De la fête de la saucisse à Laval aux cortèges du 5 novembre : comment les interdictions visant les supporters de foot gagnent les manifestations

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Des supporters rennais privés de déplacement à Troyes à cause des soldes, des fans niçois limités dans leur propre ville : ces mesures, longtemps passées inaperçues, ressemblent de plus en plus à celles qui visent aujourd'hui les manifestants. À l'approche de la mobilisation du 5 novembre, avocats, sociologue et député s'interrogent sur ce glissement.

L’essentiel en 3 points

  • Les supporters de football dénoncent depuis des années des arrêtés préfectoraux restrictifs et disaient que ces méthodes toucheraient un jour d'autres citoyens.
  • La publication tardive des arrêtés, qui empêche un vrai recours devant le juge, s'applique désormais aussi aux manifestations.
  • Sanctions collectives, contrôle des pancartes ou interdictions de manifester rappellent les fermetures de tribunes et les interdictions de stade.

Des supporters qui regardent les manifestations avec un sentiment de déjà-vu

Depuis plusieurs semaines, les mouvements sociaux agitent le pays. Les supporters de football les suivent avec une certaine empathie, au stade comme dans la rue.

On l'a vu avec des banderoles de soutien aux lycéens déployées au Parc des Princes et au stade Bollaert, à Lens. Mais ce regard s'accompagne aussi d'une pointe d'ironie.

Car ces fans subissent depuis longtemps des restrictions lors de leurs déplacements à l'extérieur. Ils avaient prévenu que ces méthodes finiraient par toucher les lycéens, les étudiants, puis les manifestants de tous bords.

Cyril Dubois, avocat des ultras du PSG, estime que les supporters ont souvent prêché dans le désert. Selon lui, quand on tolère des injustices pour certains, il devient plus difficile d'être entendu quand vient son tour.

Une restriction de liberté acceptée dans les stades devient plus facile à appliquer ailleurs, selon le député Aurélien Saintoul.

Des arrêtés préfectoraux parfois difficiles à justifier

Depuis les années Sarkozy environ, la gestion des supporters a surtout été pensée sous l'angle de la répression. Le grand public et les autorités les perçoivent souvent comme des citoyens de seconde zone.

Certaines mesures peuvent se comprendre pour des matchs bien identifiés, comme PSG-OM, OL-ASSE ou Lille-Lens. À condition, rappelle la source, qu'elles restent exceptionnelles.

Or les interdictions de déplacement se sont multipliées pour des motifs étonnants. En 2019, des supporters rennais n'ont pas pu se rendre à Troyes à cause des soldes. À Laval, c'est la fête de la saucisse qui a servi de motif.

  • Interdiction de déplacement de supporters rennais à Troyes en 2019, en raison des soldes.
  • Arrêté lié à la fête de la saucisse à Laval pour empêcher la venue de supporters.
  • Restriction de circulation des supporters de l'OGC Nice dans leur propre ville en mai dernier.
  • Interdiction par plusieurs préfectures des équipements de protection en manifestation.
  • Contrôle des pancartes à l'entrée des cortèges, comparable à celui des banderoles en tribune.
  • Sanctions collectives prévues par la proposition de loi casseurs-payeurs.
Mesure visant les supporters Équivalent pour les manifestants
Interdictions administratives de stade Interdictions de manifester
Fermetures de tribunes après des violences isolées Sanctions collectives de la loi casseurs-payeurs
Contrôle des banderoles en tribune Contrôle des pancartes à l'entrée des cortèges
Arrêtés de déplacement publiés tardivement Arrêtés de manifestation publiés tardivement

Nice, un cas qui frappe les esprits

Le député Aurélien Saintoul (LFI), l'un des rares élus à s'être penché sur ces interdictions, cite un exemple de mai dernier. Le préfet des Alpes-Maritimes a restreint la liberté d'aller et venir des supporters de l'OGC Nice dans leur propre ville.

Pour lui, ces absurdités gagnent aujourd'hui les manifestations. Plusieurs préfectures ont interdit les équipements de protection individuelle pouvant gêner les forces de l'ordre.

Concrètement, explique-t-il, manifestants et passants ne peuvent plus se protéger des gaz lacrymogènes. L'élu craint qu'une restriction acceptée dans le football devienne plus facile à transposer ailleurs.

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Un laboratoire, vraiment ? Les spécialistes nuancent

Le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste du supportérisme, juge la comparaison pertinente. Il refuse pourtant le mot laboratoire, qui laisserait croire à des tests planifiés avant une généralisation.

Selon lui, ces mesures ont surtout été prises facilement parce que peu de monde se souciait de la liberté de circuler des supporters. L'opinion publique n'y voyait pas d'enjeu important.

Une logique déjà vue avec d'autres publics

Aurélien Saintoul inscrit cette évolution dans une histoire plus large. Il évoque la loi anti-casseurs de 2019 contre les Gilets jaunes et le traitement des révoltes de la jeunesse et des quartiers populaires.

Vincent Brenghart, avocat spécialiste du droit pénal et des libertés fondamentales, juge légitime de s'interroger sur cette circulation des méthodes. Il estime cependant difficile d'affirmer qu'une filiation directe est toujours démontrée.

Le football resterait donc un terrain d'observation privilégié des mécanismes qui réduisent les libertés, sans être forcément leur point de départ.

Publier un arrêté au dernier moment revient, pour les avocats, à priver les citoyens d'un vrai recours devant le juge.

Arrêtés tardifs, sanctions collectives : une méthode bien rodée

Le point le plus marquant tient à la publication tardive des arrêtés préfectoraux. Cette pratique rend presque impossible un recours devant le juge administratif, seul capable de trancher sur la légalité des mesures.

Pour l'avocat des libertés fondamentales, ces notifications tardives compliquent, voire empêchent, un véritable débat contradictoire. Nicolas Hourcade pense que les préfectures ont pris ces habitudes avec les supporters et les reproduisent.

D'autres parallèles existent. Les sanctions collectives de la proposition de loi dite casseurs-payeurs rappellent les fermetures de tribunes, et le contrôle des pancartes ressemble à celui des banderoles en tribune.

Cyril Dubois voit dans les interdictions de manifester un quasi copier-coller des interdictions administratives de stade. L'avocat Vincent Brenghart rappelle que la liberté de manifester doit rester le principe, et l'interdiction l'exception.

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que les supporters de foot servent de laboratoire ?

Parce que des mesures restreignant leur liberté de circuler ont été prises facilement, sans grande réaction du public. Certaines rappellent aujourd'hui celles appliquées aux manifestants. Le sociologue Nicolas Hourcade nuance toutefois ce terme.

Qu'est-ce qu'une interdiction administrative de stade ?

C'est une mesure qui empêche un supporter d'accéder au stade. L'avocat Cyril Dubois estime que les interdictions de manifester prévues dans le projet casseurs-payeurs en sont presque une copie.

Pourquoi les arrêtés préfectoraux sont-ils publiés tardivement ?

Selon les spécialistes cités, cette pratique complique ou empêche un recours effectif devant le juge administratif. Le débat contradictoire n'a alors pas le temps d'avoir lieu.

Peut-on interdire le matériel de protection en manifestation ?

Plusieurs préfectures ont interdit les équipements de protection susceptibles de gêner les forces de l'ordre. Le député Aurélien Saintoul souligne que cela empêche aussi les passants de se protéger des gaz lacrymogènes.

Que prévoit la loi casseurs-payeurs ?

La proposition de loi évoque notamment des sanctions collectives. Elles sont comparées aux fermetures de tribunes décidées après les violences de quelques supporters isolés.

La liberté de manifester est-elle un principe en France ?

Oui, l'avocat Vincent Brenghart rappelle que notre régime fait de la liberté de manifester et de circuler le principe. L'interdiction est censée rester une exception.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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