Il achète un pot de miel orné d’une ruche bretonne près de Brest : au dos, quatre pays d’origine et aucun ne se trouve en Europe

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Samedi, dix-sept heures, le parking du supermarché de Guipavas luisait encore de la dernière averse. Yannick poussait son caddie d'une main, l'autre tenant la liste griffonnée par Soizic au dos d'une enveloppe. Au rayon petit-déjeuner, une musique d'ascenseur couvrait le bip lointain des caisses. Il a attrapé un pot de miel sans réfléchir, séduit par une ruche dessinée et un champ de coquelicots.

Un samedi ordinaire entre la rade de Brest et le rayon confitures

Yannick a cinquante-quatre ans et travaille depuis trois décennies comme technicien de maintenance sur le port de Brest. Il connaît par cœur le vent qui s'engouffre dans la rade et les horaires des ferries pour Ouessant. Le samedi, c'est lui qui fait les courses, pendant que Soizic, aide-soignante, rattrape le sommeil de ses gardes de nuit. Ils vivent dans une longère rénovée à Gouesnou, avec un potager qui produit plus de courgettes qu'ils ne peuvent en manger. Leurs deux enfants sont partis étudier à Rennes depuis longtemps.

Le couple n'a rien de militant, mais il a pris des habitudes au fil des années. Les légumes viennent du jardin ou du marché de Lambézellec, les œufs d'une voisine qui élève six poules rousses. Ils ont réduit la viande, ils achètent leurs lentilles en vrac dans une épicerie du centre. Soizic tient beaucoup au miel, qu'elle met dans son thé chaque matin avant de partir. Elle dit que ça lui adoucit la gorge, surtout l'hiver, quand les couloirs de l'hôpital sentent le désinfectant et que tout le monde tousse.

Ce samedi-là, Yannick avait fait le marché trop tard, et le stand de l'apiculteur de Plabennec était déjà replié. Il restait quelques miettes de crêpes sur la table voisine et une odeur de café froid. Plutôt que de revenir les mains vides, il s'est dit qu'il trouverait bien un pot convenable au supermarché. Après tout, se disait-il, le miel reste du miel, et les abeilles ne lisent pas les étiquettes. Il a garé la voiture près de l'entrée, sous les néons, avec la conviction tranquille de quelqu'un qui sait ce qu'il achète.

Une ruche dessinée, des coquelicots et un prix qui rassure

Le rayon était long, éclairé comme une vitrine, avec des dizaines de pots alignés en rangs serrés. Il y avait du miel liquide, du miel crémeux, des pots en verre et des flacons souples à presser. Yannick a repéré celui-là parce qu'il ressemblait à ce que Soizic achète d'habitude au marché. Une étiquette couleur paille, une ruche en bois peinte à l'ancienne, quelques abeilles dessinées au trait fin. En dessous, un champ de fleurs des champs, coquelicots et bleuets, comme une carte postale de la campagne finistérienne au mois de juin.

Le prix l'a convaincu tout à fait, et soyons honnêtes, c'est souvent là que tout se joue. Le pot de cinq cents grammes coûtait un peu moins de cinq euros, presque moitié moins que celui de l'apiculteur. Yannick a pensé que la différence venait du conditionnement, des grandes quantités, de la marge du distributeur. Il a comparé rapidement avec deux autres marques, dont l'une affichait fièrement un drapeau français. Celle-là était plus chère de trois euros, et il ne voyait pas bien ce qui justifiait un tel écart.

Il a donc posé le pot à la ruche dans le caddie, entre un paquet de café et des yaourts nature. Sur le chemin des caisses, il a même ajouté une boîte de galettes de Pont-Aven pour le goûter du lendemain. À la caisse, la jeune femme a passé le pot sans le regarder, le bip a résonné comme tous les autres. Yannick a rangé ses sacs dans le coffre sous une nouvelle averse fine. Il était content de lui, persuadé d'avoir trouvé une bonne affaire qui ferait plaisir à sa femme.

« Tu vas pas me faire un procès pour cinq euros, un miel c'est un miel, les abeilles sont les mêmes partout. »

Le lendemain matin, Soizic retourne le pot sur la table

Le dimanche, la cuisine sentait le pain grillé et la bouilloire sifflait doucement sur la gazinière. Soizic est descendue en peignoir, les cheveux encore humides, et a ouvert le placard pour prendre le miel. Elle a regardé le pot à la ruche avec un léger froncement de sourcils, sans rien dire d'abord. Elle a dévissé le couvercle, plongé la cuillère, goûté du bout des lèvres. Le miel était très clair, très liquide, et coulait de la cuillère comme un sirop. Elle a trouvé qu'il avait un goût sucré, plat, sans le parfum habituel.

Par réflexe professionnel, parce qu'elle lit toutes les notices à l'hôpital, elle a retourné le pot. Au dos, en petits caractères gris sur fond beige, une ligne commençait par les mots mélange de miels. Puis suivait une liste de quatre pays : Chine, Argentine, Mexique, Vietnam. Elle a relu deux fois, en plissant les yeux à cause de la lumière du matin. Aucun de ces noms n'était européen, alors que le dessin évoquait plutôt un coin de bocage près de Morlaix. Elle a posé le pot devant son mari, sans un mot.

Yannick a d'abord haussé les épaules, le nez dans son bol de café. Il a dit qu'un miel restait un miel, que les abeilles étaient les mêmes partout. « Tu vas pas me faire un procès pour cinq euros », a-t-il lâché en souriant à moitié. Soizic n'a pas répondu tout de suite. Elle a tourné le pot dans tous les sens, cherchant une mention de la Bretagne, ou même de la France. Il n'y en avait aucune. Seulement l'adresse d'un conditionneur, une ville de l'intérieur, et ces quatre pays alignés.

Des recherches le soir et un appel à l'apiculteur de Plabennec

L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais la question a continué de trotter dans la tête de Yannick. Le soir, devant l'ordinateur posé sur la table du salon, il a commencé à chercher. Il a tapé des mots approximatifs, miel chinois, mélange de miels, origine étiquette, et s'est perdu dans des forums. Certains disaient que ces miels étaient coupés au sirop de sucre, d'autres juraient le contraire. On connaît tous ça, ces soirées où l'on lit dix avis contradictoires et où l'on finit plus perdu qu'au départ.

Le lundi, à la pause de midi, il a appelé Gwénaël, l'apiculteur de Plabennec, dont il avait gardé le numéro. Gwénaël, soixante ans, tient une centaine de ruches entre les landes et les champs de colza. Il a écouté Yannick décrire le pot, la ruche dessinée, les coquelicots et la liste des pays. Au bout du fil, on entendait un tracteur passer et des chiens aboyer. Gwénaël a soupiré longuement, comme quelqu'un qui a déjà entendu cette histoire des dizaines de fois, sur les marchés comme ailleurs.

L'apiculteur ne voulait pas juger le contenu du pot sans l'avoir analysé, et il l'a dit clairement. Il a expliqué qu'il ne pouvait pas savoir, lui, ce qu'il y avait dedans exactement. En revanche, il a insisté sur un point que Yannick n'avait jamais remarqué. « L'ordre des pays, il est pas là par hasard, regarde bien lequel arrive en premier », lui a-t-il dit. Yannick a raccroché perplexe, en se demandant pourquoi l'ordre aurait la moindre importance. Il pensait que c'était alphabétique, ou simplement décidé par le fabricant.

« L'ordre des pays, il est pas là par hasard, regarde bien lequel arrive en premier sur la liste. »

Ce que dit vraiment la première ligne au dos du pot

Le soir même, Yannick a repris le pot et l'a posé sous la lampe du bureau. Chine, Argentine, Mexique, Vietnam : l'ordre n'était donc pas alphabétique, il l'a vu tout de suite. Il a cherché sur un site officiel et a fini par trouver la réponse, écrite noir sur blanc. Depuis juillet 2022, en France, les pays d'origine d'un mélange de miels doivent tous figurer sur l'étiquette. Et ils doivent apparaître par ordre d'importance, le premier cité étant celui qui pèse le plus dans le pot.

Autrement dit, la Chine n'était pas un détail ajouté en passant, c'était le cœur du produit. La plus grande part du miel venait de là, puis venaient l'Argentine, le Mexique et enfin le Vietnam. Avant cette règle, Yannick l'a appris en lisant plus loin, on pouvait se contenter d'une formule vague. Les étiquettes indiquaient souvent mélange de miels originaires et non originaires de l'Union européenne, sans plus de précision. Le consommateur ne savait pas d'où venait son miel, ni dans quelle proportion chaque pays entrait dans le mélange.

Ce n'était donc ni une fraude ni une erreur d'impression, et c'est ce qui l'a le plus surpris. Le fabricant respectait la loi, l'information était bien là, simplement imprimée en petit et au dos. C'était le dessin qui racontait autre chose, une ruche en bois et un champ de coquelicots qui n'existaient nulle part dans le pot. « En fait, ils m'ont rien caché, c'est moi qui ai pas lu », a reconnu Yannick devant Soizic. Elle a souri, sans triomphe, en lui resservant un peu de thé.

Le pot finit dans un gâteau et les courses changent

Le couple n'a pas jeté le pot, par principe, parce que gaspiller les dérangeait plus que tout. Soizic l'a utilisé pour un pain d'épices, où le goût plat se perdait sous la cannelle et l'orange. Mais Yannick a changé sa façon de faire les courses, et il l'a fait sans en faire un drame. Désormais, il retourne chaque pot avant de le poser dans le caddie. Il cherche la première ligne, celle qui compte, puis il compare avec le prix affiché sur l'étiquette du rayon. Cela lui prend dix secondes à peine.

Au supermarché, il a découvert que certains pots portaient une seule origine, France, et coûtaient nettement plus cher. D'autres mélangeaient France et Espagne, ou Espagne et Ukraine, toujours dans un ordre précis. Pour lui, cette différence de prix raconte désormais quelque chose de concret sur la quantité produite et le chemin parcouru. Il préfère acheter un pot de Gwénaël un peu plus cher et en consommer moins. C'est son choix à lui, dans son budget à lui, et il ne prétend pas que tout le monde doive faire pareil.

Soizic, elle, garde un pot au marché chaque mois et note la date sur le couvercle au feutre. Le dimanche suivant, la cuisine sentait de nouveau le pain grillé, et la cuillère restait plantée droite dans un miel épais, couleur ambre. Yannick a raconté l'histoire à ses collègues du port, qui ont tous retourné leur pot le soir même. Certains ont trouvé la France en première ligne, d'autres un pays d'Amérique du Sud. « La ruche sur l'étiquette, maintenant, je la regarde même plus », dit-il en riant.

« En fait, ils m'ont rien caché, l'info était là, c'est moi qui ai pas pris le temps de lire. »

  • Retourner le pot et chercher la mention mélange de miels suivie des pays d'origine.
  • Lire la première ligne : depuis 2022, le premier pays cité est celui qui pèse le plus dans le pot.
  • Ne pas se fier au dessin de l'étiquette, ruche ou fleurs, qui n'indique pas la provenance.
  • Comparer le prix au kilo avec un pot d'origine unique pour mesurer l'écart.
  • Demander directement à un apiculteur local d'où viennent ses ruches et ses floraisons.
  • Noter la date d'achat sur le couvercle pour suivre ses pots au fil des mois.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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