Il branche deux panneaux solaires sur la prise de son balcon à Perpignan : un mois plus tard, une lettre d’Enedis lui parle de convention

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Il était sept heures et demie, le soleil frappait déjà la rambarde en aluminium du troisième étage. Sur le balcon, Gérard, 64 ans, serrait la dernière vis d'un support métallique, un tournevis entre les dents. Derrière lui, la radio grésillait dans la cuisine. Il a enfoncé la prise dans le mur, et le petit boîtier gris a clignoté vert.

Un balcon plein sud et un retraité qui compte chaque kilowattheure

Gérard habite depuis onze ans un appartement de Canet-en-Roussillon, à quelques kilomètres de Perpignan. Ancien électricien dans une coopérative viticole, il connaît les fils, les disjoncteurs et les compteurs mieux que la plupart de ses voisins. Avec Monique, sa femme, il vit dans un trois-pièces au troisième étage d'une résidence des années quatre-vingt. Le balcon regarde plein sud, vers les Albères, et reçoit le soleil du matin jusqu'au milieu de l'après-midi. Monique y fait pousser des tomates cerises et du basilic, dans des jardinières qu'elle arrose chaque soir.

Depuis la hausse des tarifs de l'électricité, Gérard relève son compteur Linky chaque dimanche sur l'application. Il note les chiffres dans un petit carnet à spirale, rangé à côté du téléphone fixe. Leur facture annuelle tournait autour de neuf cents euros, et elle avait grimpé d'un coup l'hiver précédent. Le congélateur, la box internet et le ballon d'eau chaude tournaient sans arrêt, même pendant leurs absences. Pour un couple de retraités, ces sommes comptent, et Gérard aime l'idée de reprendre la main sur ses dépenses quotidiennes.

Dans la résidence, personne n'avait encore de panneaux solaires. Le voisin du dessous, Raymond, se moquait gentiment de ses relevés hebdomadaires lors des réunions de copropriété. Gérard, lui, lisait les forums, regardait des vidéos de bricoleurs et comparait les prix en ligne le soir. Il avait l'impression tranquille de faire quelque chose de juste, pour son budget et pour la planète. Avec ce soleil catalan, se disait-il, ce serait presque un gâchis de ne pas s'en servir. Monique l'écoutait parler de watts-crête au dîner, amusée et un peu sceptique.

Deux panneaux livrés en carton et branchés en une matinée

Le kit est arrivé un mardi de mai, dans deux grands cartons posés par le livreur devant la porte. Deux panneaux de quatre cents watts chacun, un micro-onduleur, des câbles et des crochets de fixation pour rambarde. Le tout avait coûté un peu moins de huit cents euros sur un site spécialisé. La publicité promettait une installation en moins d'une heure, sans électricien, avec une simple prise domestique. Gérard avait souri en lisant cette phrase, parce qu'il avait passé sa vie à câbler des installations bien plus compliquées.

Il a mis toute une matinée, par souci de bien faire. Il a vérifié la solidité de la rambarde, serré les colliers, orienté les panneaux avec une boussole sur son téléphone. Monique tenait l'échelle et lui passait les outils, en râlant un peu contre les jardinières déplacées. À onze heures, le micro-onduleur affichait déjà quatre cent cinquante watts. Gérard a regardé le compteur tourner moins vite, puis il a ouvert une bière fraîche pour fêter ça. C'est fou, a-t-il dit, je produis mon courant comme un paysan produit ses légumes.

Il ne lui est pas venu à l'esprit qu'il fallait prévenir qui que ce soit. La notice parlait de branchement facile, de rendement et d'économies, pas de démarches administratives. Le vendeur, au téléphone, avait simplement assuré que tout était conforme aux normes européennes. Dans sa tête, c'était un appareil comme un autre, un peu comme un grille-pain qu'on branche sur la prise. On connaît tous ça : quand quelque chose se vend librement, on pense que tout est réglé d'avance. Les jours suivants, il a noté avec fierté ses premières économies dans son carnet.

« C'est fou, je produis mon courant comme un paysan produit ses légumes, et en plus sur mon balcon. »

Une petite remarque dans l'ascenseur, puis un regard en façade

Le premier signal est venu de Raymond, une semaine plus tard, dans l'ascenseur qui sentait le produit d'entretien. Il a demandé, l'air de rien, si les panneaux avaient été validés par le syndic. Gérard a haussé les épaules et répondu qu'ils étaient sur son balcon, donc chez lui. Raymond a hoché la tête sans insister, mais il a ajouté que la façade appartenait à tout le monde. La phrase est restée dans un coin de la tête de Gérard, sans vraiment l'inquiéter sur le moment.

Quelques jours après, une dame du deuxième bâtiment s'est arrêtée sur le parking pour photographier la façade. Monique l'a vue depuis la cuisine, le téléphone levé vers leur balcon. Elle en a parlé à Gérard le soir, en servant la soupe froide. Il a répondu que les gens étaient curieux, que c'était nouveau, que ça finirait par faire des émules. Au fond, il commençait quand même à se demander si les deux panneaux noirs ne détonnaient pas sur le crépi ocre de la résidence.

Puis, un samedi, il a reçu un courriel du syndic rappelant les règles d'aspect extérieur. Le message était général, adressé à tous les copropriétaires, et parlait surtout de linge suspendu et de paraboles. Gérard l'a lu en diagonale et l'a archivé, convaincu que cela ne le concernait pas vraiment. Le soleil continuait de briller, la production grimpait à près de trois kilowattheures par jour. Il préférait regarder ces chiffres-là, plus réjouissants que les courriels administratifs du syndic.

Une enveloppe à en-tête bleu dans la boîte aux lettres

Un mois après l'installation, presque jour pour jour, une enveloppe blanche à en-tête d'Enedis attendait dans la boîte. Gérard l'a ouverte dans le hall, debout, ses clés encore à la main. Le courrier expliquait que le compteur avait enregistré une injection d'électricité sur le réseau public. Il parlait d'une installation de production non déclarée et l'invitait à régulariser sa situation par une convention. Le mot convention, imprimé en gras, lui a fait l'effet d'une convocation au tribunal. Il est remonté les trois étages à pied, sans attendre l'ascenseur.

Monique a lu la lettre deux fois, assise à la table de la cuisine. Elle a demandé s'ils allaient devoir payer une amende ou tout démonter. Gérard n'en savait rien, et soyons honnêtes, il se sentait un peu bête, lui l'ancien électricien. Il a appelé le numéro indiqué, mais il est tombé sur un serveur vocal et une longue attente. Après vingt minutes de musique, il a raccroché, agacé. Il a ensuite téléphoné au vendeur du kit, qui lui a répondu que c'était au client de s'occuper des déclarations.

Le soir même, il a fouillé les forums qu'il consultait avant l'achat. Certains parlaient de factures surprises, d'autres de compteurs bloqués, d'autres encore affirmaient que tout cela était facultatif. Les avis se contredisaient, chacun racontant sa propre histoire avec assurance. Gérard a mal dormi, se demandant s'il avait abîmé quelque chose sur le réseau. Le lendemain matin, il a débranché la prise, par précaution, et les panneaux sont restés immobiles au soleil. J'ai l'impression d'avoir fait une bêtise sans savoir laquelle, a-t-il confié à Monique.

« J'ai l'impression d'avoir fait une bêtise sans savoir laquelle, et ça, pour un ancien électricien, c'est vexant. »

Ce n'était ni une sanction ni une facture, juste un formulaire

C'est leur fille, Claire, ingénieure à Toulouse, qui a remis les choses à plat au téléphone. Elle a lu le courrier en photo et lui a expliqué que c'était une démarche courante. Tout panneau relié au réseau, même par une simple prise, doit être déclaré à Enedis. Pour un kit comme le sien, il s'agit d'une convention d'autoconsommation sans injection, gratuite, qui se remplit en ligne. Le surplus éventuel part sur le réseau sans être payé, mais il faut que le gestionnaire sache que l'installation existe.

Gérard a compris pourquoi c'était important. Les techniciens qui interviennent sur une ligne doivent savoir qu'une source peut y renvoyer du courant. Le réseau doit aussi connaître les petites productions dispersées pour rester équilibré. Il s'est connecté le soir même sur le site d'Enedis, avec le numéro de son point de livraison inscrit sur sa facture. Le formulaire demandait la puissance des panneaux, la référence de l'onduleur et quelques informations sur le logement. En vingt minutes, c'était fait, et un accusé de réception est arrivé par courriel.

Restait la copropriété, et là, Raymond avait raison. Le règlement que Gérard a enfin relu précisait qu'aucun équipement ne pouvait être fixé en façade sans accord de l'assemblée générale. Ses panneaux accrochés à l'extérieur de la rambarde modifiaient l'aspect de l'immeuble. Il a écrit au syndic pour demander l'inscription du sujet à la prochaine assemblée. En attendant, il a démonté les crochets et posé les panneaux au sol du balcon, inclinés contre le mur. Si j'avais lu le règlement avant, j'aurais économisé une échelle et pas mal de nervosité, a-t-il reconnu.

Ce que le kit rapporte vraiment et ce qu'il faut vérifier

Trois mois plus tard, Gérard a rebranché la prise, la conscience tranquille. Ses panneaux, posés au sol, produisent un peu moins qu'en hauteur, mais suffisent à alimenter le congélateur et la box en journée. Selon ses propres calculs, il économise une dizaine d'euros par mois aux beaux jours. Il estime son kit remboursé d'ici six ou sept ans, si les tarifs ne baissent pas. Ce ne sont pas des sommes spectaculaires, mais il aime voir le compteur ralentir quand le soleil tape sur le Roussillon.

L'assemblée générale a fini par voter un cadre commun pour les équipements solaires. Les panneaux doivent rester à l'intérieur des balcons et ne pas dépasser la hauteur de la rambarde. Deux autres copropriétaires, dont Raymond lui-même, ont annoncé qu'ils réfléchissaient à s'équiper. Monique a retrouvé la place pour ses tomates, un peu décalées, et le basilic pousse à l'ombre des panneaux. Elle dit en riant que son mari a enfin trouvé un sujet qui passionne toute la résidence, au-delà des places de parking.

Gérard a gardé la lettre d'Enedis dans son carnet à spirale, pliée en quatre. Il la montre à ceux qui lui demandent conseil, avec la liste des étapes qu'il a apprises à ses dépens. Pour lui, l'erreur n'était pas d'acheter le kit, mais de croire qu'une prise suffisait à tout régler. Il conseille maintenant de faire les démarches avant même de déballer les cartons. C'est simple et gratuit, répète-t-il, mais personne ne vous le dit au moment de payer.

« Si j'avais lu le règlement avant, j'aurais économisé une échelle et pas mal de nervosité. »

  • Déclarer tout kit branché sur prise via la convention d'autoconsommation Enedis, gratuite et en ligne.
  • Garder sous la main son numéro de point de livraison, inscrit sur la facture d'électricité.
  • Noter la puissance des panneaux et la référence du micro-onduleur avant de remplir le formulaire.
  • Relire le règlement de copropriété avant toute fixation en façade ou sur une rambarde.
  • Demander l'inscription du projet à l'assemblée générale si l'aspect extérieur est modifié.
  • Vérifier la solidité du support et l'état de la prise avant le premier branchement.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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