Elle trouve un jeune merle sautillant sur sa pelouse en mai : au téléphone, le centre de soins lui demande de le reposer dans l’herbe

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était sept heures et quart, un dimanche de mai, et l'arrosage automatique du voisin crachotait derrière la haie. Claire tenait son bol de café à deux mains, pieds nus sur la terrasse encore fraîche. Au milieu de la pelouse, une petite boule brune sautillait, tombait, se relevait. Elle a posé le bol sur la rambarde sans faire de bruit.

Un dimanche matin ordinaire dans un jardin de Bourgogne

Claire a cinquante-huit ans et elle habite depuis vingt ans une maison basse à la sortie de Beaune. Elle a été infirmière scolaire, elle est à la retraite depuis l'automne dernier. Son jardin n'est pas grand, mais elle le connaît par cœur : le lilas près du portail, le vieux cerisier, la haie de troènes que son mari taille deux fois par an. Le dimanche, elle boit son café dehors dès que le temps le permet, et elle écoute les oiseaux sans vraiment les nommer.

Son mari, Gérard, dort encore à cette heure-là, et la maison est silencieuse. Le chat, un grand tigré nommé Pilou, rentre généralement vers huit heures après sa tournée nocturne dans les jardins voisins. Claire aime ce moment où rien ne presse encore, où la journée n'a pas commencé. Elle regarde les merles fouiller la pelouse depuis des années. Elle sait qu'ils nichent quelque part dans la haie, parce qu'elle les entend se disputer chaque printemps au lever du jour.

Ce matin-là, pourtant, quelque chose bougeait autrement dans l'herbe tondue la veille. La petite boule brune avait une queue courte, presque ridicule, et des plumes ébouriffées autour de la tête. Elle faisait trois sauts, ouvrait les ailes, s'arrêtait. Claire s'est approchée lentement, son bol toujours à la main, en marchant sur la pointe des pieds. L'oiseau ne s'est pas envolé. Il l'a regardée avec un œil rond et noir, puis il a ouvert un bec bordé de jaune, comme s'il attendait quelque chose.

Elle décide de le mettre à l'abri dans une boîte

La première pensée de Claire a été pour le chat. Pilou allait rentrer, il allait voir cet oiseau qui ne volait pas, et la suite ne faisait aucun doute. Elle a aussi pensé aux pies qui tournent souvent au-dessus du cerisier, et à la buse qu'elle avait aperçue la semaine précédente. Ce petit merle, seul au milieu de la pelouse, lui semblait perdu, tombé du nid, sans personne pour s'en occuper. Elle n'a pas réfléchi plus longtemps que ça.

Elle est rentrée chercher une boîte à chaussures dans le placard de l'entrée, celle de ses bottines d'hiver. Elle a percé quelques trous dans le couvercle avec la pointe d'un crayon, puis elle a mis un torchon propre au fond. En revenant, elle a attrapé l'oisillon avec les deux mains, doucement, comme elle aurait tenu un œuf. Il s'est débattu à peine, il a poussé un petit cri aigu. Quelque part dans la haie, un autre cri lui a répondu, plus fort, plus insistant.

Claire n'y a pas prêté attention sur le moment. Elle a posé la boîte dans la buanderie, à l'abri du chat, et elle a fermé la porte. Ensuite elle a cherché sur son téléphone ce que mange un jeune merle. Elle a lu des choses contradictoires, des vers de terre, de la pâtée, de l'eau à la pipette. Je me disais que j'allais le garder deux ou trois jours, le temps qu'il prenne des forces, a-t-elle raconté plus tard. Elle était sincèrement fière de l'avoir sauvé.

« Je me disais que j'allais le garder deux ou trois jours, le temps qu'il prenne des forces, vraiment. »

Dans la haie, un merle adulte ne cesse de crier

Vers huit heures, Gérard est descendu en robe de chambre et il a trouvé sa femme accroupie dans la buanderie. Elle lui a montré la boîte, il a soulevé le couvercle d'un centimètre. L'oisillon s'était tassé dans un coin du torchon, immobile, les plumes gonflées. Gérard a fait remarquer qu'il avait déjà presque toutes ses plumes, et qu'il ne ressemblait pas vraiment à un bébé tombé du nid. Claire a haussé les épaules. Pour elle, un oiseau qui ne vole pas reste un oiseau en danger.

C'est en ressortant sur la terrasse qu'elle a vraiment entendu le bruit. Un merle noir, au bec orange vif, sautait d'une branche à l'autre dans la haie en lançant des cris secs, répétés, presque métalliques. Il descendait sur la pelouse, tournait sur lui-même, remontait. Une femelle brune est apparue aussi, avec quelque chose qui se tortillait dans le bec. Elle a fouillé l'herbe à l'endroit exact où l'oisillon se trouvait une heure plus tôt, puis elle est restée là, à attendre.

Soyons honnêtes, Claire a d'abord trouvé ça triste, sans faire le lien. Elle s'est dit que les parents cherchaient un petit tombé, et que heureusement elle l'avait mis en sécurité. Mais le manège a continué toute la matinée, et le petit dans la boîte refusait obstinément le ver de terre qu'elle lui tendait au bout d'une pince à épiler. Il gardait le bec fermé. Vers onze heures, Gérard lui a suggéré d'appeler quelqu'un qui s'y connaissait vraiment, au lieu de lire des forums.

Le coup de fil qui ne se passe pas comme prévu

Claire a trouvé le numéro d'un centre de soins pour la faune sauvage, à une quarantaine de kilomètres. Elle s'attendait à ce qu'on lui dise d'apporter l'oiseau, et elle avait déjà sorti les clés de la voiture. Une jeune femme a décroché, s'est présentée sous le prénom de Manon. Elle a d'abord posé des questions très précises. Est-ce que l'oiseau avait des plumes partout, une petite queue, est-ce qu'il sautillait. Est-ce qu'il saignait, est-ce qu'une aile pendait, est-ce qu'un chat l'avait attrapé.

Claire a répondu à tout, en regardant la boîte posée sur la machine à laver. Non, pas de sang. Les ailes semblaient normales, il les ouvrait même assez bien. Non, le chat ne l'avait pas touché. Il y a eu un court silence au bout du fil, puis Manon a dit calmement qu'il fallait le reposer dans le jardin, le plus vite possible, à l'endroit où elle l'avait trouvé. Claire a cru avoir mal compris. Elle a fait répéter la phrase, la main crispée sur le téléphone.

Elle a protesté, évidemment. Elle a parlé du chat, des pies, de la buse, de la nuit qui allait tomber. Mais il ne sait pas voler, il va se faire manger, a-t-elle dit, la voix un peu plus haute qu'elle ne l'aurait voulu. Manon n'a pas élevé la voix. Elle a expliqué qu'au centre, ils recevaient chaque printemps des dizaines d'oisillons comme celui-là, ramassés par des gens pleins de bonne volonté. Et qu'il fallait souvent les élever entièrement à la main, alors que leurs parents étaient juste là.

« Mais il ne sait pas voler, il va se faire manger, je ne peux pas le laisser là comme ça. »

Ce que Claire avait pris pour un abandon

Manon a pris le temps de tout raconter. Chez les merles, comme chez beaucoup de passereaux, les jeunes quittent le nid quelques jours avant de savoir vraiment voler. On les appelle des oisillons sortis du nid, ou des jeunes à l'envol. Ils passent alors plusieurs jours au sol ou dans les buissons bas, à sautiller, à s'exercer, à se cacher. Pendant tout ce temps, les parents continuent de les nourrir, plusieurs fois par heure, en les repérant grâce à leurs petits cris.

Le merle qui criait dans la haie n'était donc pas en deuil. Il appelait son petit, et il alertait contre la présence d'un danger, en l'occurrence Claire elle-même. La femelle avec le ver dans le bec venait tout simplement livrer le repas. Le jeune, enfermé dans la boîte, refusait la nourriture d'une main humaine, parce qu'il attendait celle de ses parents. Manon a précisé qu'un nid, à ce stade, ne servait plus à rien, et qu'il ne fallait surtout pas chercher à l'y remettre.

Elle a ajouté une chose que Claire n'a pas oubliée. Le vrai danger, dans un jardin, ce n'est presque jamais l'absence des parents, c'est le chat de la maison. Il fallait reposer le merle sous la haie, à l'abri d'une branche basse, puis garder Pilou à l'intérieur pendant quelques jours, le temps que le jeune apprenne à voler. Ce n'est pas lui qu'il faut enfermer, c'est le chat, a dit Manon en riant doucement. Claire a raccroché, un peu sonnée, et elle est allée chercher la boîte.

Pilou reste à la maison et le merle apprend à voler

Elle a ouvert la boîte au pied des troènes, à deux mètres de l'endroit où elle avait ramassé l'oiseau le matin. Le petit merle a hésité, puis il a sauté hors du torchon et s'est faufilé sous les branches. Claire est remontée sur la terrasse et elle a attendu, assise, sans bouger. Au bout de dix minutes, la femelle est descendue de la haie, un ver dans le bec. Elle a disparu sous les feuilles. On a entendu un petit cri aigu, puis plus rien.

Pilou, lui, a passé les quatre jours suivants enfermé, à miauler devant la porte-fenêtre avec une mauvaise humeur évidente. Gérard a installé un bac à litière dans le cellier en grommelant. Claire guettait le jeune merle chaque matin, de loin, sans jamais s'approcher. Il sautait un peu plus haut chaque jour, d'abord sur une pierre, puis sur la bordure du massif, puis sur la branche basse du cerisier. Le cinquième matin, il a traversé la pelouse en volant, maladroitement, et s'est posé sur la clôture.

Trois semaines plus tard, il y a encore deux jeunes merles qui fouillent la pelouse le soir, et Claire jure reconnaître le sien. Elle en parle maintenant à toutes ses voisines au moment de la saison des nids. On connaît tous ça, l'envie de bien faire qui pousse à ramasser ce qui semble perdu. J'ai failli le priver de ses parents en croyant le sauver, dit-elle simplement. Désormais, quand elle voit un oisillon au sol, elle observe d'abord, de loin, avant de faire quoi que ce soit.

« Ce n'est pas lui qu'il faut enfermer, madame, c'est votre chat, juste quelques jours. »

  • Un oisillon avec des plumes et une queue courte qui sautille au sol est normal : ses parents le nourrissent.
  • Observez de loin pendant une heure : les adultes reviennent souvent, ils ne s'approchent pas si vous êtes trop près.
  • S'il est sur une route ou en plein soleil, posez-le simplement sous un buisson tout proche.
  • Gardez le chat à l'intérieur quelques jours, le temps que le jeune apprenne à voler.
  • Ne le nourrissez pas et ne lui donnez pas d'eau à la pipette.
  • En cas de sang, d'aile pendante, d'attaque par un chat ou d'oisillon sans plumes, appelez un centre de soins.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 254