Elle pose sur son chat la pipette antipuces du chien, même marque : le soir, il bave et tremble sous le radiateur du salon

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le radiateur cliquetait sous la fenêtre du salon, il était presque vingt-deux heures. Sylvie a d'abord entendu un bruit mouillé, comme une respiration encombrée. Elle s'est penchée, la tasse de tisane encore à la main. Sous la fonte tiède, Pilou, son vieux chat tigré, bavait sur le carrelage, les pattes agitées de petites secousses qu'elle ne lui avait jamais vues.

Une maison de campagne, un chien, un chat et des habitudes

Sylvie a cinquante-huit ans et vit depuis vingt ans dans une longère au bout d'un chemin, près de Vendôme. Elle travaille à mi-temps à la médiathèque du bourg et passe le reste de ses journées au jardin. Autour d'elle, deux compagnons rythment la maison : Bruno, un grand croisé labrador de sept ans, et Pilou, un chat tigré de douze ans. Le chien suit Sylvie partout, le chat règne sur le fauteuil près de la fenêtre. Ils dorment parfois l'un contre l'autre, ce qui fait toujours sourire les voisins.

La vie de la maison tient à quelques gestes répétés. Les croquettes le matin, la promenade dans les champs à midi, la brosse le dimanche soir. Sylvie n'aime pas les complications et elle a confiance dans ses routines, qui ont toujours bien marché. Elle connaît ses bêtes par cœur, leurs bruits, leurs humeurs, leurs coins préférés. Quand Pilou boude, elle le sait avant même de le voir. Quand Bruno a mal à une patte, elle le devine à sa façon de monter les marches du perron.

Chaque printemps revient la même corvée, celle des puces et des tiques. Avec les champs autour, les haies et les chevreuils qui passent la nuit, les parasites ne manquent pas. Bruno revient de ses balades couvert de graines et parfois d'une tique accrochée derrière l'oreille. Pilou, lui, sort moins, mais il chasse les mulots dans la grange. Sylvie traite les deux animaux depuis des années, sans jamais avoir eu le moindre souci. Pour elle, c'était une affaire réglée, presque aussi banale que de changer l'eau des gamelles.

La boîte du chien semblait faire l'affaire pour deux

Ce samedi d'avril, Sylvie est passée à la jardinerie de la zone commerciale pour acheter du terreau. Au rayon animalerie, elle a pris une boîte de pipettes antipuces, la même marque que d'habitude, avec un chien souriant sur l'emballage. Elle cherchait aussi celle du chat, mais le rayon était vide à cet endroit. Le vendeur, débordé, lui a dit qu'une livraison arrivait la semaine suivante. Sylvie a haussé les épaules, elle ne voulait pas refaire vingt kilomètres pour une pipette.

En rentrant, elle a fait un calcul simple, que beaucoup de propriétaires ont sans doute déjà fait. Même marque, même laboratoire, même usage : tuer les puces. La boîte contenait des pipettes pour grands chiens, mais aussi pour petits chiens de moins de dix kilos. Pilou en pèse cinq. Une petite pipette pour un petit animal, cela lui paraissait logique et raisonnable. Soyons honnêtes, on connaît tous cette petite voix qui dit que c'est presque pareil, que ça ira bien.

Elle en a même parlé à sa sœur au téléphone, un peu fière de son astuce économique. J'ai pris la plus petite dose, je la coupe en deux s'il faut, il ne risque rien, a-t-elle expliqué en riant. Sa sœur n'a rien objecté, elle n'a pas d'animaux. Le soir même, Sylvie a posé la grande pipette sur la nuque de Bruno, qui s'est laissé faire en remuant la queue. Puis elle a attrapé Pilou sur le fauteuil et vidé une petite pipette entre ses omoplates.

« Je me suis dit, même marque, même boîte, je prends la petite dose et c'est réglé. »

Un chat qui se lèche trop et disparaît sous le radiateur

Les premières minutes n'ont rien eu d'alarmant. Pilou s'est secoué, comme chaque fois qu'on lui touche le cou, puis il a filé vers la cuisine. Sylvie a rangé la boîte dans le placard de l'entrée et lancé la soupe du soir. Elle a remarqué que le chat se léchait beaucoup, en se tordant pour atteindre son dos. Elle a pensé que l'odeur du produit le gênait, ce qui arrive souvent. Rien de plus, rien qui mérite qu'on s'arrête vraiment.

Vers vingt heures, pourtant, Pilou n'est pas venu réclamer sa pâtée, ce qui ne lui ressemble pas du tout. Sylvie l'a appelé deux fois, puis elle l'a trouvé tapi sous le radiateur du salon. Il avait les pupilles très larges et les oreilles qui frémissaient. Elle a mis ça sur le compte de la fatigue, il a douze ans après tout. Elle a posé la gamelle près de lui, il ne l'a même pas reniflée. Bruno, inquiet, tournait autour du radiateur en gémissant doucement.

Elle s'est installée devant le journal télévisé, en jetant un œil de temps en temps vers le chat. Les tremblements ont commencé à ce moment-là, d'abord dans une patte, puis dans tout le dos. On aurait dit qu'il avait froid, a-t-elle raconté plus tard, alors qu'il était collé au chauffage. Elle a cru à un coup de froid ou à une souris mal digérée. Ce n'est qu'en entendant ce bruit mouillé, vers vingt-deux heures, qu'elle s'est vraiment penchée sur lui.

Le téléphone du vétérinaire sonne dans le vide un samedi soir

Sous le radiateur, Pilou bavait abondamment, le menton trempé, le corps agité de spasmes réguliers. Sylvie l'a sorti avec une serviette, il était brûlant et raide à la fois. Elle a d'abord pensé à un empoisonnement, un produit de jardin, une bestiole avalée dans la grange. Elle a vérifié les sacs d'engrais, la mort-aux-rats qu'elle n'utilise plus depuis des années. Rien n'avait été ouvert, rien n'était renversé. Le chat respirait vite, la bouche entrouverte, comme un chien après une course.

Elle a composé le numéro de sa clinique vétérinaire, à Vendôme, les mains un peu tremblantes. Un message enregistré a donné le numéro de garde, qu'elle a noté au dos d'une enveloppe. Première tentative, occupé. Deuxième tentative, toujours occupé. Pendant ce temps, Pilou s'est mis à miauler d'une voix rauque qu'elle ne lui connaissait pas. Je me suis dit qu'il allait mourir dans mes bras, sur le carrelage de la cuisine, se souvient-elle encore aujourd'hui, la voix serrée.

Au troisième appel, une vétérinaire de garde a enfin décroché. Sa première question a surpris Sylvie : avez-vous traité votre chat contre les puces aujourd'hui, et avec quoi exactement. Sylvie a ouvert le placard, sorti la boîte, lu la notice à voix haute. Il y a eu un court silence au bout du fil. La vétérinaire lui a demandé de laver tout de suite la nuque du chat au liquide vaisselle doux, puis de venir immédiatement, sans attendre le lendemain matin.

« On aurait dit qu'il avait froid, alors qu'il était collé contre le radiateur. »

Sur la notice, un mot imprimé tout petit : perméthrine

À la clinique, il était presque minuit quand la vétérinaire a pris Pilou dans ses bras. Elle a regardé la boîte, pointé du doigt une ligne en petits caractères dans la composition. Perméthrine. Puis, plus bas, un pictogramme que Sylvie n'avait jamais remarqué : une silhouette de chat barrée d'une croix. Ne pas utiliser chez le chat, disait le texte. Sylvie a eu l'impression que le sol se dérobait. Elle avait cette boîte sous les yeux depuis des années.

La vétérinaire lui a expliqué calmement ce qu'elle voyait chaque printemps dans son cabinet. Beaucoup de produits antiparasitaires pour chiens contiennent cette substance, efficace contre puces et tiques. Le chien l'élimine sans difficulté. Le foie du chat, lui, ne possède pas les mécanismes nécessaires pour la dégrader correctement. Le produit s'accumule et attaque le système nerveux, d'où la bave, les tremblements, parfois des convulsions. Ce n'est pas une question de dose, avait-elle précisé, même une petite pipette peut suffire chez un chat.

Pilou a été placé sous perfusion, avec des médicaments contre les convulsions et un nouveau lavage soigneux du pelage. La vétérinaire a gardé l'animal deux nuits en observation, en surveillant sa température et sa respiration. Sylvie est rentrée seule, à une heure du matin, Bruno l'attendait derrière la porte. On croit que c'est la même chose parce que c'est la même marque, mais ce sont deux animaux différents, lui a répété la vétérinaire au téléphone le lendemain. Pilou s'est remis à manger le troisième jour.

Trois jours de clinique, une facture et un placard réorganisé

Pilou est rentré à la maison le mardi, amaigri, un peu titubant, mais vivant. Il a repris sa place sur le fauteuil comme si rien ne s'était passé. Sylvie, elle, a mis plus longtemps à s'en remettre. La facture de la clinique dépassait trois cent cinquante euros, garde de nuit et hospitalisation comprises. Elle a ri jaune en repensant aux vingt kilomètres qu'elle n'avait pas voulu refaire pour une pipette. J'ai voulu économiser un trajet, ça m'a coûté bien plus cher, résume-t-elle.

Depuis, elle a rangé autrement le placard de l'entrée, avec une étagère pour Bruno et une autre pour Pilou. Elle a aussi appris que le danger ne vient pas seulement de la pipette posée sur le chat. Un chat qui dort contre un chien fraîchement traité peut, lui aussi, se retrouver exposé. La vétérinaire lui a conseillé de séparer les deux animaux le temps que le produit sèche sur le chien. Bruno a désormais droit à une nuit dans sa panière, loin du fauteuil du chat.

Sylvie en parle aujourd'hui à qui veut l'entendre, à la médiathèque, chez le boulanger, devant l'école. Elle s'étonne du nombre de gens qui lui avouent avoir déjà fait la même chose, ou avoir failli. Je lis toujours l'espèce sur la boîte maintenant, même quand je suis pressée, dit-elle. Pour elle, quelques gestes simples suffisent à éviter ce genre de soirée. Ils tiennent en peu de mots, et ils valent pour toutes les maisons où cohabitent un chien et un chat.

« J'ai voulu économiser un trajet de vingt kilomètres, et ça m'a coûté trois nuits d'angoisse. »

  • Lire l'espèce indiquée sur la boîte avant chaque traitement, jamais seulement la marque.
  • Chercher le mot perméthrine dans la composition des produits pour chiens.
  • Ne jamais couper ou réduire une pipette pour chien afin de l'utiliser sur un chat.
  • Tenir le chat à l'écart d'un chien fraîchement traité jusqu'au séchage complet.
  • En cas de bave ou de tremblements, laver la zone et appeler le vétérinaire sans attendre.
  • Noter le numéro de garde vétérinaire près du téléphone avant d'en avoir besoin.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 254