Elle fait poser une clôture pleine de deux mètres près d’Aix-en-Provence : trois semaines plus tard, un courrier de la mairie lui demande de tout démonter

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Il était sept heures, et les cigales n'avaient pas encore commencé. Sylvie posait sa tasse sur la table en fer du jardin, à Venelles, quand le portail du voisin a grincé une fois de plus. Derrière la haie de lauriers clairsemée, une voix d'homme parlait fort au téléphone. Elle a regardé ce grillage vert, ces trous dans le feuillage, et elle a décidé.

Un jardin de Venelles, des lauriers fatigués et trop de regards

Sylvie a cinquante-quatre ans et travaille comme secrétaire médicale dans un cabinet d'Aix-en-Provence. Elle a acheté sa maison en 2009, un plain-pied des années quatre-vingt posé sur cinq cents mètres carrés de terrain. Il y a un olivier, un petit potager, un barbecue en pierre que son père avait monté lui-même. Pendant des années, la haie de lauriers suffisait, épaisse et sombre. Le terrain d'à côté appartenait alors à une vieille dame discrète, qui arrosait ses géraniums au lever du jour.

Puis la vieille dame est partie en maison de retraite, et la maison a été vendue à une famille nombreuse. Des enfants, un trampoline, un chien qui aboie au moindre passage. Rien de méchant, soyons honnêtes, juste une vie qui déborde un peu. Mais la haie de Sylvie avait souffert de deux étés de sécheresse. Les lauriers avaient perdu leurs feuilles du bas, et l'on voyait désormais à travers comme à travers un rideau usé jusqu'à la trame.

Le soir, quand elle dînait dehors, elle sentait les regards des voisins depuis leur terrasse surélevée. Elle ne leur reprochait rien, ils étaient polis et souriants. Elle voulait simplement retrouver ce sentiment d'être chez elle, sans public, en peignoir si l'envie lui prenait. Sa fille, Camille, lui répétait au téléphone qu'il fallait faire quelque chose. Elle avait raison, pensait Sylvie, et ce matin de juin, la tasse à la main, elle a enfin pris sa décision.

Deux mètres de panneaux gris, posés en deux jours

Elle a demandé trois devis à des entreprises du coin, trouvées sur internet et par le bouche-à-oreille. Le moins cher venait d'un artisan de Pertuis, Kévin, la trentaine, qui lui a proposé des panneaux composites gris anthracite. Pleins, sans ajours, deux mètres de haut sur trente-huit mètres de long. Le tout pour un peu plus de sept mille euros, pose comprise. Elle a trouvé que c'était cher, mais que c'était pour vingt ans, et qu'on ne vit qu'une fois.

Quand elle a demandé s'il fallait une autorisation, Kévin a haussé les épaules avec assurance. C'est chez vous, madame, tant que vous restez sur votre terrain, il n'y a pas de souci, a-t-il répondu. Il en posait tous les mois, disait-il, dans toute la région, et personne n'était jamais venu lui chercher des ennuis. Sylvie l'a cru. Elle ne voyait pas pourquoi une mairie s'occuperait de ce qu'elle installait au fond de son propre jardin.

Le chantier a duré deux jours, au début du mois de juillet. Les lauriers ont été arrachés, les plots de béton coulés, les poteaux d'aluminium alignés au cordeau. Le deuxième soir, Sylvie s'est assise dehors avec un verre de rosé et n'a plus rien vu d'autre que du gris. Plus de terrasse voisine, plus de trampoline, plus de regards. Elle a envoyé une photo à Camille avec un seul mot, enfin, et elle a dormi comme une enfant.

« Je voulais juste dîner dehors sans avoir l'impression d'être sur une scène de théâtre, rien de plus. »

Un voisin qui passe devant, un peu trop longtemps

Quelques jours plus tard, Sylvie a remarqué un homme arrêté devant chez elle, côté rue. Ce n'était pas le voisin à la famille nombreuse, mais un retraité qu'elle croisait parfois à la boulangerie. Il regardait la clôture, la partie qui longeait le trottoir sur une dizaine de mètres, avec une attention étrange. Il a même sorti son téléphone pour prendre une photo. Sylvie l'a salué depuis son allée, il a souri, poli, et il est reparti sans rien dire.

Elle n'y a pas vraiment pensé sur le moment. Les gens regardent toujours les travaux des autres, on connaît tous ça, par curiosité ou pour s'en inspirer. Elle s'est dit qu'il voulait peut-être la même chose pour sa maison. Le soir, en arrosant ses tomates, elle a quand même remarqué que sa clôture était la seule de la rue à être aussi haute et aussi pleine. Les autres maisons avaient des murets bas surmontés de grilles, ou des haies de cyprès.

Il y avait aussi ce détail qu'elle avait écarté pendant le chantier. Kévin avait reçu un appel, et elle l'avait entendu dire à quelqu'un qu'il ne s'occupait pas des papiers, que c'était au client de voir. Sur le coup, cela lui avait semblé normal, presque rassurant. Les papiers, quels papiers, s'était-elle demandé avant de passer à autre chose. Le mois de juillet a filé, chaud et tranquille, derrière ses panneaux gris qui chauffaient au soleil de l'après-midi.

Un courrier à en-tête de la mairie et des appels sans réponse

Le courrier est arrivé un mardi matin, trois semaines après la pose, dans une enveloppe blanche à en-tête de la commune. Le service de l'urbanisme constatait l'édification d'une clôture non conforme aux règles du plan local d'urbanisme. La lettre mentionnait une hauteur excessive en limite de voie publique, un aspect plein interdit dans la zone, et l'absence de déclaration préalable. Elle invitait Sylvie à régulariser la situation, c'est-à-dire à mettre la clôture en conformité ou à la retirer.

Sylvie a relu la lettre trois fois, assise sur le rebord de son lit, les mains un peu tremblantes. Elle a d'abord appelé Kévin, qui n'a pas décroché, puis lui a laissé deux messages. Il a rappelé le lendemain, gêné, en expliquant que les règles changeaient d'une commune à l'autre et qu'il ne pouvait pas tout savoir. Je vous ai posé ce que vous m'avez commandé, madame, le reste ce n'est pas mon métier, a-t-il fini par dire avant de raccrocher.

Elle a ensuite appelé la mairie, où une employée l'a renvoyée vers les horaires de permanence du service urbanisme. Sa fille lui conseillait de prendre un avocat, son frère lui disait d'attendre que ça se tasse. Sylvie dormait mal. Elle pensait aux sept mille euros, aux plots de béton, à ses lauriers arrachés qu'on ne replanterait pas en une saison. Elle avait le sentiment d'avoir été prise en faute pour avoir simplement voulu un peu de paix chez elle.

« C'est chez vous, madame, tant que vous restez sur votre terrain, il n'y a pas de souci. »

Ce que disait vraiment le règlement de sa zone

Le jeudi suivant, elle s'est présentée au guichet de l'urbanisme avec sa lettre et un dossier de photos. Un agent, Thierry, l'a reçue dans un petit bureau encombré de plans roulés. Il a ouvert le plan local d'urbanisme sur son écran et lui a montré la zone où se trouvait sa maison. Le règlement y fixait la hauteur des clôtures sur rue à un mètre soixante maximum, avec un muret bas et une partie ajourée, grille ou grillage doublé d'une haie.

Ce n'était donc ni une plainte du voisin bruyant, ni une faute de l'artisan au sens strict. C'était un document public, consultable par tous, que Sylvie n'avait jamais ouvert. Thierry lui a expliqué que la commune, comme beaucoup d'autres, avait décidé de soumettre les clôtures à déclaration préalable de travaux. Le formulaire est gratuit, a-t-il précisé, et on répond en un mois, mais il faut le déposer avant de planter le premier poteau, pas après.

Il lui a aussi expliqué pourquoi ces règles existaient. Dans cette zone, la commune voulait préserver des rues ouvertes, végétales, avec des passages pour la petite faune et l'écoulement des eaux d'orage. Des murs pleins alignés sur des kilomètres, disait-il, et le village devient un couloir de béton. Le retraité aperçu devant chez elle n'était qu'un membre du comité de quartier, qui signalait parfois les chantiers. Sylvie est ressortie du bureau sans colère, mais avec un étrange sentiment de vertige.

Démonter une partie, replanter, et tout vérifier la prochaine fois

Thierry lui avait laissé une piste raisonnable. Côté jardin, entre elle et le voisin, les règles étaient un peu plus souples, et une partie pouvait sans doute être régularisée. Côté rue, en revanche, il fallait redescendre, remplacer les panneaux pleins par une grille, et replanter une haie. Sylvie a déposé une déclaration préalable pour cette nouvelle version, plan à l'appui. J'ai payé deux fois ma clôture pour ne pas avoir lu dix pages, a-t-elle soufflé à sa fille.

La facture des modifications s'est élevée à deux mille huit cents euros, en comptant la grille, le démontage et les arbustes. Elle a choisi des pittosporums et des arbousiers, plus résistants à la sécheresse que ses anciens lauriers. Les panneaux retirés ont servi à fermer le coin du composteur, au fond du terrain. Le voisin à la famille nombreuse, apprenant l'histoire, est venu lui proposer un coup de main pour planter. Ils ont bu un café ensemble, pour la première fois depuis deux ans.

Aujourd'hui, Sylvie raconte son histoire à qui veut l'entendre, au cabinet comme à la boulangerie. Le règlement de chaque commune est différent, et ce qui est permis à Aix peut être refusé à Venelles ou à Éguilles. Elle conseille de commencer par le plan local d'urbanisme, souvent en ligne sur le site de la mairie ou sur le géoportail de l'urbanisme. Et de poser la question au guichet, par écrit si possible. La haie pousse doucement, dit-elle, et elle a appris la patience.

« Le formulaire est gratuit, on répond en un mois, mais il faut le déposer avant le premier poteau. »

  • Consulter le plan local d'urbanisme de sa commune, en mairie ou sur le géoportail de l'urbanisme.
  • Repérer la zone de sa parcelle et lire les articles sur la hauteur et l'aspect des clôtures.
  • Vérifier si la commune impose une déclaration préalable de travaux pour les clôtures.
  • Déposer le formulaire Cerfa en mairie avant tout travaux et attendre la réponse, en général un mois.
  • Demander à l'artisan de confirmer par écrit la conformité du projet aux règles locales.
  • Garder la réponse de la mairie et les plans avec les papiers de la maison.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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