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Le perforateur s'est tu vers dix heures, un samedi de début avril, sur un balcon du troisième étage à Orléans. Claire a soufflé la poussière de plâtre, vissé le dernier crochet, puis reculé d'un pas pour admirer la petite maison de bois clair. Dans le tilleul d'en face, une mésange chantait, deux notes répétées, têtues. Claire a souri, persuadée que l'oiseau venait de voir son cadeau.
Un balcon fleuri, un tilleul en face, et une retraitée patiente
Claire a 64 ans et habite depuis vingt ans un appartement du quartier Dunois, à deux rues des mails. Ancienne secrétaire médicale, elle a gardé de son métier un goût pour les choses rangées et les rendez-vous tenus. Son balcon donne sur une petite cour où pousse un vieux tilleul, assez haut pour cacher l'immeuble voisin. Chaque matin, elle y boit son café debout, en pantoufles, en écoutant les moineaux se disputer sur la gouttière. C'est son quart d'heure à elle, celui qu'elle ne cède à personne.
Depuis sa retraite, elle a transformé ce balcon en jardin miniature. Il y a des géraniums rouges, un romarin qui déborde, un pot de fraisiers qui donne trois fruits par an et une jardinière de lavande. L'hiver, elle suspend une boule de graisse et une mangeoire en grillage remplie de graines de tournesol. Les mésanges charbonnières viennent alors par deux, s'accrochent tête en bas et repartent vers le tilleul. Claire les reconnaît à leur cravate noire, et aux plus petites, les bleues, à leur calotte couleur ciel.
Son petit-fils, Théo, onze ans, a pris l'habitude de compter les visiteurs quand il dort chez elle pendant les vacances. Ils notent tout dans un carnet à spirale posé sur le rebord de la fenêtre. En février, ils ont recensé jusqu'à quatorze passages de mésanges dans une seule matinée froide. C'est là que l'idée est née, presque naturellement, entre deux tartines. Si les oiseaux aimaient tant ce balcon pour manger, pourquoi n'y feraient-ils pas leur nid au printemps, à portée de regard, pour que Théo voie les petits ?
Un nichoir choisi avec soin, posé dès les premiers beaux jours
Claire n'a rien voulu laisser au hasard. Elle a attendu les premiers jours doux, persuadée qu'il fallait éviter les gelées pour ne pas effrayer les oiseaux. Fin mars, elle a acheté dans une jardinerie de la périphérie un nichoir en bois brut, sans vernis, avec un toit légèrement incliné. Le vendeur lui a parlé de mésanges, elle a hoché la tête sans poser beaucoup de questions. Le modèle lui plaisait, il sentait bon le bois neuf, et l'étiquette promettait un abri idéal pour les petits passereaux.
Le samedi suivant, elle a demandé à son voisin de palier, Karim, de lui prêter son perforateur. Ensemble, ils ont fixé le nichoir contre le mur, à hauteur d'yeux, juste au-dessus de la jardinière de lavande. Claire voulait pouvoir l'observer depuis sa cuisine sans même sortir. Karim a proposé de le monter plus haut, elle a refusé en riant. Je veux voir les bébés quand ils sortiront la tête, je ne vais pas grimper sur un escabeau tous les matins, a-t-elle expliqué.
Soyons honnêtes, tout semblait réuni pour que ça marche. Il y avait la nourriture à proximité, le grand arbre en face, des mésanges qui connaissaient déjà le lieu par cœur. Claire a même retiré la mangeoire pour que les oiseaux ne soient pas dérangés par les allées et venues. Le soir, elle a envoyé une photo à sa fille, qui l'a transférée à Théo. Le garçon a répondu par trois oiseaux en émoticônes et une question simple, celle de savoir combien de temps il faudrait attendre.
« Je pensais leur faire un cadeau en avril, en fait j'arrivais avec six mois de retard sur leur agenda. »
Les mésanges passent tout près, mais ne regardent jamais l'entrée
Les premiers jours, Claire s'est installée derrière le rideau avec son café, le regard fixé sur le petit trou rond. Les mésanges passaient bien, elles traversaient le balcon, se posaient sur la rambarde, piquaient un insecte dans le romarin. Mais aucune ne s'arrêtait devant le nichoir. Elle s'est dit qu'il fallait leur laisser le temps de s'habituer à cet objet nouveau. Après tout, un oiseau ne s'installe pas dans une maison comme on signe un bail, il doit d'abord se méfier un peu.
Vers la mi-avril, un détail l'a pourtant intriguée. Dans le tilleul, elle voyait un couple de charbonnières faire des allers-retours rapides, le bec chargé de mousse et de brindilles. Elles entraient dans une fente du tronc, à mi-hauteur, puis ressortaient aussitôt pour repartir chercher d'autres matériaux. Claire a d'abord pensé qu'elles construisaient une réserve, ou qu'elles jouaient. Elle n'a pas fait le lien avec son propre nichoir, toujours vide, qui attendait à quinze mètres de là, sous le soleil de l'après-midi.
Il faut dire que ce soleil tapait fort sur son mur. Le balcon est orienté plein ouest, et à partir de quinze heures, la façade devient brûlante au toucher. Claire l'avait remarqué pour ses géraniums, qu'elle arrosait deux fois par jour dès la fin avril. Elle n'a pas pensé une seconde à ce que ressentirait une couvée enfermée dans quelques centimètres de bois. On connaît tous ça, ces évidences qu'on a sous les yeux et qu'on refuse de voir parce qu'on a déjà décidé que tout allait bien.
Entre le chat du voisin et le bois trop neuf, les fausses pistes
En mai, Claire a commencé à chercher un coupable. Le premier suspect s'appelait Pacha, un gros chat roux qui dormait parfois sur le balcon du deuxième étage. Elle l'avait vu une fois lever les yeux vers sa jardinière avec une attention suspecte. Elle a donc acheté des piques en plastique à poser sur la rambarde du dessous, après en avoir parlé à la propriétaire du chat. Les piques sont restées là trois semaines, Pacha a changé de sieste, et les mésanges ont continué à ignorer le nichoir.
Le deuxième suspect, c'était l'odeur du bois. Une amie de sa chorale lui a assuré que les oiseaux n'aimaient pas le neuf, qu'il fallait frotter l'intérieur avec de la terre ou des feuilles. Claire a décroché le nichoir, l'a ouvert, y a déposé une poignée de mousse ramassée au pied du tilleul. Elle a même hésité à y ajouter du coton, puis a renoncé de peur de mal faire. Elle a remis la petite maison en place, un peu honteuse de bricoler ainsi sans rien y connaître vraiment.
Théo, lui, s'impatientait au téléphone chaque dimanche. Il demandait des nouvelles, Claire répondait que les oiseaux réfléchissaient encore. Elle a fini par poser la question sur un forum de jardiniers amateurs, en joignant une photo de son balcon. Les réponses se contredisaient. Certains parlaient de pollution, d'autres de pesticides, un internaute affirmait que les mésanges disparaissaient tout simplement de la ville. Je n'avais jamais entendu autant de théories sur une boîte en bois, confie-t-elle aujourd'hui, j'ai fini par éteindre l'ordinateur.
« Votre nichoir est arrivé quand tout le monde avait signé ailleurs, ces mésanges avaient choisi leur fente depuis décembre. »
Un voisin ornithologue regarde le nichoir et sourit doucement
La réponse est venue d'en bas, un matin de juin, au local à poubelles. Bernard, 71 ans, ancien instituteur installé au rez-de-chaussée, observe les oiseaux depuis cinquante ans avec des jumelles qui ne le quittent jamais. Claire lui a raconté son printemps raté en vidant son sac de verre. Il est monté voir le nichoir, s'est penché sur la rambarde, a mesuré l'entrée avec un double décimètre tiré de sa poche. Puis il a souri, sans moquerie, comme on sourit devant un élève qui a juste oublié une étape.
Il lui a d'abord expliqué l'essentiel, celui que personne ne lui avait dit en magasin. Les mésanges ne cherchent pas leur logement au printemps, elles le repèrent bien avant, dès l'automne et pendant tout l'hiver. Elles visitent les cavités, s'y abritent les nuits de gel, choisissent leur place pendant les mois froids. Quand avril arrive, le couple sait déjà où il va nicher. Votre nichoir est arrivé quand tout le monde avait signé ailleurs, a-t-il résumé, ces charbonnières du tilleul avaient leur fente depuis décembre.
Puis Bernard a égrené les autres détails, un par un. Le trou mesurait 38 millimètres, trop large, ce qui laisse entrer des oiseaux plus gros et des prédateurs. Pour lui, une mésange bleue préfère une entrée de 28 millimètres, une charbonnière une entrée de 32. Le nichoir était trop bas, à portée de patte et de regard. Et surtout, il cuisait face à l'ouest. Moi, je les tourne toujours vers le sud-est, a-t-il ajouté, ils prennent le soleil du matin et restent à l'abri des pluies et de la chaleur.
Cet automne, le nichoir changera de mur et de saison
Claire n'a pas jeté sa petite maison de bois. Avec Bernard, elle a décidé de tout reprendre, mais au bon moment cette fois. Karim a promis de revenir avec son perforateur en octobre, quand les feuilles du tilleul commenceront à tomber. Le nichoir sera fixé sur le petit retour de mur du balcon, celui qui regarde vers le sud-est, à plus de deux mètres de haut. Elle a accepté l'idée de l'escabeau, puisque de toute façon, a dit Bernard, il ne faut pas ouvrir un nid occupé.
Pour l'entrée, Bernard lui a conseillé de racheter une façade percée à la bonne taille plutôt que de bricoler l'ancienne. Claire a choisi 28 millimètres, par affection pour les mésanges bleues qui venaient manger dans sa main certains hivers. L'opération lui aura coûté une quinzaine d'euros de plus, et un printemps d'attente. Elle remettra aussi la mangeoire en place dès les premiers froids, pour que les oiseaux continuent de fréquenter le balcon. Bernard lui a seulement conseillé de la poser à quelques mètres du nichoir.
Théo, quand il a appris la nouvelle, a ouvert une nouvelle page dans le carnet à spirale. Il y a écrit en grosses lettres le mot octobre, souligné deux fois, avec un dessin de nichoir orienté vers un soleil levant. Claire, elle, regarde désormais le tilleul autrement, en pensant aux oiseaux qui y ont élevé leurs petits sans elle. J'ai voulu leur offrir un printemps, alors qu'ils avaient besoin d'un hiver, dit-elle en riant. Pour ceux qui voudraient éviter son erreur, quelques repères suffisent, et un calendrier.
« Moi, je les tourne toujours vers le sud-est, ils prennent le soleil du matin sans cuire l'après-midi. »
- Installer le nichoir à l'automne, idéalement en octobre, pour que les mésanges le repèrent pendant l'hiver.
- Le fixer en hauteur, à plus de deux mètres, hors de portée des chats.
- L'orienter vers le sud-est, à l'abri du soleil brûlant de l'après-midi et des pluies dominantes.
- Choisir un trou de 28 mm pour la mésange bleue, de 32 mm pour la charbonnière.
- Préférer un bois brut non traité et ne pas ouvrir le nichoir pendant la nidification.
- Placer la mangeoire d'hiver à quelques mètres du nichoir, pas juste à côté.
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