Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Il est six heures et demie, rue des Mimosas, à Perpignan. Le ciel blanchit derrière les platanes, la tramontane fait claquer un volet mal fermé. Josette, 71 ans, pose deux coupelles en inox au pied du muret, secoue un sac de croquettes. Le bruit suffit : une queue rousse surgit sous une voiture, puis une deuxième, puis cinq silhouettes maigres qui attendent leur tour.
Chaque matin, six chats attendent Josette au pied du muret
Josette a été aide-soignante pendant trente-huit ans à l'hôpital de Perpignan, et elle a gardé l'habitude de se lever tôt. Depuis sa retraite, elle vit seule dans une petite maison de ville, avec une cour carrée et un citronnier. Son mari, Robert, est parti il y a quatre ans. Le silence de la maison, elle le supporte mieux le soir que le matin, alors elle sort.
Les chats sont arrivés presque par hasard, il y a deux ans. Une femelle tigrée, d'abord, maigre comme un clou, qui fouillait les poubelles du restaurant au coin de la rue. Josette lui a donné un reste de jambon, puis une boîte de pâtée achetée exprès. La chatte est revenue le lendemain, puis le surlendemain, et Josette l'a baptisée Mistinguett.
Aujourd'hui, ils sont six à venir régulièrement, parfois huit quand des inconnus se joignent au repas. Josette connaît chacun par son nom, ses manies, sa façon de manger. Elle dépense une quarantaine d'euros par mois en croquettes, achetées au supermarché du quartier. Elle dit volontiers que c'est la meilleure heure de sa journée, celle où quelqu'un l'attend vraiment.
Elle installe des gamelles devant chez elle, pour bien faire
Au début, Josette nourrissait les chats dans sa cour, à l'abri des regards. Mais les plus craintifs refusaient d'entrer, alors elle a déplacé les gamelles sur le trottoir, contre le muret. Elle a ajouté une bassine d'eau fraîche l'été, et même une caisse en bois garnie d'une vieille couverture pour l'hiver. Elle trouvait ça normal, presque un devoir de voisinage.
Sa voisine d'en face, Nadia, quarante ans, infirmière de nuit, la saluait d'un geste amusé en rentrant du travail. Le vieux monsieur du numéro douze lui apportait parfois ses restes de poulet. Personne ne se plaignait, en tout cas pas devant elle. Josette avait l'impression de rendre service à tout le quartier, en somme, en évitant que les chats ne meurent de faim.
Elle avait pensé à les faire soigner, bien sûr, mais une visite chez le vétérinaire coûte cher. Mistinguett avait eu deux portées, et Josette avait réussi à placer trois chatons chez des collègues de son ancien service. Pour les autres, elle s'était dit qu'on verrait plus tard. Soyons honnêtes, on connaît tous ce genre de projet repoussé de mois en mois.
« Je croyais faire une bonne action, je me disais que sans moi ils allaient crever de faim. »
Des sacs éventrés et des odeurs que Josette préfère ignorer
Le printemps dernier, les choses ont commencé à changer sans qu'elle y prête vraiment attention. Les gamelles restées dehors la nuit attiraient des pigeons au matin, et parfois des goélands descendus du port. Un jour, elle a trouvé un sac poubelle éventré devant la porte du numéro douze. Elle l'a ramassé elle-même, en se disant qu'un chien avait dû passer par là.
Il y avait aussi l'odeur, surtout quand le vent tombait. Les mâles non castrés marquaient les portes d'entrée et les roues des voitures. Nadia a fini par en parler, un soir, avec un sourire gêné. Elle a raconté que son fils de huit ans ne voulait plus laisser son vélo dans le couloir, parce que ça sentait trop fort l'urine de chat.
Josette a hoché la tête et promis de nettoyer le trottoir à l'eau de Javel. Elle l'a fait, deux ou trois fois, puis l'été est arrivé avec sa chaleur lourde. Les chatons de la saison ont doublé le groupe en quelques semaines. Elle comptait désormais onze bouches à nourrir, et elle se répétait que ce n'était qu'une mauvaise passe.
Une enveloppe à en-tête de la mairie glissée dans la boîte
Le courrier est arrivé un mardi de septembre, avec le relevé de pension et une publicité pour une pizzeria. L'enveloppe portait le logo de la ville de Perpignan. Josette l'a ouverte debout dans l'entrée, encore en pantoufles, et a dû relire deux fois. Il s'agissait d'un rappel au règlement sanitaire départemental, signé par le service communal d'hygiène et de santé.
La lettre expliquait, sur un ton poli mais ferme, que des signalements avaient été reçus concernant des nuisances dans la rue. Elle rappelait qu'il est interdit de jeter ou de déposer de la nourriture pour attirer les animaux errants, lorsque cela crée une gêne pour le voisinage. En cas de récidive, précisait le texte, une contravention pouvait être dressée. Deux ans de croquettes, de bassines d'eau et de vieilles couvertures, et voilà qu'on lui parlait de contravention.
Josette s'est assise sur la chaise de la cuisine, la lettre posée devant elle à côté de son café froid. Elle a d'abord pensé à un malentendu, puis à une dénonciation. Elle a appelé Nadia, qui a juré ne rien avoir signalé. Elle a ensuite téléphoné à la mairie, et a patienté vingt minutes en musique d'attente avant que la ligne ne coupe.
« Quand j'ai vu le logo de la mairie, j'ai cru que j'allais devoir payer une amende. »
Ce n'était pas un voisin, mais la loi qui l'attendait
Le lendemain, Josette est allée en personne au service d'hygiène, sa lettre pliée dans son sac. Une agente l'a reçue, une femme d'une cinquantaine d'années qui avait visiblement l'habitude. Elle lui a expliqué que le courrier n'était pas une sanction, mais un avertissement. Plusieurs plaintes étaient arrivées, oui, mais surtout un agent avait constaté les gamelles et les déchets.
L'agente lui a dit une chose que Josette n'avait jamais entendue. Nourrir des chats sans les stériliser, c'est entretenir une colonie qui grossit chaque année. Une femelle peut avoir deux à trois portées par an. En voulant les aider, Josette avait fabriqué, sans le savoir, exactement la situation que le règlement cherche à éviter : une population errante qui s'accroît. Elle qui avait cru bien faire pendant deux ans a mis un moment à le comprendre.
Puis l'agente a sorti un dépliant. Il existe une voie légale, a-t-elle expliqué : passer par une association de protection animale qui signe une convention avec la commune. Les chats sont capturés, stérilisés, identifiés au nom de l'association, puis relâchés sur place. On les appelle alors des chats libres, et les nourrir devient possible dans un cadre encadré.
Onze chats stérilisés et une gamelle déplacée de trois mètres
Josette a contacté une association de bénévoles du quartier Saint-Mathieu, dont le numéro figurait sur le dépliant. Une jeune femme, Clara, est venue un samedi avec trois cages-pièges et un carnet. Elle a recensé les chats, noté leurs particularités, photographié chacun. La campagne de stérilisation a pris six semaines, financée en partie par la mairie et en partie par l'association.
Josette a participé aux frais, environ cent vingt euros, et elle tient aujourd'hui un point de nourrissage déclaré. Les gamelles sont posées à heure fixe, ramassées dans la demi-heure, le trottoir est lavé chaque semaine. Fini les gamelles oubliées la nuit, qui attiraient pigeons et goélands au petit matin. Les odeurs ont nettement diminué depuis la castration des mâles. Nadia a même proposé de prendre le relais quand Josette part chez sa sœur à Narbonne.
Les chats de la rue des Mimosas portent désormais une petite encoche à l'oreille, signe qu'ils sont stérilisés et suivis. Mistinguett n'aura plus de portée. Josette garde la lettre de la mairie dans un tiroir de la cuisine, à côté des factures. Elle dit qu'elle aurait préféré savoir plus tôt, et que d'autres, dans d'autres rues, ne savent toujours pas. Chaque matin, à six heures et demie, les chats l'attendent toujours au pied du muret.
« La dame m'a dit que je les aidais à se multiplier, et là, franchement, j'ai rien su répondre. »
- Vérifier en mairie ce que prévoit le règlement sanitaire départemental sur le nourrissage des animaux errants.
- Contacter une association de protection animale locale avant d'installer des gamelles sur la voie publique.
- Demander si la commune a signé une convention pour une campagne de capture et de stérilisation des chats libres.
- Ramasser la nourriture dans la demi-heure et ne jamais laisser de gamelles la nuit.
- Nettoyer régulièrement le point de nourrissage pour éviter odeurs, pigeons et sacs éventrés.
Suivi de l'histoire
- 8 Oct 2026Elle branche un kit solaire de balcon sur sa prise à Grenoble : un mois plus tard, son syndic et Enedis lui écrivent le même jour
- 8 Oct 2026Il rapporte sa cafetière de 120 euros tombée en panne au bout de vingt mois : le vendeur lui tend le numéro du fabricant et referme le dossier
- 8 Oct 2026Il verse de l’acide citrique dans l’eau bouillante de sa cafetière : le lendemain matin, un dépôt blanc tapisse tout le réservoir
- 8 Oct 2026Elle taille sa haie de charmilles un samedi d’avril près de Dijon : son voisin lui montre alors ce qu’il y avait au milieu des branches
- 8 Oct 2026Elle branche un kit solaire sur la prise de son balcon lyonnais : son voisin électricien lui pose une question sur Enedis
- 8 Oct 2026Elle jette ses quatre poêles en croyant la loi PFAS appliquée : au supermarché d’à côté, les mêmes modèles attendent toujours sur le rayon







