilisait dans sa maison. Martine avait posé la question de la mairie, une fois, au dîner. Il avait haussé les épaules et changé de sujet, en parlant du rendement de la pompe.
« Ce que je fais chez moi, ça me regarde, c'est ce que je pensais vraiment à l'époque. »
Une facture trop légère qui aurait dû l'alerter
Les premiers mois ont été une petite victoire quotidienne. Le relevé suivant affichait une consommation en nette baisse, près d'un tiers en moins selon ses calculs. Gérard avait collé la facture sur le frigo avec un aimant en forme de grenouille. Les petits-enfants, en août, tiraient la chasse sans que leur grand-père soupire. Il leur expliquait fièrement que c'était l'eau du nuage de la veille.
Un détail, pourtant, ne collait pas tout à fait. Sur la facture, la ligne assainissement avait baissé exactement dans les mêmes proportions que l'eau potable. Gérard l'avait remarqué sans s'y arrêter vraiment. Il s'était dit que c'était logique, puisqu'on paie les égouts selon ce qu'on consomme. Sauf que l'eau de ses toilettes, elle, continuait bien de partir dans le tout-à-l'égout de la rue.
Un soir de septembre, Martine avait soulevé la question en pliant le linge. Elle disait que ça partait bien quelque part, toute cette eau des toilettes. Gérard avait répondu que ce n'était pas son problème, que c'était de l'eau de pluie. Il pensait sincèrement être dans son bon droit. On connaît tous ça, cette petite voix qu'on fait taire parce que tout fonctionne et que l'économie se voit.
Le courrier du service des eaux arrive en plein mois de juin
L'été suivant, au début du mois de juin, une enveloppe à en-tête est arrivée avec le reste du courrier. Le service des eaux de l'intercommunalité signalait une baisse anormale de consommation au regard de la composition du foyer. Un agent était passé relever le compteur et avait remarqué la cuve et le regard en béton au fond du jardin. Le courrier demandait des explications précises.
Gérard a d'abord cru à une erreur. Il a appelé le numéro indiqué, a attendu vingt minutes avec une musique en boucle. La conseillère lui a demandé s'il utilisait de l'eau de pluie à l'intérieur de son habitation. Il a dit oui, sans détour, en expliquant son installation avec une pointe de fierté. Un silence a suivi au bout du fil, puis un bruit de clavier.
Elle lui a expliqué qu'une déclaration aurait dû être faite en mairie, et qu'aucune n'apparaissait à son adresse. Gérard a raccroché, un peu sonné, et il est sorti dans le jardin. Il a ouvert le regard de la cuve et a regardé l'eau sombre, immobile. Il a dit à Martine qu'il avait l'impression d'avoir triché sans le savoir, et ça lui restait en travers.
« J'avais l'impression d'avoir triché sans le savoir, et franchement, ça me restait en travers de la gorge. »
Ce n'était pas l'eau de pluie, c'était ce qui repart à l'égout
Le lendemain, Gérard s'est rendu à la mairie, la facture pliée dans la poche de sa veste. La secrétaire lui a sorti un formulaire et lui a parlé d'un arrêté du 21 août 2008. Ce texte encadre l'utilisation de l'eau de pluie à l'intérieur des bâtiments. Les toilettes et le lavage des sols y sont autorisés, à condition de respecter des règles précises.
Il fallait déclarer l'usage en mairie, avoir un réseau totalement séparé de l'eau potable, sans aucune connexion possible entre les deux. Les robinets alimentés par l'eau de pluie doivent porter une plaque indiquant qu'elle n'est pas potable. Gérard avait bien une vanne entre les deux circuits, mais justement, pour la mairie, c'était là que se trouvait le risque de retour vers le réseau public.
Surtout, la secrétaire lui a rappelé une chose simple. L'eau de pluie qu'il utilisait dans ses toilettes finissait dans les égouts, et le traitement de cette eau a un coût. Faute de compteur sur son circuit, le service appliquait un forfait d'assainissement. Le problème, ce n'était pas l'eau que je prenais, c'était celle que je rendais, a résumé Gérard le soir à Martine.
Mise en conformité, forfait payé et conseils aux voisins
La note est arrivée en juillet avec un rattrapage forfaitaire d'assainissement, calculé selon le nombre d'occupants du foyer. Une partie de l'économie espérée s'envolait, sans compter les frais pour refaire l'installation. Gérard a supprimé la liaison avec le réseau public et installé un vrai disconnecteur. Il a posé un petit compteur sur le circuit de pluie pour que l'assainissement soit calculé au réel.
Il a aussi rempli la déclaration en mairie, cette fois avec Martine à côté, qui relisait chaque ligne. Il a collé des étiquettes eau non potable sur les robinets concernés. Les toilettes fonctionnent toujours avec l'eau du toit, et l'arrosage aussi. Je ne regrette pas la cuve, je regrette d'avoir fait le malin, dit-il désormais quand on l'interroge.
Au café du bourg, il est devenu celui qu'on vient consulter avant de creuser. Deux voisins avaient le même projet en tête, et il leur a raconté son histoire en détail. Avant tout, il conseille de passer en mairie et de se renseigner auprès du service des eaux local. Les règles de facturation varient d'une commune à l'autre, et mieux vaut connaître les siennes avant le premier coup de pelle.
« Le problème, ce n'était pas l'eau que je prenais, c'était celle que je rendais aux égouts. »
- Déclarer en mairie tout usage d'eau de pluie à l'intérieur de la maison, comme le prévoit l'arrêté du 21 août 2008.
- Installer un réseau totalement séparé, sans aucune connexion possible avec l'eau potable.
- Signaler chaque robinet alimenté par l'eau de pluie avec une mention eau non potable.
- Se renseigner auprès du service des eaux sur le calcul de l'assainissement : compteur ou forfait.
- Poser un compteur sur le circuit de pluie pour être facturé au réel plutôt qu'au forfait.
- Réserver l'eau de pluie aux usages autorisés : toilettes, lavage des sols, arrosage.
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