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Le radiateur électrique cliquetait sous la fenêtre, un petit bruit sec, régulier, comme une montre trop grosse. Il était dix heures, un samedi d'octobre, et Julien tenait un carton de vaisselle contre sa poitrine. Dans le deux-pièces de sa tante, rue d'Isle à Saint-Quentin, l'air sentait encore la lavande et le papier ancien. Il comptait le louer avant novembre.
Un appartement rempli de souvenirs et une idée simple
Julien a quarante-quatre ans, il est technicien de maintenance dans une usine de la zone du Royeux. Sa tante Odette est morte au printemps, à quatre-vingt-sept ans, dans ce deux-pièces qu'elle occupait depuis 1979. Elle n'avait pas d'enfants, et c'est à lui, son neveu préféré, qu'elle a laissé l'appartement. Quarante et un mètres carrés au troisième étage, sans ascenseur, avec une vue sur les toits et un bout de basilique au loin.
Pendant l'été, il est venu presque tous les week-ends pour trier. Les napperons, les albums photo, les boîtes de boutons, les factures rangées par année dans des chemises cartonnées. Sa compagne, Nadia, l'aidait le dimanche, une radio posée sur la table de la cuisine. Ils riaient parfois devant une robe à fleurs ou une lettre jamais envoyée. Le reste du temps, ils travaillaient en silence, avec cette fatigue douce des maisons qu'on vide.
L'idée s'est imposée sans discussion. Ils habitent déjà une maison à Gauchy, avec un crédit qui court encore douze ans. Vendre leur semblait brutal, presque comme effacer Odette une seconde fois. Louer, en revanche, c'était garder l'appartement dans la famille tout en payant les taxes. Julien avait fait ses calculs sur un coin de nappe : quatre cent vingt euros par mois, peut-être un peu plus, et la vie continuerait tranquillement.
Une agence du centre-ville pour ne pas se compliquer la vie
Julien n'avait jamais été propriétaire bailleur, et il n'avait aucune envie de s'occuper des visites, des dossiers et des états des lieux. Un collègue lui avait conseillé une agence près de la place de l'Hôtel-de-Ville, sérieuse, installée depuis longtemps. Il a pris rendez-vous un mardi soir, après son poste, encore en chaussures de sécurité. La conseillère, une femme souriante qui s'appelait Sabine, lui a promis de passer dans la semaine.
Pour gagner du temps, Julien avait déjà fait réaliser un diagnostic de performance énergétique. Le notaire lui en avait parlé pendant la succession, comme d'une formalité parmi d'autres. Un diagnostiqueur était venu un matin de septembre, avait mesuré les pièces, regardé les fenêtres, ouvert le placard du ballon d'eau chaude. Une heure plus tard, il était reparti, et le rapport était arrivé par courriel quelques jours après, en pièce jointe.
Soyons honnêtes, Julien ne l'a pas vraiment lu. Il a vu des graphiques colorés, des pages de chiffres, des tableaux sur les déperditions. Il a imprimé le document, l'a glissé dans la pochette bleue avec l'acte de succession, et il est passé à autre chose. Pour lui, le diagnostic était une case à cocher, comme le relevé de l'électricité. L'appartement avait toujours été habité, Odette y avait vécu quarante ans sans se plaindre.
« Pour moi, le G voulait juste dire que ça chauffait mal, je n'ai jamais pensé que ça empêchait de louer. »
La lettre rouge en bas de la page
Il y avait pourtant des signes. Odette portait souvent un gilet même en mai, et elle disait que le salon était une glacière dès la Toussaint. Les fenêtres en bois, d'origine, laissaient passer un filet d'air qu'on sentait sur le dos de la main. Les radiateurs électriques dataient des années quatre-vingt, avec leurs grilles jaunies. Julien voyait tout cela comme le charme un peu fatigué d'un vieil appartement.
Nadia, elle, avait remarqué autre chose. En rangeant les factures, elle était tombée sur celles de l'électricité de l'hiver précédent. Les montants l'avaient fait sursauter, presque deux cents euros certains mois pour une femme seule qui ne chauffait que deux pièces. Elle l'avait dit à Julien, un dimanche, en lui tendant la feuille. Il avait haussé les épaules : les prix de l'énergie avaient grimpé pour tout le monde.
Et puis il y avait cette lettre, en bas de la première page du diagnostic. Une flèche rouge foncé, tout au bout de l'échelle, avec un G majuscule. Julien l'avait vue, bien sûr, mais il l'avait interprétée comme une mauvaise note, pas comme un problème. On connaît tous ça : on lit les étiquettes des frigos sans jamais se demander ce qu'elles entraînent. Pour lui, G voulait dire que ça chauffait mal, rien de plus.
Le coup de téléphone de Sabine, un jeudi midi
Sabine est venue visiter le jeudi suivant. Elle a fait le tour en dix minutes, a pris quelques photos, a ouvert les fenêtres pour vérifier la lumière. Elle a demandé le diagnostic, Julien lui a tendu la pochette bleue. Elle a lu la première page et son sourire s'est figé une seconde. Elle a dit qu'elle devait vérifier deux ou trois choses au bureau et qu'elle le rappellerait rapidement.
Le coup de fil est arrivé le lendemain, pendant la pause de midi, alors que Julien mangeait dans sa voiture sur le parking de l'usine. Sabine parlait doucement, avec des précautions. Elle ne pouvait pas publier l'annonce, a-t-elle expliqué, l'agence ne mettait plus en location les logements classés G. Julien a d'abord cru à une politique maison. Il a demandé s'il pouvait baisser le loyer pour compenser.
Le soir même, il a appelé une deuxième agence, puis une troisième, avenue de Laon. La réponse était identique, parfois plus sèche. Un agent lui a même suggéré de vendre à un investisseur. Julien a tenté de passer une annonce lui-même sur un site de particuliers, mais le formulaire réclamait la classe énergétique. Il a fermé l'ordinateur, énervé. Je ne comprends pas, a-t-il dit à Nadia, ma tante y a vécu quarante ans.
« Je ne comprends pas, ma tante a vécu là quarante ans et personne ne lui a jamais rien dit. »
Ce n'était pas une règle d'agence mais la loi
C'est un ancien camarade de lycée, devenu conseiller dans un espace France Rénov' de l'Aisne, qui a remis les choses à plat. Ils se sont retrouvés dans un café près de la gare, un samedi matin. Il a écouté Julien, a regardé le diagnostic, puis a posé le doigt sur la flèche rouge. Ce n'est pas l'agence qui bloque, lui a-t-il dit, c'est la loi Climat et résilience.
Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au diagnostic de performance énergétique est considéré comme indécent pour la location. Concrètement, il ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail, ni d'un renouvellement. Les logements déjà loués ne sont pas expulsés du jour au lendemain, mais aucun nouveau locataire ne peut y entrer. Et le calendrier ne s'arrête pas là : les logements classés F suivront en 2028, puis les E en 2034.
Julien est resté longtemps devant sa tasse vide. Il croyait à un caprice administratif, il découvrait une règle nationale qui touchait des centaines de milliers de logements. Le pire, pour lui, c'était de réaliser que le froid d'Odette n'était pas un trait de caractère. Elle a eu froid pendant des années et je trouvais ça normal, a-t-il murmuré. Son ami lui a répondu que beaucoup de familles découvraient la même chose en ce moment.
Des devis, des aides et un hiver de travaux
Julien a renoncé à louer en novembre. Il a fait venir deux artisans pour chiffrer l'isolation des murs donnant sur la rue, le remplacement des fenêtres et du système de chauffage. Les premiers devis tournent autour de dix-huit mille euros. Le conseiller l'aide à monter un dossier d'aides, en lui précisant que les montants dépendent de ses revenus et du gain énergétique obtenu. Rien n'est encore signé.
Nadia a refait les comptes sur la même nappe. Avec les aides espérées et un petit prêt, le loyer couvrirait les mensualités en huit ou neuf ans, selon leurs estimations. L'objectif est de faire remonter l'appartement au moins en classe D, pour ne pas revivre le même blocage en 2028 ou en 2034. Pour nous, c'est soit ça, soit vendre à perte, a-t-elle résumé un soir. Julien a choisi de garder l'appartement.
Le radiateur cliquette toujours sous la fenêtre, mais il ne chauffera plus longtemps. Les travaux doivent commencer en janvier, et la photo d'Odette est rangée dans un carton chez eux. Julien repense souvent à cette lettre rouge qu'il avait vue sans la lire. Si un proche lui annonce un héritage ou un projet de location, il lui pose maintenant une seule question avant toutes les autres : as-tu regardé la lettre en bas du diagnostic ?
« Ce n'est pas l'agence qui bloque, c'est la loi, et les F vont suivre en 2028. »
- Vérifiez la classe énergétique en bas de la première page du DPE avant tout projet de location.
- Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail.
- Les logements classés F seront concernés à leur tour en 2028, puis les E en 2034.
- Contactez un espace France Rénov' pour un conseil gratuit sur les travaux et les aides.
- Comparez plusieurs devis et visez un gain de plusieurs classes pour anticiper les prochaines échéances.
- Consultez les anciennes factures d'énergie : elles révèlent souvent ce que le diagnostic confirme.
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