Elle nourrit trois chats errants derrière sa résidence à Nîmes : un soir, le syndic placarde un avis qui la menace d’une plainte

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était un peu plus de vingt heures, et le parking de la résidence sentait encore la chaleur du goudron. Josiane a posé son sac de croquettes sur le muret, a secoué la boîte en métal, et le bruit a suffi. Trois silhouettes sont sorties de derrière les conteneurs, la queue dressée. Sur la porte du local poubelles, une feuille blanche était scotchée.

Chaque soir à vingt heures, trois chats attendent derrière les poubelles

Josiane a 67 ans et habite depuis douze ans au deuxième étage d'une résidence de briques claires, dans un quartier calme de Nîmes. Ancienne secrétaire médicale, elle vit seule depuis la mort de son mari et connaît chaque recoin de l'immeuble. Le soir, après le journal télévisé, elle descend avec un petit sac en tissu. Dedans, une boîte de croquettes, trois coupelles en plastique et une bouteille d'eau remplie au robinet de la cuisine.

Les chats sont arrivés un printemps, sans prévenir, en passant par le grillage qui longe le terrain vague voisin. Il y a d'abord eu le tigré, un mâle massif à l'oreille déchirée, qu'elle a baptisé Gaston. Puis une petite noire très méfiante, qu'elle appelle Réglisse, et enfin une chatte écaille de tortue, plus jeune, qui boitait légèrement. Personne ne savait d'où ils venaient, et personne ne semblait vraiment s'en soucier dans la résidence.

Au début, Josiane se contentait de les regarder depuis son balcon, une tasse de tisane entre les mains. Elle voyait leurs côtes saillir sous le pelage et leur façon de fouiller les sacs éventrés près des conteneurs. Un soir de pluie, elle a cédé et posé une poignée de croquettes sur le muret. Je me suis dit que ça ne coûtait rien, raconte-t-elle, et qu'au moins ils ne mourraient pas de faim sous mes fenêtres.

Une habitude prise par gentillesse, sans demander l'avis de personne

Très vite, la poignée de croquettes est devenue un rendez-vous fixe, à la même heure, au même endroit. Josiane achetait un sac de quatre kilos par mois au supermarché, en promotion quand elle pouvait. Elle lavait les coupelles chaque matin et ramassait les restes pour ne pas attirer les pigeons. Elle avait l'impression de bien faire, de réparer un peu ce que d'autres avaient abandonné. Soyons honnêtes, beaucoup d'entre nous auraient fait la même chose à sa place.

Certains voisins la saluaient d'un sourire en passant avec leurs sacs de courses. Monsieur Ferrand, le retraité du rez-de-chaussée, lui avait même donné une vieille couverture pour que les chats dorment au sec. Une jeune mère de famille amenait parfois sa fille pour voir Réglisse, qui restait toujours à distance. Josiane se sentait utile, presque responsable d'un petit monde qui comptait sur elle. Elle n'avait jamais pensé qu'il fallait une autorisation pour nourrir des animaux sans maître.

Elle n'avait pas non plus pensé à ce qui arrive quand des chats non stérilisés trouvent de la nourriture régulière. Elle se disait que trois chats, c'était peu, et que la nature ferait le reste. Elle ignorait que les colonies grandissent justement là où la nourriture est assurée. Elle voyait seulement des bêtes affamées et une solution simple. C'était une décision prise par gentillesse, sans calcul, sans méfiance, et c'est précisément ce qui allait se retourner contre elle.

« Je me suis dit que ça ne coûtait rien, et qu'au moins ils ne mourraient pas de faim sous mes fenêtres. »

Un ventre arrondi, puis des plaintes chuchotées dans l'escalier

Au début de l'été, Josiane a remarqué que la chatte écaille de tortue avait pris du poids. Elle a d'abord cru que les croquettes lui réussissaient, et elle s'en est presque félicitée. Puis le ventre s'est arrondi de façon franche, et la chatte a disparu pendant plusieurs jours. Quand elle est revenue, amaigrie, Josiane a compris. Quelque part, sous un buisson du terrain vague, il y avait des chatons qu'elle n'arrivait pas à voir.

Dans le même temps, l'ambiance a changé dans la résidence, sans éclat, par petites touches. Une voisine du troisième se plaignait des miaulements nocturnes et des bagarres entre mâles vers deux heures du matin. Quelqu'un a trouvé des traces de griffes sur le capot de sa voiture neuve. Une autre parlait d'odeurs d'urine près de l'entrée des caves. Josiane entendait ces remarques dans l'escalier, à voix basse, et elle faisait semblant de ne pas comprendre qu'on parlait d'elle.

Elle a préféré se rassurer en se disant que ça finirait par passer. Elle a simplement avancé son heure de distribution, pour être plus discrète, et rangé la couverture derrière un buisson. On connaît tous ça, ce réflexe de baisser la tête en espérant que l'orage passe au-dessus. Mais en août, deux chatons maigres se sont glissés à leur tour près des coupelles. Les trois chats étaient devenus cinq, et Josiane ne savait plus vraiment ce qu'elle était en train d'entretenir.

L'affiche du syndic, les appels sans réponse et la peur d'une plainte

C'est ce soir de septembre qu'elle a découvert la feuille scotchée sur la porte du local poubelles. Le texte, signé du syndic, rappelait que le nourrissage d'animaux errants était interdit par le règlement de copropriété. Il évoquait des nuisances signalées par plusieurs résidents et menaçait d'un dépôt de plainte si cela continuait. Son nom n'apparaissait nulle part, mais tout le monde savait. Josiane est remontée chez elle avec son sac plein, les jambes coupées, sans avoir nourri personne.

Le lendemain, elle a téléphoné au cabinet du syndic, qui l'a renvoyée vers un gestionnaire absent jusqu'à la semaine suivante. Elle a appelé un refuge des environs, qui lui a répondu qu'il était complet et ne prenait plus de chats adultes. Une amie lui a conseillé d'emmener les chats loin, dans la garrigue. Je ne suis pas capable de faire ça, je ne dormirais plus, lui a répondu Josiane, la voix serrée au téléphone.

Pendant plusieurs jours, elle a continué en cachette, à la nuit tombée, une lampe de poche dans la poche. Chaque bruit de porte la faisait sursauter, comme si elle commettait un délit. Elle a même envisagé de déménager les gamelles sur le terrain vague, hors de la copropriété. Mais les chats revenaient toujours au même endroit, fidèles à leur rendez-vous. Elle se sentait coincée entre sa conscience et ses voisins, sans voir aucune porte de sortie raisonnable.

« Quand j'ai vu cette feuille sur la porte, je suis remontée avec mon sac plein, je tremblais. »

Ce que lui apprend une bénévole : les chats ont un statut

La solution est venue d'une conversation au marché, devant un étal de tomates. Une femme d'une quarantaine d'années, Nadia, bénévole dans une association de protection animale, a vu sa mine fatiguée et lui a demandé ce qui n'allait pas. Josiane a tout raconté, d'une traite. Nadia l'a écoutée sans l'interrompre, puis elle a souri. Vous n'avez pas un problème de chats, vous avez un problème de stérilisation, et ça, ça se règle.

Elle lui a expliqué que la loi prévoit un statut de chat libre, inscrit dans le Code rural. Le maire peut faire capturer les chats non identifiés vivant en groupe dans des lieux publics, les faire stériliser et identifier, puis les relâcher sur leur site. Souvent, les communes travaillent avec des associations, par convention, pour organiser ces campagnes. L'identification se fait au nom de la commune ou de l'association, et les chats restent là où ils vivent.

Ce que Josiane croyait être une solution, les éloigner ou cesser de les nourrir, ne règle rien, d'après Nadia. Si on retire des chats d'un site, d'autres viennent prendre la place, attirés par la même nourriture et les mêmes abris. Une colonie stérilisée, elle, se stabilise : plus de portées, moins de bagarres, moins de marquage urinaire. Les miaulements de la nuit, c'étaient des chattes en chaleur et des mâles qui se battaient, a résumé Nadia. Josiane est rentrée avec un numéro et une adresse mail griffonnés sur son ticket de caisse.

Cinq chats tatoués, un parking apaisé et une voisine qui dort mieux

Nadia a pris contact avec le service municipal concerné, qui a enregistré le signalement de la colonie. Quelques semaines plus tard, deux bénévoles sont venus installer des cages-trappes un soir, avec l'accord du syndic, prévenu entre-temps. Gaston s'est fait prendre en premier, furieux. Réglisse a résisté trois nuits. Tous sont revenus quelques jours après, stérilisés, identifiés, avec une petite encoche à l'oreille. Pour Josiane, la facture a été nulle, mais elle a accepté de rester la nourrisseuse référente.

Le changement s'est fait sentir en un mois. Les miaulements nocturnes se sont tus, les bagarres ont cessé, l'odeur près des caves a disparu. Josiane nourrit désormais à un endroit convenu avec le syndic, au fond du terrain, et ramasse tout après le repas. La voisine du troisième lui a même dit bonjour dans l'ascenseur. Je ne demandais pas qu'on les adore, juste qu'on les laisse vivre tranquilles, confie Josiane, en pliant son sac en tissu.

Si vous nourrissez vous aussi des chats sans maître, quelques réflexes évitent bien des conflits. Le plus important reste de ne pas agir seul, et de faire entrer la mairie et une association dans la boucle. Un nourrissage sans stérilisation fait grossir la colonie, parfois très vite. Avant de poser la première gamelle, mieux vaut savoir à qui appartient le terrain et ce que dit le règlement. Et garder en tête qu'un chat libre stérilisé protège à la fois les animaux et la tranquillité du voisinage.

« Les emmener dans la garrigue, je ne suis pas capable de faire ça, je ne dormirais plus. »

  • Signaler la colonie à la mairie, qui peut organiser une campagne de capture et stérilisation.
  • Contacter une association de protection animale, souvent liée à la commune par convention.
  • Vérifier le règlement de copropriété et prévenir le syndic avant de nourrir sur place.
  • Nourrir à heure fixe, à un endroit convenu, et ramasser les restes après chaque repas.
  • Ne jamais déplacer ou abandonner les chats ailleurs : d'autres reviendraient occuper le site.
  • Repérer l'encoche à l'oreille ou l'identification, signe d'un chat libre déjà stérilisé.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 254