Ils adoptent un second chat pour tenir compagnie au premier près de Rennes : trois semaines plus tard, l’aîné urine sur le canapé du salon

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Il est sept heures moins le quart, la bouilloire siffle dans la cuisine de Cesson-Sévigné, et Claire pose la main sur le coussin du canapé. Le tissu est froid, humide, avec cette odeur âcre qu'on reconnaît tout de suite. Dans le couloir, un souffle rauque monte, puis un crachement bref. Gribouille, huit ans, fixe la porte de la chambre où dort le chaton.

Une maison tranquille où Gribouille régnait depuis huit ans

Claire et Thomas vivent dans une petite maison mitoyenne à la sortie de Rennes, avec un jardin étroit et une haie de lauriers. Elle est infirmière de nuit au CHU, lui enseigne la technologie dans un collège de Cesson. Leurs horaires se croisent mal, et la maison reste souvent vide pendant de longues heures. Gribouille, un chat tigré récupéré dans un refuge, occupe ces heures à sa façon. Il dort sur le dossier du canapé, surveille les mésanges depuis la fenêtre et attend le bruit des clés.

Depuis huit ans, rien n'a vraiment bougé dans ses habitudes. La gamelle est près du frigo, la litière dans la buanderie, le panier dans un coin du salon qu'il ignore superbement. Il préfère le plaid gris posé sur l'accoudoir, celui que Claire a tricoté un hiver de grève. Les voisins le connaissent, il traverse parfois leur jardin avec une allure de propriétaire. Thomas plaisante en disant que la maison appartient au chat, et qu'eux paient simplement le loyer chaque mois.

Pourtant, depuis quelques mois, Claire trouve Gribouille différent. Il miaule longtemps quand elle rentre au petit matin, la suit de pièce en pièce et réclame des caresses avec insistance. Elle se dit qu'il s'ennuie, qu'il vieillit seul dans une maison trop silencieuse. Un soir, elle en parle à Thomas au-dessus d'une assiette de crêpes. Il hausse les épaules, puis sourit. Lui aussi y pensait. Un deuxième chat, après tout, ce serait une compagnie pour Gribouille et un peu de vie en plus.

Un chaton de refuge pour que l'aîné ne s'ennuie plus

Le samedi suivant, ils roulent jusqu'à un refuge associatif au nord de Rennes, sous une pluie fine de mars. Dans une pièce qui sent la javel et les croquettes, une bénévole leur présente une portée de chatons noirs et blancs. L'un d'eux, plus hardi, grimpe sur la chaussure de Thomas et mordille son lacet. Ils le baptisent Pirate dans la voiture, avant même d'avoir signé les papiers. Claire est émue, elle répète que Gribouille va enfin avoir un copain.

La bénévole leur a pourtant glissé un conseil en remplissant la fiche d'adoption. Il faudrait garder le petit dans une pièce à part quelques jours, le temps que les deux chats s'habituent à l'odeur de l'autre. Thomas a hoché la tête poliment, sans vraiment écouter. Leur chat est gentil, il n'a jamais griffé personne, il adore les visiteurs. Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement : notre animal est différent, il comprendra. Ils rentrent donc avec la caisse sur les genoux et beaucoup d'enthousiasme.

Arrivés à la maison, ils ouvrent la caisse au milieu du salon. Pirate sort en titubant, renifle le tapis, file sous la table basse. Gribouille, assis sur son plaid, se fige, les oreilles légèrement tournées. Il observe longtemps, sans bouger, puis descend du canapé et quitte la pièce d'un pas lent. Tu vois, il est curieux, dit Thomas en riant. Ils installent la gamelle du chaton juste à côté de celle de l'aîné, et partagent la même litière pour simplifier les choses.

« Je pensais qu'il s'ennuyait tout seul, alors je me suis dit qu'un copain lui ferait du bien. »

Un regard fixe et des croquettes qui restent dans la gamelle

Les premiers jours, rien ne semble grave. Pirate court partout, attaque les franges du tapis, saute sur la queue de Gribouille quand il passe. L'aîné recule, souffle parfois, puis s'éloigne vers l'étage. Claire remarque qu'il passe beaucoup de temps sous le lit de la chambre d'amis, une pièce où il n'allait jamais. Elle trouve ça presque mignon, comme une bouderie de vieux monsieur. Thomas, lui, pense qu'il faut juste attendre, que tout rentrera dans l'ordre naturellement d'ici une semaine ou deux.

Un détail pourtant la tracasse. Le matin, la gamelle de Gribouille reste à moitié pleine, alors qu'il dévorait tout depuis des années. Il mange vite, par petites bouchées nerveuses, en jetant des coups d'œil vers la porte. Quand Pirate s'approche, il abandonne simplement et part. Claire commence à le nourrir à l'étage, en cachette presque, pour qu'il puisse finir tranquille. Elle se dit que ce n'est rien, qu'un chat âgé mange parfois moins au printemps, quand les journées rallongent et que les envies changent.

Puis il y a ce regard. Le soir, quand ils regardent un film, Gribouille ne monte plus sur le plaid. Il reste dans l'encadrement de la porte, immobile, les pupilles larges, à fixer le chaton qui dort sur le canapé. Thomas dit qu'il veille sur lui comme un grand frère. Claire n'en est pas sûre du tout. Elle trouve dans ce regard quelque chose de tendu, de dur, qu'elle n'avait jamais vu chez lui. Mais la fatigue des nuits à l'hôpital emporte vite ses doutes.

Le canapé mouillé, les feulements et les nuits blanches

Trois semaines après l'arrivée de Pirate, Claire découvre la première tache sur le canapé, à l'endroit exact du plaid gris. Elle croit à un accident du chaton et lave tout à grande eau. Deux jours plus tard, la tache revient, plus large, et cette fois Thomas surprend Gribouille en pleine action. Le chat le regarde sans fuir, la queue frémissante. Le soir même, dans le couloir, il feule violemment quand Pirate sort de la cuisine. Le petit s'aplatit, puis détale vers la buanderie.

Les nuits deviennent pénibles. Des grognements réveillent Thomas vers trois heures, suivis d'une course dans l'escalier et d'un bruit de vase renversé. Claire essaie tous les produits du supermarché, le vinaigre blanc, le bicarbonate, un spray à la lavande. Rien n'y fait, l'odeur persiste dans la mousse du canapé. Elle en vient à couvrir le salon de bâches en plastique. Je ne reconnais plus mon chat, souffle-t-elle un matin à sa collègue, entre deux transmissions, les yeux rougis par le manque de sommeil.

Thomas, lui, parle déjà de rendre Pirate au refuge. Il appelle la bénévole, qui l'écoute patiemment et lui demande où se trouvent les litières. Il répond qu'il y en a une seule, dans la buanderie, juste à côté de la gamelle du chaton. Un silence s'installe au bout du fil. Elle lui conseille de consulter leur vétérinaire avant toute décision, pour écarter un problème urinaire. Le rendez-vous est pris pour le mercredi suivant, dans un cabinet de Chantepie, à quelques kilomètres de la maison.

« Il me regardait droit dans les yeux pendant qu'il faisait sur le canapé, il ne fuyait même pas. »

Ce n'était ni de la jalousie ni une vengeance

La vétérinaire examine Gribouille longuement, palpe son ventre, fait une analyse d'urine. Tout est normal, pas d'infection, pas de calcul, pas de souci de reins pour son âge. Puis elle pose des questions très précises. Comment s'est passée l'arrivée du chaton, combien de litières, où mangent-ils, où dorment-ils. Claire raconte tout, un peu gênée. La vétérinaire hoche la tête, sans reproche. Pour elle, le tableau est assez classique : un chat adulte qui a vu son territoire envahi du jour au lendemain, sans préparation.

Elle leur explique, dans son cas à lui, ce qu'elle observe. Gribouille ne se venge pas et n'est pas jaloux comme le serait un enfant. Il marque son territoire, avec son odeur, sur l'endroit qui compte le plus pour lui : le plaid où il dort depuis des années. Les feulements dans le couloir, c'est un passage stratégique qu'il défend. Et la litière unique, placée près du chaton, il n'ose plus y aller sereinement. Pour un chat, partager ses toilettes avec un inconnu, c'est une source de stress permanent.

Claire et Thomas sortent du cabinet un peu sonnés. Ils avaient tout fait par affection, pour que leur chat se sente moins seul. En réalité, ils l'avaient plongé dans une situation qu'il vivait comme une invasion. On a cru lui faire un cadeau, et on lui a pris sa maison, résume Thomas dans la voiture. La vétérinaire leur a donné un plan précis, sur plusieurs semaines. Il faut tout reprendre depuis le début, comme si Pirate venait juste d'arriver, en séparant d'abord les deux chats complètement.

Tout recommencer, pièce par pièce, odeur par odeur

Le soir même, Pirate s'installe dans la chambre d'amis avec sa propre gamelle, son panier et sa litière. Gribouille récupère le reste de la maison. Chaque jour, Claire frotte un chiffon doux sur les joues du chaton puis le pose près du plaid de l'aîné, et inversement. Au bout de quelques jours, ils échangent les pièces pendant une heure, pour que chacun explore l'odeur de l'autre. Ils nourrissent ensuite les deux chats de part et d'autre de la porte fermée, d'abord loin, puis plus près.

La deuxième semaine, Thomas installe une barrière pour bébé dans l'encadrement. Les chats se voient enfin, à travers les barreaux, pendant les repas. Gribouille souffle encore, mais de moins en moins. Ils ont acheté trois litières, une par chat plus une, réparties dans trois pièces différentes, loin des gamelles. Le canapé a été nettoyé avec un produit enzymatique conseillé par la vétérinaire, et le plaid remplacé. Au bout d'un mois, les taches ont disparu. Il a juste fallu lui laisser le temps, dit Claire.

Aujourd'hui, ils ne dorment pas encore collés l'un à l'autre, mais ils se croisent dans le couloir sans un bruit. Claire a compté : tapisserie du canapé, produits, litières et consultation, l'erreur leur a coûté près de quatre cents euros. Elle en parle désormais à tous ceux qui hésitent à adopter un deuxième animal. Avant d'ouvrir la caisse au milieu du salon, il vaut mieux regarder sa maison avec les yeux du chat qui l'occupe déjà. Quelques points simples peuvent éviter beaucoup de nuits blanches.

« On a cru lui faire un cadeau, et en fait on lui avait pris sa maison du jour au lendemain. »

  • Préparer une pièce séparée pour le nouveau venu, avec gamelle, panier et litière à lui.
  • Échanger les odeurs avec un chiffon frotté sur les joues de chaque chat pendant plusieurs jours.
  • Faire se voir les chats derrière une barrière pendant les repas avant tout contact direct.
  • Prévoir une litière par chat plus une, dans des pièces différentes, loin des gamelles.
  • Nettoyer les marquages avec un produit enzymatique, pas à l'eau de Javel.
  • Consulter un vétérinaire pour écarter un problème urinaire avant de conclure à un souci de comportement.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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