Il quitte Paris pour un village de Dordogne en septembre : trois semaines plus tard, il écrit au maire contre le coq du voisin

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Il était cinq heures dix, la fenêtre de la chambre restait entrouverte sur la nuit tiède de septembre. Thierry fixait le plafond aux poutres sombres, les yeux grands ouverts, le cœur battant un peu trop vite. De l'autre côté de la haie, le cri a recommencé, rauque, obstiné, presque joyeux. Pour la onzième nuit d'affilée, le coq du voisin venait de le réveiller.

Une longère en pierre blonde pour enfin respirer loin de Paris

Thierry a cinquante-quatre ans et il a passé presque trente ans dans un appartement du onzième arrondissement. Graphiste indépendant, il travaillait avec le bruit du boulevard comme fond sonore permanent, les sirènes, les livreurs, les scooters qui démarrent à deux heures du matin. Pendant le confinement, il a commencé à regarder les annonces immobilières le soir, d'abord par jeu. Puis la recherche est devenue sérieuse, presque obsessionnelle, et il a fini par cocher la Dordogne sur sa carte.

La maison, il l'a trouvée au printemps, dans un hameau d'une vingtaine d'habitants à quelques kilomètres d'un village. Une longère en pierre blonde, un toit de tuiles brunes, un noyer au milieu du jardin et une vue dégagée sur les champs de maïs. L'agent immobilier lui avait parlé du calme, des étoiles, des chevreuils qu'on aperçoit parfois à la lisière du bois. Thierry avait signé presque sans négocier, persuadé d'avoir trouvé l'endroit exact où il voulait vieillir.

Il a déménagé début septembre, avec un camion de location et deux amis venus l'aider pour le week-end. Les premiers jours ressemblaient à des vacances prolongées, café sur la terrasse, promenades le long du ruisseau, courses au marché du samedi. Il disait bonjour aux voisins, qui lui répondaient poliment, avec cette réserve qu'on réserve aux nouveaux venus. Je me sentais enfin chez moi, racontera-t-il plus tard, comme si j'avais retiré un manteau trop lourd après des années.

Le voisin qui élève ses poules depuis toujours derrière la haie

Derrière la haie de charmes vivait Raymond, soixante-seize ans, ancien éleveur de canards, né dans la ferme voisine. Il avait arrêté son activité depuis longtemps mais gardait une quinzaine de poules et un coq, par habitude et par plaisir. Les œufs, il les distribuait à sa fille, au facteur, à la voisine du bout du chemin. Le poulailler se trouvait à une dizaine de mètres de la limite, adossé à une vieille grange, exactement là où il avait toujours été.

Thierry avait remarqué le poulailler lors des visites, et il trouvait même cela charmant, soyons honnêtes. Des poules qui grattent la terre, c'était précisément l'image de la campagne qu'il était venu chercher. Il imaginait des matins tranquilles, peut-être un panier d'œufs frais échangé contre un pot de confiture. Personne, pendant les visites, ne lui avait parlé des horaires du coq, et lui n'avait pas pensé à poser la question, puisque les visites avaient toutes eu lieu l'après-midi.

Pour Raymond, la question ne se posait simplement pas. Le coq chantait, comme son prédécesseur, comme tous ceux qu'il avait connus depuis l'enfance dans ce hameau. Les autres habitants n'y prêtaient plus attention depuis des décennies, au point de ne même plus l'entendre. Un coq qui chante, c'est comme la cloche de l'église, je ne vois même pas de quoi on parlerait, disait-il au facteur. Il ne se doutait pas qu'à quelques mètres, quelqu'un commençait à compter les cris.

« Je me sentais enfin chez moi, comme si j'avais retiré un manteau trop lourd après des années. »

Cinq heures du matin, puis encore, puis toutes les vingt minutes

Les premières nuits, Thierry a mis ses réveils sur le compte du déménagement, de la fatigue, du changement de lit. Il entendait le coq vers cinq heures, se retournait, et se rendormait tant bien que mal jusqu'au jour. Mais le cri ne s'arrêtait pas à un seul chant. Il revenait toutes les vingt minutes environ, jusqu'à huit heures, parfois davantage les matins de brume. Thierry a fini par noter les horaires sur un carnet posé sur la table de nuit.

Au bout de dix jours, la fatigue s'est installée pour de bon. Il travaillait mal, oubliait des rendez-vous avec ses clients, s'endormait devant son écran en début d'après-midi. Il a acheté des bouchons d'oreille en mousse, puis des modèles en cire, puis un casque antibruit trouvé dans un magasin de bricolage. Rien n'y faisait vraiment, le cri traversait les murs épais comme si la pierre n'existait pas. On connaît tous cette rage sourde du sommeil volé, qui grossit chaque nuit.

Il a fini par aller sonner chez Raymond, un samedi matin, avec une bouteille de vin pour adoucir la démarche. La conversation a été courte et polie, presque cordiale au début. Thierry a demandé s'il était possible d'enfermer le coq la nuit, ou de déplacer le poulailler plus loin. Raymond a souri, a répondu que la bête ne dérangeait personne depuis des années. Il est là depuis bien avant vous, a-t-il ajouté, sans méchanceté, en refermant doucement la porte.

Une lettre au maire écrite en pleine nuit, sous le coup de la fatigue

Le soir même, Thierry a cherché sur internet ce qu'il pouvait faire. Il a trouvé des forums pleins de récits contradictoires, des conseils d'inconnus, des histoires de procès gagnés ou perdus. Certains parlaient de tapage nocturne, d'autres de pétitions, d'autres encore de plaintes à la gendarmerie. À trois heures du matin, incapable de dormir, il a ouvert son ordinateur et rédigé une longue lettre au maire, en citant les horaires relevés dans son carnet depuis deux semaines.

Il y demandait que la commune intervienne pour faire cesser les nuisances sonores du coq de son voisin. Il évoquait son travail, sa santé, le prix payé pour sa maison, le droit au repos de chacun. Il a imprimé la lettre, l'a signée, et l'a déposée dans la boîte de la mairie le lundi suivant. Il se sentait soulagé, presque fier d'avoir enfin agi. J'étais sûr que le maire allait simplement demander à Raymond d'enfermer sa bête, confiera-t-il.

La réponse n'est pas arrivée par courrier. Elle est arrivée par le hameau tout entier, en quelques jours seulement. La secrétaire de mairie connaissait Raymond, la boulangère aussi, et la nouvelle s'est répandue plus vite que prévu. Au marché, des regards se détournaient sur son passage, une voisine a cessé de le saluer. Thierry a compris trop tard que dans un village de deux cents âmes, une lettre au maire n'est jamais vraiment un document confidentiel.

« Il est là depuis bien avant vous, vous savez, et personne ici ne s'en est jamais plaint. »

Ce que le maire lui explique un jeudi soir à la mairie

Le maire, Bernard, agriculteur à mi-temps et élu depuis trois mandats, l'a reçu un jeudi soir dans le petit bureau de la mairie. Il avait sa lettre devant lui, annotée au crayon, et un dossier qu'il avait visiblement préparé. Il a commencé par dire qu'il comprenait la fatigue, qu'il avait lui-même connu des nuits blanches. Puis il a sorti une feuille imprimée et lui a parlé d'une loi dont Thierry n'avait jamais entendu parler.

Depuis janvier 2021, une loi protège ce qu'on appelle le patrimoine sensoriel des campagnes, a expliqué Bernard. Les chants de coq, les cloches, le bruit des tracteurs, les odeurs de ferme peuvent désormais être considérés comme faisant partie de l'identité d'un territoire. Selon lui, quand le bruit existait avant l'arrivée du plaignant, il devient très difficile de le faire supprimer. Moi, je n'ai pas le pouvoir de faire taire un coq, et franchement, ici, je ne le ferais pas, a-t-il ajouté.

Thierry a demandé s'il n'avait vraiment aucun recours. Le maire a nuancé, prudemment, en précisant qu'il n'était pas juriste. D'après ce qu'il savait, seul un trouble anormal, réellement démontré devant un juge, pouvait encore aboutir à quelque chose. Il ne suffisait pas qu'un bruit gêne un nouvel arrivant, il fallait prouver qu'il dépassait ce qu'on peut normalement attendre à la campagne. Et un coq dans un hameau agricole, a-t-il conclu, c'est plutôt la norme que l'exception.

Ce que Thierry a fini par changer, chez lui et dans sa tête

Thierry a tout de même consulté une avocate à Périgueux, pour en avoir le cœur net. Elle lui a confirmé, dans son cas précis, que ses chances étaient faibles et la procédure longue et coûteuse. Il aurait fallu des constats d'huissier, des mesures acoustiques, peut-être une expertise, pour plusieurs milliers d'euros. Elle lui a surtout conseillé de regarder d'abord du côté de sa maison. J'ai payé cent cinquante euros pour comprendre que le problème, c'était aussi mes fenêtres, sourit-il aujourd'hui.

Il a fait changer les fenêtres de la chambre pour un double vitrage renforcé, et déplacé son lit dans la pièce côté route. Puis il est retourné chez Raymond, cette fois sans lettre, pour s'excuser de la démarche. Le vieil homme a haussé les épaules, l'a fait entrer, et lui a servi un café dans la cuisine. Quelques semaines plus tard, Raymond a décidé de lui-même de fermer le poulailler plus tard le matin, ce qui retarde un peu les premiers chants.

Aujourd'hui, Thierry dort jusqu'à sept heures la plupart des nuits et reçoit une boîte d'œufs chaque dimanche. Il raconte son histoire aux amis parisiens qui rêvent eux aussi de campagne, en insistant sur un point. Visitez la maison à l'aube, pas seulement l'après-midi, leur répète-t-il. Une maison à la campagne s'achète avec ses bruits, ses odeurs et ses voisins installés depuis longtemps. Avant de signer, il conseille désormais de vérifier quelques éléments très simples, qui lui auraient évité bien des nuits blanches.

« Moi, je n'ai pas le pouvoir de faire taire un coq, et franchement, ici, je ne le ferais pas. »

  • Visiter la maison tôt le matin et en soirée, pas seulement l'après-midi.
  • Repérer poulaillers, cloches, exploitations et routes agricoles autour du terrain.
  • Parler aux voisins avant d'acheter pour connaître les bruits habituels du lieu.
  • Vérifier l'isolation phonique des fenêtres de la chambre et prévoir un budget.
  • Privilégier la discussion directe avec le voisin avant toute démarche écrite.
  • Consulter un professionnel du droit avant d'engager une procédure pour trouble anormal.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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